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Betterave : Cristal Union annonce le bout du tunnel après une forte restructuration

Cristal Union est en ordre de marche pour saisir les nouvelles opportunités tandis que la sortie de crise se dessine et que les prix européens du sucre résistent : c’est le message qu’ont voulu faire passer les dirigeants du groupe coopératif sucrier le 23 juin, à l’occasion de la présentation des résultats 2019-2020.

Malgré un résultat net qui reste négatif, Cristal Union prévoit un "redressement" suite à la restructuration de ses outils industriels et à la remontée des cours du sucre en Europe.
© J.-C. Gutner

Malgré un « contexte d’adversité », Cristal Union « est sur de bons rails » après un gros travail de restructuration des sites industriels et grâce à la remontée des prix, a assuré le 23 juin Olivier de Bohan, président du groupe coopératif. A l'occasion de la présentation des résultats de la coopérative, le dirigeant a rappelé l'univers hostile dans lequel évolue le sucre, entre rude compétition internationale, crise du Covid, distorsions de concurrence dans l’UE, pucerons et retrait des néonicotinoïdes et météo défavorable depuis deux ans.

Si la crise du coronavirus a brutalement mis à l'arrêt la production de bioéthanol carburant, elle a en revanche fait augmenter les ventes de sucre de Cristal Union de 50 % auprès de la grande distribution pendant le confinement. Cristal Union a également basculé trois unités vers la production d'alcool haut de gamme à usage pharmaceutique.

Le résultat net de Cristal Union reste négatif pour l'exercice 2019-2020 (clos au 31 janvier 2020), à -89 millions d’euros, mais en amélioration (-99 millions d’euros la campagne précédente). Surtout, « 61 millions d’euros sont liés à l’impact de la réorganisation de notre outil industriel », souligne Jean-François Javoy, secrétaire général en charge des finances. Le résultat opérationnel s’affiche à -28 millions d’euros « et se redressera pour le prochain exercice ».

Une remontée jugée durable des prix du sucre en Europe

Les responsables du groupe pointent du doigt un chiffre d’affaire 2019-2020 affecté par « neuf mois de prix dégradés en raison des prix du sucre de la récolte 2018 », mais déclarent avoir su « profiter à plein du redressement des prix du sucre entre novembre 2019-janvier 2020, qui ne se démentira pas sur le marché européen en 2020 ».

Selon Cristal Union, cette embellie devrait se maintenir dans les mois à venir, l’Europe étant protégée de la chute des cours provoquée par le Covid-19 en raison du bilan européen déficitaire en sucre. Les experts du groupe écartent ainsi un « scénario à la 2018 ».

Un prix indicatif de la betterave de 23 €/t pour 2020-2021

Cristal Union a annoncé un prix indicatif de la betterave de 23 euros/tonne pour la récolte 2020 (22,73 euros/tonne en 2019-2020). « Mais 25 % des betteraves contractées par nos adhérents seront payées 25 euros/tonnes grâce à un mécanisme de prime de fidélité économique », a précisé Jean-François Javoy.

Côté surfaces de betteraves pour la récolte 2020, le groupe constate une légère hausse (en excluant la zone concernée par la sucrerie de Bourdon, dont la fermeture a été annoncée en 2019). Cette petite progression s’explique en partie par le transfert de planteurs auparavant liés à l’usine d’Eppeville (Somme) de Saint Louis Sucre, qui a fermé ses portes en février 2020.

Durée de campagne rallongée avec la fermeture du site de Toury

Le groupe Cristal Union veut désormais réduire son exposition à l’export et renforcer ses positions sur le marché européen. Une stratégie qui ne le dispense toutefois pas d’accroître sa compétitivité. C’est au nom de cette dernière que le groupe coopératif a engagé de profondes restructurations industrielles. Les activités de production d’alcool et d’éthanol du sud de la France ont été transférées dans les usines de Champagne, et l’atelier de conditionnement d’Erstein (Bas-Rhin) a été transféré à Bazancourt (Marne), qui reste le seul atelier de conditionnement du groupe pour le sucre de bouche (retail) pour le marché français.

Cette même logique est avancée pour justifier les fermetures des usines de Bourdon (Puy-de-Dôme) et de Toury (Eure-et-Loir). La situation de Bourdon était « dans une impasse, car les coopérateurs ne voyaient pas comment augmenter les surfaces ». Quant à la fermeture de Toury, « l’ensemble de l’activité betteravière va être concentrée sur les sites de Pithiviers et de Corbeilles, qui reviendront à des campagnes de plus de cent jours, ce qui est la norme de Cristal Union et un élément clé de la compétitivité », ont expliqué les dirigeants. Le démontage de Toury aura lieu en juillet. Cristal Union a par ailleurs démenti tout contact avec Tereos pendant la période légale de neuf mois pour une éventuelle reprise.

« Ne pas tout miser sur le sucre et l’alcool pour les années à venir »

Les difficultés sont néanmoins bien réelles. Le marché mondial du sucre pourrait rester durablement morose, et s’y ajoutent des questions de santé qui peuvent conduire à une certaine désaffection pour le sucre. « Une entreprise ne peut pas miser sur le sucre et l’éthanol avec un développement fort pour les années à venir, même s’il y aura des places à prendre, a affirmé Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union. Nous réfléchissons à d’autres activités qui lieraient agriculture, transformation et marché européen, avec une vraie vocation territoriale, mais il est trop tôt pour entrer dans les détails. »

Le prochain chantier de Cristal Union sera la décarbonation, notamment à travers la méthanisation. Le groupe affirme avoir achevé sa transition énergétique, le passage au gaz étant « terminé ».

Cristal Union 2019-2020 en chiffres
Chiffre d'affaires
: 1594 millions d'euros (M€) (-6% sur un an)
EBITDA : 63 M€ (+53 M€)
Résultat net : -89 M€ (+10 M€)
Ratio d'endettement : 0,37x
Surface emblavée : 165 000 hectares
Production de sucre : 2,4 millions de tonnes (Mt)
Production de bioéthanol : 3,4 Mt
Production d'alcool : 3 Mt

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