Aller au contenu principal

Colza : diminuer la population d’altises à moindres frais en les attirant sur une culture piège

Des couverts d’interculture comportant du radis chinois ont pour effet d’attirer les altises tout en réduisant les attaques sur le colza de parcelles proches. La destruction du couvert doit permettre ensuite de réguler la population du ravageur.

<em class="placeholder">Radis chinois pour détourner les altises et charançons du colza</em>
Intégré dans un mélange de couvert d'interculture, le radis chinois peut jouer le rôle de piège à altise et charançons, en détournant ces ravageurs du colza.
© Terres Inovia

Offrir le couvert aux altises et charançons du bourgeon terminal pour mieux les détruire : telle est la stratégie de l’interculture piège à ravageurs d’automne. À côté des insecticides autorisés et des méthodes agronomiques pour réduire l’impact des attaques, la culture intermédiaire peut être mise à profit pour détourner ces ravageurs des colzas.

Terres Inovia expérimente des intercultures pièges à altises et charançons depuis quelques années (projets R2D2 et Adaptacol), sur le principe de plantes attractives cultivées en interculture. « Les derniers résultats montrent que cette stratégie permet d’avoir 30 % en moins d’altises sur les colzas proches des parcelles avec ces cultures intermédiaires attractives, présente Michael Geloen, de Terres Inovia. Mais on observe une grande variabilité de résultat, selon la composition du paysage, la proximité du colza avec les intercultures pièges… »

Le radis chinois est le candidat idéal en interculture pour remplir ce rôle de culture piège. Il est très attractif pour les altises tout en étant facile à détruire ensuite, comparé à d’autres plantes de couvert végétal d’interculture. La navette est encore plus attractive que le radis chinois, mais cette crucifère est plus difficile à détruire, d’où la préférence pour le radis chinois.

Quelques euros à l’hectare en ajoutant du radis chinois à son couvert

Pour être efficace dans l’attraction des ravageurs, Michael Geloen conseille un semis pour une densité minimale de 20 pieds au m2 de radis chinois, qui peut être réalisé en mélange avec d’autres espèces de couvert d’interculture. « Sur un mélange fait à l’avance, l’ajout de semences de radis chinois à 2,5 kg/ha pour obtenir 20 pieds au m2 se chiffre entre 1 et 3 €/ha de surcoût », précise le spécialiste. Agriculteur du Gaec de Hicourt à Luppy (Moselle), Luc Gascard, témoigne dans une vidéo de Terres Inovia : « La mise en œuvre n’est pas compliquée pour intégrer 2 kg de graines de radis chinois dans le mélange prévu en interculture avec à un semoir à plusieurs trémies. Cela n’engage ni surcoût ni passage supplémentaire. »

Avec plus de surface attractive des ravageurs on aura, par dilution, moins d’individus sur les parcelles de colza. Pour un bon effet, il faut suffisamment de couvert piège sur un territoire, idéalement une surface au moins équivalente à celle du colza, estime Terres Inovia. La proximité entre les intercultures pièges et le colza est également un facteur de réussite. « Sur la répartition spatiale des parcelles, avec des parcelles de couverts à côté du colza sur une année, cela fonctionne bien, remarque Luc Gascard. Mais la question se pose l’année suivante avec un assolement différent où cette proximité est moindre, sauf à s’arranger avec des voisins. » La chambre d’agriculture de Moselle suit des groupes Dephy comme celui auquel appartient l’agriculteur, pour réduire la dépendance aux produits phyto. Un travail est réalisé pour optimiser la répartition des parcelles entre colza et couverts à base de radis chinois dans des groupes d’agriculteurs.

Le radis chinois ne doit pas être plus développé que le colza

Pour bien détourner les ravageurs du colza, la date de semis et le développement du couvert doivent être concomitants de celui du colza. « Idéalement, nous conseillons un semis du couvert le plus proche possible de celui du colza, de façon à obtenir des radis chinois les plus jeunes possibles à l’arrivée des grosses altises et des charançons du bourgeon terminal au 15 septembre », souligne le spécialiste de Terres Inovia.

« En cas de semis après moisson, le radis chinois sera plus développé que le colza à l’arrivée des ravageurs et sera moins attractif. Il faut que ce radis ne soit pas plus en avance que le colza pour suffisamment attirer les insectes », souligne Michael Geloen. Pour le spécialiste, la biomasse du couvert n’est pas trop pénalisée avec un semis courant août, grâce au radis chinois et à sa faculté de croissance rapide à l’automne. Le risque de floraison et de grenaison est limité grâce à ce semis tardif.

Détruire le couvert et les ravageurs avant le 15 décembre

Pour rendre la technique efficace jusqu’au bout, les altises s’étant installées dans le couvert doivent être détruites pour ne pas alimenter la population du ravageur. « La destruction du couvert se fera impérativement avant le 15 décembre. Les larves issues des pontes des altises sont à un stade (L2) où elles sont assez mobiles et faciles à détruire avec le broyage mécanique du couvert, voire par roulage s’il y a gel du couvert, précise Michael Geloen. La population d’adultes qui émergent au printemps est réduite de 85 à 90 % dans ces conditions par rapport à un colza» Cette destruction s’applique aussi aux larves du charançon du bourgeon terminal.

Avec une moindre présence de ces ravageurs sur colza puis une destruction des adultes le printemps qui suit, l’interculture piège à base de radis chinois rend le milieu défavorable aux altises d’hiver et charançons du bourgeon terminal. Selon l’expert de Terres Inovia, la technique pourrait être généralisée dans tous les secteurs avec des problèmes d’insectes d’automne. Mais elle sera à éviter dans les zones à hernie des crucifères, car les couverts à base de radis ou navette favorisent cette maladie très préjudiciable au colza.

Toutes les crucifères n’attirent pas les altises

Les altises adultes sortent de leur diapause estivale en fin d’été et recherchent des crucifères pour s’alimenter et pondre. C’est à ce moment qu’elles sont particulièrement attirées par le colza et encore davantage par la navette et le radis chinois. Mais d’autres crucifères que l’on retrouve dans des couverts les attirent peu comme la moutarde blanche et le radis fourrager.

Les plus lus

<em class="placeholder">Cave coopérative des Vignerons de Puisseguin Saint Emilion en Gironde, le 28 septembre 2017 durant les vendanges</em>
Quelles sanctions pour un exploitant agricole qui ne tient pas son engagement vis-à-vis de sa coopérative ?

Sauf cas de force majeur, le retrait anticipé d’un associé coopérateur avant la fin de son engagement l'expose à des pénalités…

<em class="placeholder">Rodolphe et Pauline Bourdois arboriculteurs dans l&#039;Essonne, associés en EARL.</em>
« Je me suis installée avec mon conjoint en EARL, car l’EARL est plus souple que le Gaec »

Pauline Bourdois, arboricultrice en agriculture biologique, s’est installée en tant que hors cadre familial avec son conjoint…

<em class="placeholder">Théophile Piot, dans la cour de la ferme de la SCEA De Novion,</em>
Reprise d’une exploitation agricole familiale : « Je me suis installé en SCEA à cause de la holding associée »

Théophile Piot, céréalier, a repris l’une des trois exploitations familiales, la SCEA De Novion, à Mitry-Mory (Seine-et-Marne…

<em class="placeholder">Eric Thirouin, président de l&#039;AGPB, face à la ministre Annie Genevard.   </em>
Plan d’urgence pour les céréaliers : 40 millions d’euros débloqués, une réponse jugée insuffisante

La ministre Annie Genevard a signé ce 29 janvier 2026 la mise en œuvre d’un fonds d’urgence de 40 millions d’…

Un homme plutôt âgé assis sur une chaise dans une cour de ferme regardant un agriculteur devant son tracteur.
Retraite agricole des chefs d’exploitation : démêler le vrai du faux sur le calcul des 25 meilleures années 

Qui est concerné par la réforme du calcul des retraites agricoles ? Comment seront déterminées les 25 meilleures années…

<em class="placeholder">Agriculteur devant un pulvérisateur entrain de saisir des informations sur une tablette. </em>
Registre phytosanitaire numérique : la ministre de l'Agriculture fixe les règles pour 2027

L’entrée en vigueur du registre phytosanitaire numérique a été repoussée par Bruxelles au 1er janvier 2027. Un arrêté d'…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures