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Tavelure du pommier : comment le changement climatique complique la protection des vergers

Le changement climatique tend à allonger la période des contaminations primaires de la tavelure. Les producteurs de pomme font aussi face à une réduction du nombre de produits disponibles contre cette maladie, ce qui nécessite d’anticiper de nouveaux programmes de protection.

Principale maladie fongique du pommier, la tavelure est responsable de conséquences économiques importantes : fruits déclassés, pertes de production, affaiblissement des arbres… Deux facteurs compliquent la protection des vergers de pommiers contre la tavelure aujourd’hui comme dans un avenir proche. Le changement climatique (augmentation des températures et hivers doux plus fréquents) influe sur le cycle de la tavelure. D’autre part, la baisse du nombre de substances actives et l’incertitude sur l’avenir de celles actuellement disponibles obligent à reconcevoir des programmes de protection contre la tavelure.

« L’augmentation des températures joue en premier lieu sur les dates de floraison et de débourrement du pommier, indique Anne Duval-Chaboussou, centre CTIFL La Morinière lors de la journée technique du CTIFL, Le verger pro en transition, en juin 2022. Mais elle influe aussi sur l’hivernage des pseudothèces de la tavelure qui sont les poches contenant les asques et ascospores à l’origine des contaminations primaires. » Les dates de floraison de Golden sont suivies sur les sites CTIFL de La Morinière en Indre-et-Loire (depuis 1990), de Lanxade en Dordogne (depuis 1970) et sur le site INRAE d’Angers depuis 1950. On constate une floraison de plus en plus précoce avec une avancée d’environ deux jours par décennie sur les différents sites, un peu moins en Val de Loire.

Des projections d’ascospores plus précoces

Cette avancée de la floraison se traduit par un démarrage plus précoce de la saison tavelure. Sur le site de Lanxade, les premières projections d’ascospores sont plus précoces par rapport à ce qu’elles étaient dans les années 1990. Sur le site du Val de Loire, on observe un rapprochement des dates entre la première projection d’ascospores et le stade CC3 de Golden (stade de sensibilité à la tavelure). Les traitements tardifs sont par conséquent plus précoces. « Dans différentes régions, on a tendance à sortir les pulvérisateurs plus tôt qu’il y a trente ans », note l’ingénieure du CTIFL.

Comme la saison tavelure démarre plus précocement, se finit-elle également plus tôt ? « Ce n’est pas ce qu’on constate sur le site de Lanxade où on a trente ans d’observations entre le début et la fin des projections, poursuit Anne Duval-Chaboussou. On observe même un allongement de la durée des projections de tavelure primaire, la saison tavelure passant de 75 jours dans les années 1990 à 90 jours environ aujourd’hui. » L’augmentation des températures influe aussi sur la chute des feuilles qui a tendance à être plus lente : des feuilles tavelées peuvent ainsi rester longtemps sur les arbres et provoquer des contaminations par repiquage. « Il est possible qu’à l’avenir ces infections primaires par repiquage remplacent la reproduction sexuée de la tavelure, et/ou se superposent à elle », estime-t-elle.

Des substances aux profils défavorables

En plus de devoir tenir compte de ces évolutions dues au changement climatique, la lutte contre la tavelure doit faire face à l’incertitude quant à l’avenir de nombreuses substances actives. Car la plupart des substances disponibles aujourd’hui ont un profil écotoxicologique défavorable et sont potentiellement sur la sellette. C’est pourquoi le centre CTIFL La Morinière a réalisé des essais tavelure, appelés « Horizon 2025 », qui visent à évaluer des programmes de protection (en bio et en PFI) qui excluent l’utilisation des substances aux profils défavorables.

« Avec les substances restant à notre disposition, on a testé un calendrier de traitement pendant deux ans sur verger de Gala, décrit Anne Duval-Chaboussou. Nous avons utilisé une grille de décision pour piloter le programme de traitement en fonction des niveaux de risque tavelure. Quand le risque est plus élevé, on utilise des produits plus efficaces. » Par exemple, la grille de pilotage PFI préconise d’utiliser, en cas de risque faible, du soufre seul ou du soufre + Armicarb en préventif. Si le risque est moyen, les responsables de l’essai pouvaient appliquer Armicarb + soufre, en ajustant les doses d’Armicarb en fonction du risque de 3 à 5 kg/ha. Après la fleur, ils pouvaient appliquer du Soriale ou du Consist (avec un contact). Enfin, pour les risques élevés, l’utilisation de Curatio est préconisée en curatif.

Une moindre efficacité sans certains produits

En 2021, première année des essais, la saison tavelure a été très tardive et concentrée sur fin avril et début mai, avec des pics de contamination très importants. Les observations sur pousses de bourses ont montré que le témoin non traité était atteint à près de 80 % au 22 juin. La modalité Horizon 2025 (H2025) présentait 11 % de feuilles atteintes contre 6 % pour la référence PFI (sans substitutions de produits). Mais les différences entre les deux modalités n’étaient pas significatives à ce stade. Sur fruits, on observe un décrochage de la modalité H2025 dès le 22 juin avec 2,6 % de fruits touchés dans la modalité contre 0,4 % pour la référence PFI. À la récolte, près de 15 % des fruits étaient touchés dans la modalité H2025 (0,9 % dans la référence PFI). Des résultats similaires ont été obtenus en 2022.

En bio, le programme de traitement est beaucoup plus restreint : « Dans la modalité H2025 bio, on s’est interdit d’utiliser du cuivre, qu’on a remplacé en général par Armicarb + soufre, décrit Anne Duval-Chaboussou. Parfois, pour les risques plus faibles, on remplaçait l’association cuivre + soufre par du soufre seul. » Cette substitution du cuivre a entraîné un léger décrochage de la modalité H2025 bio par rapport à la référence bio. Mais ce décrochage a été moins important qu’en PFI. Pour les modalités H2025, la maîtrise de la tavelure a ainsi été meilleure en AB qu’en conventionnel, mais reste insuffisante pour assurer la rentabilité de la production.

La durée de la saison tavelure est passée de 75 jours dans les années 1990 à 90 jours aujourd’hui.

 

 
Anne Duval-Chaboussou, ingénieure au CTIFL © CTIFL

 

Anne Duval-Chaboussou, ingénieure au CTIFL

Trois leviers contre la tavelure

Variétés résistantes

 

 
© Gradilis
Planter des variétés résistantes ou peu sensibles à la tavelure est aujourd’hui un prérequis indispensable. Avec des variétés de pomme résistantes aux souches communes de tavelure porteuses du gène de résistance Rvi6 (Vf), le nombre de traitements phytosanitaires contre la tavelure peut être réduit et les interventions sont à positionner en fonction du risque tavelure.

 

Broyage des feuilles

 

 
© RFL
Il est important d’agir dès l’automne en faisant chuter les feuilles après la fin de la récolte et en les broyant finement en plusieurs passages. Plus le broyage est fin, plus la dégradation des feuilles sera rapide et moins la tavelure aura le temps de se reproduire. Cette action permet de diminuer fortement l’inoculum d’une année à l’autre.

 

Prévision des risques

 

 
© RFL
L’efficacité des traitements anti-tavelure peut être améliorée en utilisant des modèles de prévision des risques. Ainsi, être équipé d’une station connectée dans le verger permet d’anticiper les risques grâce à une prévision fine. Si les modèles doivent encore être améliorés, ils constituent un outil très important pour mieux positionner les traitements.

 

Piéger les spores

 

 
Le collecteur de spores aéroportées Rotorod est à l'étude au CTIFL. © Y. Laloum / CTIFL
La protection contre la tavelure du pommier repose principalement sur la gestion de la période primaire dont l’infection est causée par les ascospores. Les projections d’ascospores peuvent être mesurées à l’aide de pièges dont il existe deux familles principales. Les collecteurs de spores aéroportées comme le Rotorod, à l’étude au CTIFL, piègent les ascospores qui volent dans le verger. Utilisé dans des stations expérimentales au Québec, ce dispositif est constitué de deux barrettes, fixées à l’extrémité d’un axe horizontal, qui tournent à grande vitesse lorsque de la pluie est détectée.

 

Ainsi, les spores présentes dans l’air se collent aux barrettes. Ce type de piège peut permettre de quantifier l’inoculum sur une parcelle et de prévoir des stratégies de protection différenciées selon la quantité d’inoculum capturée. L’autre famille de pièges à ascospores repose sur la collecte de spores à partir d’un échantillon de feuilles sélectionnées : ce sont les pièges sur lit de feuilles. Le lit de feuilles est constitué de 150 à 200 feuilles tavelées, récoltées à l’automne peu avant la chute des feuilles, puis disposées bien à plat dans une poche de toile insect-proof. Celle-ci est placée au sol durant tout l’hiver jusqu’à ce que les ascospores soient prêtes à être projetées.

Source : La tavelure du pommier : comment mesurer les projections d’ascospores ? (Michel Giraud, CTIFL)

Des pics en années peu pluvieuses

Plus il y a de jours de pluie sur la période mars-mai, plus le nombre de projections de tavelure est élevé. Lors des années peu pluvieuses, les projections sont certes moins nombreuses, mais plus importantes. Les pics de contamination peuvent ainsi être très hauts. Sur les centres CTIFL de Lanxade et La Morinière, il n’a pas été constaté d’évolution notable du nombre de jours de pluie entre mars et mai sur les dernières décennies. En revanche, sur le site de Balandran, la tendance est à une augmentation du nombre de jours de pluie sur cette période mars-mai.

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