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Interpera
Récolte 2022 de poires : quelles sont les premières tendances ?

Le Congrès de la poire, organisée par l’AREFLH et DPA à Rotterdam le 29 juin, a donné les premières prévisions de récolte 2022. Ces chiffres seront bien sûr affinés, notamment pour Prognosfruit en août.  

Verger de poire aux Pays-Bas (Van Ossenbruggen Fruit), lors d'une visite technique Interpera le 28 juin.
© Julia Commandeur - FLD

La récolte européenne de poires devrait afficher un meilleur niveau qu’en 2021, historiquement bas notamment en Italie et en France, mais rester en deçà de son potentiel, selon les premières estimations dévoilées lors du Congrès Interpera, qui se tenait cette année à Rotterdam le 29 juin.

Présentées par Manuel Simon, directeur général d’Afrucat, ces prévisions précoces prennent en compte les données de l’Espagne (Afrucat), du Portugal (ANP), de la France (ANPP), de l’Italie (CSO), des Pays-Bas (Fresh Produce Center) et de la Belgique (VBT).

En 2022, le Portugal devrait baisser de -27 % (potentiel 2022 à 185 000 t), l’Espagne de -17 % (250 000 t), la Belgique de -5 % (336 000 t), les Pays-Bas en baisse également, tandis que la France devrait retrouver ses volumes à +145 % (142 000 t), et l’Italie également même s’il est trop tôt pour donner des prévisions chiffrées. « La plupart des pays producteurs européens resteront sous leur potentiel, donc on s’attend à une récolte limitée en Europe cette campagne, en raison des événements climatiques », résume Manel Simon.

En 2021, en baisse importante de -26 % sur un an, l’Europe avait produit 1,661 Mt environ, dont 20 % produites par les Pays Bas, 21 % par la Belgique, 12% par l’Italie en forte chute et 3 % par la France (impactées par le gel), rappelle Manel Simon.

 

Présentées par Manuel Simon, directeur général d’Afrucat à Interpera, les premières prévisions de récolte de poires prennent en compte les données de l’Espagne (Afrucat), du Portugal (ANP), de la France (ANPP), de l’Italie (CSO), des Pays-Bas (Fresh Produce Center) et de la Belgique (VBT). De gauche à droite : Laura Stocchi, Market expert au CSO Italy ; Joan Serentill, président de la section Pomme et poires à Fepex ; Vincent Guérin, responsable des affaires économiques à l’ANPP ; Rita Marinho, secrétaire générale de l’ANP Rocha ; Joop Vernooij, directeur commercial à Frupaks-Vernooij ; Luc Vanoirbeek, secrétaire général de VBT.
© Julia Commandeur - FLD

 

France : vers une récolte proche du potentiel

« On va retrouver en France un niveau de récolte à peu près satisfaisant, en raison de surfaces en légère hausse à +3 %, confirme Vincent Guérin, responsable des affaires économiques à l’ANPP. La floraison a été normale voire abondante selon les variétés, le gel début avril n’a pas eu un impact majeur, sauf sur des zones localisés (nord de la vallée du Rhône). Des alternances de périodes chaudes et froides ont pu stresser les arbres. On s’attend à une belle récolte en Provence et Alpes, un peu moins sur la vallée du Rhône, et plus abondante sur la vallée de la Loire ; dans le Nord, qui cultive surtout de la Conference, la récolte serait normale sans plus en raison d’une chute des fruits notable. »

L’ANPP rapporte aussi une belle qualité à ce stade et peut-être une précocité d’une semaine. Sur un potentiel français de 150 000 à 160 000 t, la campagne est envisagée à 140 000 t, des prévisions à affiner ces prochaines semaines.

 

France : un verger en légère hausse, avec Williams et des Club, mais des charges qui explosent

On se remet donc de la demi-récolte de 56 000 t de l’année dernière, très touchée par le gel. Le déficit avait été encore plus accentué sur les poires d’été, Guyot et Williams (jusqu’à -70 %). Les bons prix (+30 % par rapport à la moyenne des trois dernières années) dus à la faiblesse de l’offre n’ont pas compensé les pertes de volumes (jusqu’à -70 % chez certains producteurs), d’autant plus qu’avec la reprise post-Covid, la consommation de fruits et légumes a baissé, tendance accentuée par l’inflation ces derniers mois. « La hausse des charges met en les producteurs en grande difficulté », avertit Vincent Guérin.

Côté verger, on assiste depuis quelques années à un développement des vergers, +3 % en 2022 comparé à 2021, en raison de la demande face à la faiblesse de l’offre et des attentes de localisme. « Il y a un intérêt des producteurs pour la poire, qui se porte sur la plantation de Williams mais aussi de nouvelles variétés, des Club. »

 

Pays-Bas : pas de chiffres avant Prognosfruit

Aux Pays-Bas, après une récolte de 340 000 t en 2021 (-15 %), les prévisions sont encore incertaines pour cette année. « Plus ou moins, on en saura plus avec les premières prévisions chiffrées dévoilées à l’occasion de Prognosfruit en août », souligne Joop Vernooij, directeur commercial à Frupaks-Vernooij.

Le gel du printemps n’a pas eu d’impact significatif, la grêle un peu pour certaines zones de la région de Betuwe.  La floraison a été très précoce « donc on s’attend à un début de récolte autour du 20 août », précise Joop Vernooij, rapportant une « très belle qualité », « pas trop de fruits et peu d’éclaircissage nécessaire ».

En 2021, les ventes et les prix ont été bons jusqu’à la guerre en Ukraine. La consommation interne et les exportations vers l’Est ont été à la baisse.

 

Belgique : des poires malgré le gel de début avril

Situation similaire en Belgique, avec un début de saison difficile et le gel dans la nuit du 2 au 3 avril, avec des températures jusqu’à -5, -6°C. Malgré cela, à début mi-juin, les prévisions tablaient sur “seulement” -5% de volumes, soit une récolte presque normale. « C’est un miracle qu’on s’en soit remis, cela montre que Conference est vraiment une variété résiliente », se réjouit Luc Vanoirbeek, secrétaire général de VBT. Début de campagne estimé autour du 20 août, comme aux Pays-Bas, la qualité serait au rendez-vous. « Mais il peut encore y avoir des aléas climatiques ! »

La campagne 2021, avec 354 000 t, avait observé de bons prix (en moyenne 0,709 €/kg), « qui auraient été plus hauts sans les problèmes géopolitiques dont l’interdiction d’import en Biélorussie et la hausse des coûts qui vient contrebalancer ces prix relativement bons ».

 

Italie : un potentiel qui ne sera pas atteint

Avec 202 000 t, l’Italie avait atteint en 2021 un niveau tristement et historiquement bas. Laura Stocchi, Market expert au CSO Italy, résume : « La campagne n’a pas été facile, avec des difficultés à fournir, une concurrence européenne certaine sur la Conference et l’Abate Fetel, notre spécificité, qui a eu sa place en raison de la faiblesse de l’offre mais dont les bons prix n’ont pas permis de compenser les pertes, d’autant plus que cette variété a des coûts de production plus élevées que d’autres variétés. Dans un contexte de hausse des coûts, c’est problématique. »

Pour cette campagne 2022, la floraison a été bonne et la nouaison et la chute des fruits normales, pour presque toutes les variétés. « Nous espérons une production plus haute que l’année dernière, qui était un minimum historique. Mais la baisse des surfaces sous-entend que notre potentiel d’il y a quelques années ne sera, dans tous les cas, pas atteint. »

La tendance de déclin des surfaces devrait se poursuivre, sauf peut-être pour les variétés Williams, Santa Maria, Max y Carmen, qui ont des surfaces stables.

 

Espagne : « un miracle après le gel »

L’Espagne a été touché par des épisodes très importants de gel, en Aragon et Catalogne, qui ont impacté historiquement les pêches et nectarines (-70 %), et dans une moindre mesure, les poires et les pommes. « C’est un miracle qu’on ait des poires cette année en Espagne, estime Joan Serentill, président de la section Pomme et poires à Fepex. J’ai bon espoir que le climat de ce mois de juillet puisse un peu augmenter la qualité et les calibres pour compenser les -17 % prévus en récolte. » A date, l’évolution des fruits est correcte et les calibres en phase avec les marchés européens qui demandent de gros calibres.

L’Espagne produit environ 300 000 t (deuxième producteur européen en 2021), un chiffre stable ces dernières années mais de ses 600 000 t d’il y a 20 ans, lorsqu’elle était le 2e producteur européen. Elle consomme 240 000 t, exporte environ 130 000 t et importe environ 70 000 t.

 

Portugal : moins de Rocha après le niveau record de 2021

Le Portugal s’oriente vers une récolte plus faible, autour des 185 000 t, après le record de 216 000 t de Rocha en 2021 (250 000 t au total, plus haut que les prévisions initiales). La qualité devrait être belle, sans problème de Russeting.

Malgré les bons volumes 2021, des facteurs négatifs ont pesé sur la campagne : le Brésil, destination importante, a moins importé, les problèmes de russeting ont affecté l’évolution des prix… « On a un stock bien plus élevé que d’habitude à cause de la guerre en Ukraine et des prix élevés », rapporte Rita Marinho, secrétaire générale de l’ANP Rocha.

 

Hémisphère Sud : l’Afrique du Sud se renforce au Moyen-Orient

Pour l’Hémisphère Sud, l’Afrique du Sud, via Hortgro, a témoigné. La poire représente 438 468 t, dont la moitié est exportée et 35 % est transformé. C’est moitié moins que le secteur de la pomme, qui se rapproche du million de tonnes produit.

La poire sud-africaine a vu ses surfaces augmenter de 4 % en cinq ans. « C’est une tendance qui devrait se renforcer », estime Jacques du Preez en visio, qui annonce des volumes en hausse les prochaines années, autour de 275 000 t pour 2026 (+ 8%). La campagne 2021, 210 000 t, en hausse, a vu un changement dans les destinations à l’export : l’Europe a baissé (53 %) tandis que les envois sont en croissance en direction du Moyen-Orient et de l’Afrique (43 %). Le pays annonce une récolte 2022, déjà réalisée, à environ 253 248 t.

L’Afrique du Sud est le deuxième opérateur en poire de l’Hémisphère Sud (36 % de PDM en volume). « L’Europe reste une destination majeure, d’autant plus que ses stocks sont très bas cette année, mais c’est difficile. La guerre en Ukraine a un impact significatif puisque la Russie était aussi une destination importante. » Autres défis pour le secteur sud-africain soulignés par Jacques du Preez : la logistique, avec Capetown, grand port pour les poires, qui accuse des temps de délai et de transit plus long, « même si là, ça s’est un peu amélioré », plus les coûts de fret qui ont explosé, ainsi que ceux de l’énergie, des intrants, des emballages, les salaires. « Les prix payés par les acheteurs aux producteurs ne compensent pas, nous sommes inquiets pour la durabilité de la filière et le revenu de nos producteurs. »

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