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Tomate : comment gagner en précocité en pleine terre

La précocité en tomate est un critère commercial essentiel pour les maraîchers sous abris froids, notamment en circuits courts. De nombreux essais sont menés sur le Thermitube, avec des résultats prometteurs.

La précocité en tomate sous abri froid est un critère essentiel pour les maraîchers, pour profiter de prix plus rémunérateurs en début de saison et arriver plus tôt sur le marché. « En Île-de-France, gagner en précocité en tomate est important pour profiter du créneau mai -juin, juste avant les vacances pendant la période où il y a beaucoup de demande et peu de produits », indique Stéphane Rolland, de la chambre d’agriculture d’Île-de-France. « En circuit court, arriver tôt sur le marché avec la tomate, qui est un produit d’appel, permet d’attirer les clients plus tôt et de les garder toute la saison », souligne Alexandre Burlet, de l’unité de Brindas du CTIFL (ex Serail).

Pour récolter plus tôt et limiter les risques de gel liés à une plantation précoce, des maraîchers chauffent légèrement les abris, en général au gaz, et/ou installent des mini-tunnels au-dessus des plants au démarrage de la culture. Une piste prometteuse pour gagner en précocité sans chauffer est le système de serre bioclimatique Thermitube, mis au point par Agrithermic et l’Astredhor. Le principe : une gaine plastique souple de couleur noire remplie d’eau est installée au pied des plants. Lors des journées ensoleillées, l’énergie solaire y est stockée par rayonnement direct et convection. La nuit et lors de séquences nuageuses, cette énergie est restituée par convection et rayonnement, qui réchauffe l’air de la serre, les plantes et le sol et favorise ainsi un développement plus rapide des plants.

Gain de précocité et de vigueur

En 2023, la chambre d’agriculture d’Île-de-France a testé l’utilisation du Thermitube chez trois maraîchers, sous tunnel simple paroi. Le Thermitube, simple ou double, associé à des mini-tunnels en P17, a été testé sur plusieurs variétés. La plantation a été réalisée le 9 mars et le P17 enlevé le 6 avril. L’écart de température avec simple et double Thermitube par rapport à la modalité sans Thermitube a été respectivement de 0,5 °C et 0,68 °C. Il a été particulièrement marqué le premier mois de culture (du 24 mars au 27 avril), lorsque les nuits sont plus froides. Peu de différences ont été observées entre les modalités simple et double Thermitube.

Les récoltes des modalités avec Thermitube ont démarré une semaine en avance, avec près de 450 g/plants. L’écart de précocité s’est maintenu entre 500 g et 900 g/plant jusqu’à mi-juin. Les rendements se sont ensuite rapprochés pour finir équivalents fin juin. Une vigueur de plants supérieure a aussi été observée. « Le Thermitube associé au P17 permet de gagner près de 6 °C par rapport à l’air ambiant de la serre les jours froids, résume Stéphane Rolland. L’apport du Thermitube est d’un peu moins de 2 °C, ce qui évite ou limite les dégâts du froid en gardant les serres hors gel, probablement jusqu’à -5 °C, et permet d’arriver en récolte une semaine plus tôt. »

De nombreux essais en 2024

Le système a aussi été testé en 2023 à Terre d’Essais dans le cadre du projet Resistom, dont l’objectif était la recherche de variétés de tomate AB résistantes et gustatives. « Le but était notamment de trouver des solutions de protection contre la cladosporiose », précise Thibault Nordey, directeur de Terre d’Essais. Une piste étudiée a été le Thermitube associé à un voile en P19 le premier mois de culture. La plantation a été réalisée le 1er mars. Un gain de moins de 1 °C sur la moyenne 24 h a été observé, ce qui a réduit la pression des maladies, la cellule témoin ayant par contre été très impactée par la cladosporiose. La récolte a démarré le 25 mai avec le Thermitube, une semaine plus tôt que dans la cellule témoin.

En 2024, le Thermitube va à nouveau être testé sous abri froid à Terre d’Essais et à l’Aprel, dans le cadre du projet Serrilience, porté par le Caté et dont l’objectif est de réduire la consommation d’énergie thermique sous serre chauffée. « Les essais sous abri froid viseront à remplacer le chauffage utilisé sur les productions précoces par du Thermitube, précise Claire Goillon, directrice de l’Aprel. Les plantations auront lieu mi janvier début février, pour une récolte vers le 10 avril, un mois plus tôt que les plantations classiques et sans chauffage. » Des essais sur le Thermitube seront aussi menés en 2024-2025 sur l’unité CTIFL de Brindas dans le cadre du projet Esprit. « Le Thermitube associé au P17 sera testé avec différentes variétés précoces et dates de plantations, dans le but d’étudier sa rentabilité sous tunnel simple paroi et double paroi gonflable », indique Alexandre Burlet.

Des aides possibles

Et au-delà des essais, le système commence à se développer chez des producteurs. « Le produit est aujourd’hui abouti, avec deux petits tubes pour les doubles têtes greffées ou les doubles rangs serrés ou un gros tube pour les doubles rangs plus larges, assure Vincent Stauffer, d’Agrithermic. Nous avons des références sous tous les climats, dans le Sud-Est, en Rhône-Alpes, en Bretagne, en Île-de-France Les résultats en tomate sont bons partout. Sous serre double paroi gonflable, le Thermitube apporte dix jours de précocité dans le Sud-Est, huit jours en Bretagne. Sous tunnel, avec du P17 sur des arceaux ou du voile thermique sur les supports de culture, le gain de précocité peut atteindre trois semaines. Le système réduit aussi l’humidité relative, de 20 % sous P17 et 10 % en multichapelle. »

La bâche qui constitue les tubes est désormais de la bâche citerne PVC de 640 g/m², qui résiste sur sol caillouteux et réparable. La durée de vie du système devrait ainsi dépasser sept ans selon Vincent Stauffer. En 2024, avec l’industrialisation de sa fabrication, l’investissement devrait être de 6 €/m². Une aide de 40 % est possible dans le cadre du Plan de souveraineté fruits et légumes 2024. Certaines régions (Occitanie, Île-de-France…) accordent aussi des aides pour les serres bioclimatiques. Et une fiche CEE (Certificat d’économie d’énergie) existe pour les serres bioclimatiques, qui donnent droit à une aide d’environ 2 €/m². Limitée jusqu’ici aux serres isolées (double paroi gonflable, double vitrage, écran thermique…), elle pourrait être étendue en 2024 aux abris isolés avec du P17.

L’énergie solaire est stockée dans la gaine lors des journées ensoleillées, puis elle est restituée la nuit et lors de séquences nuageuses, réchauffant l’air de la serre.

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