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Pilotage de la fertilisation des céréales : bien mesurer son reliquat sortie d’hiver d'azote

Faire un prélèvement de sol en vue d’un reliquat de sortie d’hiver n’a rien de compliqué. Mais s’il est mal fait, la mesure est rapidement biaisée. Pour éviter les mauvais plis, rappel utile de la bonne méthode.

La méthode du bilan prévisionnel s’appuie sur plusieurs estimations mais sur une seule mesure sur sa parcelle : le reliquat azoté en sortie d’hiver. Ce RSH mesure l’azote minéral du sol (nitrique et ammoniacal) à une période de l’année ou l’activité biologique du sol est réduite, du fait des températures froides. La mesure, très variable selon les années et les parcelles, permet de déterminer précisément les fournitures en azote par le sol et d’établir la dose d’apport optimale. Les chambres d’agriculture diffusent tous les ans des moyennes de reliquats départementales, qui ne sont pas forcément proches de celles de sa parcelle.

À quoi correspond le RSH ?

Le RSH représente un stock d’azote minéral au début du bilan. Il est fonction du reliquat présent à la récolte de la culture précédente et de la minéralisation automnale. Il tient compte des éventuels excès d’azote dont aurait bénéficié la culture précédente. « Sur un précédent blé dont le potentiel était estimé à 100 q/ha, le reliquat d’azote risque d’être élevé si ce blé n’a produit que 70 q/ha », illustre Hubert Roebroeck, directeur marketing et commercial du laboratoire d’analyses de sol Aurea.

Que mesure-t-on ?

Le RSH analyse les deux fractions qui composent l’azote minéral dans les horizons prélevés : l’azote ammoniacal (NH4+) et l’azote nitrique (NO3-) mais c’est surtout le NO3- que l’on cherche à mesurer : ces nitrates sont lessivables et facilement accessibles par la culture en place alors que le NH4+ est faiblement assimilable par la plante. Il est d’ailleurs peu présent dans les analyses et une teneur élevée indique que l’échantillon a reminéralisé.

À quelle date prélever ?

« La période des mesures commence tout début janvier pour se terminer fin mars, indique Hubert Roebroeck. À cette époque, les pluies de fin octobre à décembre ont lessivé une partie des nitrates. » Cette période est également la plus froide de l’année, avec une pluviométrie plus faible et une minéralisation très fortement ralentie.

L’idéal est de réaliser l’analyse entre janvier et février, et dans tous les cas avant le premier apport d’azote. Dans les faits, les laboratoires commencent les analyses dès le début janvier, pour lisser leur activité. Aurea réalise environ 100 000 analyses de RSH entre janvier et mars.

Si des pluies abondantes sont enregistrées après la mesure, des pertes par lixiviation peuvent survenir, qui devront être prises en compte au moment du deuxième apport.

Pourquoi la mesure varie-t-elle ?

Le niveau de reliquat dépend de l’excédent lié au précédent et des conditions automnales. L’été influe peu sur la minéralisation et donc sur le reliquat, sauf si la chaleur se conjugue avec de l’humidité. Les premières pluies d’automne coïncident souvent avec un pic de minéralisation, lié justement à l’accumulation de chaleur dans les sols durant l’été.

Pour toutes les cultures ?

Les RSH sont surtout utilisés pour des cultures implantées à l’automne, en particulier les blés tendres et orges d’hiver mais aussi pour des cultures de printemps comme la pomme de terre, le lin textile ou la betterave sucrière. Pour cette dernière, un excès d’azote induit une baisse du taux de sucre.

Combien d’horizons ?

Pour un blé tendre, le prélèvement de trois horizons reste recommandé : 0-30, 30-60 et 60-90 cm, non mélangés. La règle est de mesurer le reliquat sur l’horizon colonisé par les racines et celles du blé tendre descendent profondément.

Le nombre d’horizons à analyser est fonction de la culture et du type de sol. « La profondeur de l’horizon est corrélée à l’enracinement », indique Michel Sommella, technicien au GRCeta de l’Évreucin dans l'Eure. Pour les pommes de terre, seule la mesure du premier niveau ayant une épaisseur de 45 cm est attendue.

Dans les secteurs de sols caillouteux, où il peut être difficile de descendre profondément, la méthode du RSH sera utilement complétée par un bilan simplifié qui utilise la méthode CAU (coefficient apparent d’utilisation).

Pourquoi aller si profond ?

La teneur mesurée sur ces trois horizons renseigne sur la disponibilité de l’azote nitrique pour la culture. Observer le profil d’un reliquat traduit souvent les conditions météo des mois précédents. Un profil avec beaucoup d’azote en surface et peu en profondeur est caractéristique d’un hiver sec, avec peu de lixiviations. Lors d’hivers pluvieux, le premier horizon contiendra peu de nitrates, mais le second et le troisième horizon davantage. Au-delà de 200 mm de pluviométrie cumulée, on peut observer un effet “chasse d’eau”.

Et si on ne fait qu’un seul horizon ?

Connaître la répartition de l’azote dans les trois horizons sur blé tendre est précieux. Mais si l’on dispose de moyennes de l’année qui l’indique, un seul horizon peut suffire. « Dans tous nos essais, nous réalisons des prélèvements sur trois horizons. Les résultats sont toujours homogènes et sont communiqués à nos adhérents. Ils permettent de dire dans quels horizons se situe l’azote », illustre par exemple Michel Sommella. Les analyses étant facturées en fonction du nombre d’horizons, cette méthode permet, à budget équivalent, de multiplier les reliquats et de gagner ainsi en précision. « Il vaut mieux faire trois analyses sur un horizon qu’une analyse sur trois horizons. »

À quel endroit prélever ?

La technique en cercle de prélèvements est la plus répandue des méthodes de prélèvement. C’est aussi la plus simple. Elle consiste à prélever quatorze à seize points en effectuant un cercle d’une dizaine de mètres de rayon dans une partie représentative et homogène de la parcelle, comme pour une analyse complète.

La technique de prélèvement en diagonale existe également. Après avoir tracé une diagonale dans la parcelle, quinze carottages sont effectués à raison d’un tous les 10 mètres. C’est celle privilégiée par Aurea, car elle permet d’avoir une vision moyenne de reliquat sur la parcelle. Le prélèvement en cercle est plus simple et plus rapide mais, dans des terres hétérogènes ou à faible potentiel, il peut déboucher sur un résultat moins représentatif.

Avec quoi prélever ?

Si on effectue le prélèvement soi-même, manuellement, la tarière à double cuillère de type Edelman peut convenir, en prenant soin de descendre en trois fois sans mélanger les horizons. « L’idéal, c’est d’avoir trois tarières avec trois diamètres différents », recommande Hubert Roebroeck. Seule la terre à l’intérieur de la tarière doit être prélevée. Prévoir également trois récipients bien propres pour chaque horizon. La tarière A3H, commercialisée par Aurea, simplifie la tâche. Sa forme particulière lui permet de s’enfoncer facilement et permet un seul prélèvement sans mélange d’horizon. Autre option : faire appel à un préleveur, qui effectuera les prélèvements avec une tarière mécanisée montée sur un quad.

Attention au transport

Enfermé dans un sac de prélèvement en plastique, chaque échantillon pèse environ 300 grammes, correspondant à l’horizon d’une parcelle. Une fois l’échantillon prélevé, il faut absolument maintenir la chaîne du froid. Il est conseillé de mettre l’échantillon aussitôt au frigo et faire en sorte qu’il parvienne au laboratoire en moins de deux jours. Pour éviter que la nitrification ne redémarre, l’idéal est de congeler l’échantillon, qui sera ensuite transporté en glacière. L’erreur à éviter est d’oublier l’échantillon dans un véhicule.

Le formulaire, vraiment important ?

La précision du conseil final dépend aussi de la précision des indications notées sur le formulaire de prélèvement. Type de sol, taux de pierre et variété de blé sont des informations importantes pour un conseil précis. Une fois l’échantillon parvenu en laboratoire, compter une petite semaine pour recevoir le rapport d’analyse.

Avis d'agriculteur : Alexis Couvreur, 280 ha à Missy-aux-Bois, Aisne 

“Le reliquat, une mesure sur laquelle je peux m’appuyer” 

"J’effectue chaque année entre huit et dix reliquats en sortie hiver, soit quasiment un par parcelle. Je choisis mes parcelles et l’emplacement des prélèvements avec mon conseiller du Ceta de Soissons. C’est ensuite un prestataire qui vient en quad prélever les échantillons de terre. Il fait tous les prélèvements sur un horizon (0-90 cm), sauf un sur lequel il détaille 0-30, 30-60, 60-90 cm. Cela me permet de connaître la répartition de l’azote dans le sol et j’extrapole ce résultat sur l’ensemble de mes parcelles. C’est une donnée précieuse, surtout pour les betteraves. Je réalise plus de reliquats que ce qu’impose la réglementation car c’est pour moi une mesure constatée et réelle, sur laquelle je peux m’appuyer pour ajuster mes apports, le plus finement possible. Dès que j’ai les résultats, je les rentre dans mon logiciel (Geofolia), qui calcule la dose totale d’azote réglementaire à apporter. J’utilise le N-Tester pour ajuster la dose finale. Cela m’amène parfois à apporter 15-20 unités N/ha en plus et de gagner quelques quintaux, tout en respectant la réglementation. Je m’appuie aussi sur les conseils du Ceta de Soissons, qui met en place chaque année une série d’essais 'azote' de terrain. Leurs conseils sont découplés d’une prestation de service facturée. Ils me permettent de prendre du recul et d’ajuster mes apports au mieux. Dans ce domaine, plus on va avoir de données et de critères, plus on s’approche de la réalité. Mes apports sont réalisés sous la forme ammonitrate pour le premier et le troisième apport : je trouve dommage de prendre soin d’une céréale toute l’année et de brûler la dernière feuille en fin de cycle. En plus, l’ammonitrate est mieux valorisé par temps sec. Il est peu sensible aux conditions d’application."

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