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Il cultive 224 ha dans le Sénonais
Chez Francis Mathieu, le stockage est une étape-clé pour la qualité et la traçabilité

Francis Mathieu produit du blé sous contrat. Moisson et stockage sont deux étapes clé pour la qualité, la traçabilité et le respect du cahier des charges CRCr ou Culture raisonnée contrôlée.


En ces derniers jours de juin, Francis Mathieu, agriculteur à Malay-le-Grand près de Sens dans l´Yonne, finit de préparer son stockage de blé. Mais ses cellules ne sont pas visibles. protégées par un grand filet qui entoure tout le hangar qui les abrite. « Vides ou pleines, chez moi, les cellules sont en cage pour éviter la présence de tourterelles, pigeons, moineaux. et surtout de leurs fientes ! », explique Francis Mathieu. Un coup d´oeil rapide sous le filet ? Pas un grain de céréales ou de poussière tant à l´intérieur qu´à l´extérieur des cellules. L´aspirateur a été passé. Certaines de ces cellules sont en effet destinées à recevoir, dans quelques jours maintenant, du blé produit sous contrat pour la coopérative des producteurs du Sénonais (CAPS) selon le référentiel CRCr. CRC, ou Culture raisonnée contrôlée. L´un des objectifs du référentiel CRCr, et son originalité par rapport à d´autres cahiers des charges, est de limiter tous les contaminants possibles des grains.
Pour le stockage, ventilation et propreté avant tout
Pas question donc de traiter les grains avec un insecticide lors du stockage ! Les cellules ont été désinsectisées par atomisation plusieurs semaines avant la moisson ainsi pas de risque de pollution chimique des grains stockés. Une opération réalisée grâce à du matériel fourni par la coopérative. Il s´agit ensuite d´empêcher la multiplication de charançons et autres insectes de même que le développement de moisissures, sources éventuelles de mycotoxines. Pour cela, la première arme est la ventilation pour refroidir les grains. En-dessous de 10 ºC, les insectes ne se multiplient pas. « J´essaye, autant que possible, de récolter ce qui doit être stocké à la ferme le matin ou le soir à la fraîche pour ne pas rentrer du blé trop chaud. » Avant la mise en cellule, le grain passe dans un trieur, ce qui permet d´éliminer petits grains et surtout graines de mauvaises herbes et autres déchets de récolte susceptibles de provoquer de l´échauffement.
L´autre moyen d´éviter la présence d´insectes mais aussi de rongeurs est la propreté. C´est un souci permanent. « Dès qu´une cellule est vide, je balaye l´intérieur comme l´extérieur. Il ne doit pas rester un grain de blé qui puisse attirer les souris. Quant aux amas de déchets et poussières, ce sont des nids à insectes ! »
L´installation de Françis Mathieu est ancienne mais l´ensemble est fonctionnel avec quelques astuces comme pour la récupération des déchets de triage.
Francis Mathieu, agriculteur à Malay-le-Grand ©à gauche : « vides ou pleines, les cellules sont protégées par un filet pour éviter les oiseaux, et surtout leurs fientes ! » ©S. Leitenberger

Traçabilité dès la signature du contrat
L´exploitant dispose de six cellules, deux de 50 tonnes et quatre de 25 tonnes, de quoi stocker la totalité de ses blés CRCr. Soit 150 tonnes d´Apache et 50 tonnes de Soissons pour 2005. La traçabilité de chaque lot commence dès la signature du contrat de production. En effet, sur celui-ci, selon le référentiel CRCr, figurent les parcelles concernées, les précédents et anté-précédents, leurs localisation à bonne distance de toute voie importante ou encore d´établissement à risque. Tout ceci pour prévenir la présence de métaux lourds ou autres polluants chimiques dans la récolte.
Si le contrat précise la variété, il n´impose pas les semences certifiées mais seulement de connaître l´origine des semences. « En pratique, cela veut dire des semences R2, provenant de notre propre récolte », précise Francis Mathieu. Il existe deux types de contrats « CRC » et « CRC + » sans régulateur de croissance.
Tout au long de l´itinéraire cultural, une fiche parcellaire est tenue à jour. Des contrôles peuvent avoir lieu. « Des acheteurs sont déjà venus faire des prélèvements d´épis » raconte Francis Mathieu.

Avant la moisson, celui-ci prépare une feuille par contrat sur lequel il inscrit le numéro du contrat, les numéros de parcelles ou de lots correspondants, feuille qui restera dans la moiss´-batt´. Il y inscrit les dates, heure et volumes récoltés et le numéro de cellule de destination. « En somme, je me fais un bon de livraison à moi-même. » Un échantillon d´environ 25 kilos est prélevé sur chaque remorque au fur et à mesure du remplissage de chaque cellule ; ainsi un échantillon représentatif de la cellule partira à la coopérative en vue d´analyses.
En plus du prix de base et du paiement du taux de protéines, le producteur reçoit cinq euros la tonne pour le blé « CRC » et dix euros pour le « CRC + ». A cela s´ajoute une prime de stockage. Une bonne valorisation donc pour ces céréales produites avec peu d´intrants. Une conduite qui donne cependant de bons résultats. Francis Mathieu, d´ailleurs, conduit tous ses blés de la même manière (désherbage, fongicides.). Seule exception en 2005, une parcelle de Charger a reçu un troisième traitement fongicide. « Cela évite les erreurs éventuelles de produits ou entre parcelles » dit-il.

Car Francis Mathieu est seul pour travailler ses 224 hectares avec l´aide occasionnelle d´un oncle, notamment pour la moisson. Son assolement est diversifié pour étaler au maximum les périodes de travaux.
Produire du blé sous contrat l´intéresse. Il réussit bien puisqu´en 2004 il a fait 83 quintaux de moyenne et il y croit. « Je suis fier de produire de tels blés » affirme-t-il.
©S. Leitenberger

Un bon de livraison est rempli pour chaque remorque de blé CRC stocké à la ferme. Un échantillon partira à la coop pour analyse. ©S. Leitenberger

Itinéraire CRC : des interventions raisonnées
Le cahier des charges, outre le choix de la parcelle, précise les produits autorisés pour les traitements. Ceux-ci sont choisis par un Comité technique en fonction de leur toxicologie, de leur mode d´action dans le but de limiter les résidus dans les céréales. « Je reçois les Avertissements de la Protection des végétaux. Je suis les conseils de la coopérative pour n´intervenir que si nécessaire, explique Francis Mathieu. En 2005, mes blés CRCr n´ont reçu que deux traitements fongicides, et ni insecticide, ni régulateur. »
Les trois apports d´azote sont réalisés en fonction du reliquat sortie d´hiver du bilan de fumure et des mesures au N Tester.
Toutes les interventions doivent être enregistrées et justifiées, avertissement, mesures ou observation de la parcelle par l´exploitant. A tout moment, des contrôles sont possibles, de la part de la CAPS ou du client final.

D´un cahier des charges local à une filière organisée
En 1989, la CAPS, coopérative de l´Yonne qui regroupe environ 500 agriculteurs, propose un cahier des charges de culture et de stockage des blés à des indutriels de l´alimentation infantile qui sont ses clients. Le référentiel CRCr, Culture raisonnée contrôlée, est né.
Ce cahier des charges répond à deux objectifs : maîtriser parfaitement les risques de contaminations sur les céréales (métaux lourds, résidus de pesticides, mycotoxines) et contribuer à la protection de l´environnement.
Au fil des années, les débouchés s´accroissent. Les meuniers du groupe « Générale des Farines France » s´intéressent de près à la démarche.

En 1999 le référentiel CRCr obtient une Certification de conformité produit pour les productions de blé tendre, blé dur et maïs. La Certification de conformité produit atteste que les exigences décrites par le référentiel sont significatives et apportent un plus par rapport aux pratiques courantes.
Devant l´évolution de la demande, la CAPS a créé en 2000 un Groupement d´intérêt économique car une coopérative ne peut subvenir seule aux besoins du marché. Aux marchés de l´origine, les aliments infantiles, se sont rapidement ajoutés d´autres débouchés, farine puis baguette label rouge Bagatelle, biscuiterie haut de gamme, pâtes à tartes.
Aujourd´hui, le GIE rassemble tous les partenaires, producteurs, organismes stockeurs, transformateurs (meuniers, industriels) et distributeurs-utilisateurs.
Une quinzaine de coopératives adhèrent à la démarche et la production CRCr est passée de 20 000 tonnes de blé en 1999 à 165 000 tonnes en 2004.
Les boulangers qui utilisent de la farine CRC ont à leur disposition un poster sur lequel figurent ce logo et des explications sur l´origine de la farine. ©D. R.
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