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Poire : des nouveaux critères pour les choix variétaux

Synchroniser le dynamisme du verger de poiriers avec les besoins exprimés par le marché mais aussi prendre en compte le contexte climatique sont des axes incontournables au moment de planter ou renouveler un verger de poiriers. Du côté des circuits longs, l’ANPP invite à une certaine prudence dans les choix variétaux.

<em class="placeholder">Poires de variété Kiara®, lors d&#039;une présentation variétale le 8 janvier 2026 à la station de la Pugère (13). </em>
La variété Kiara, lancée en 2026, est issue d’un croisement des variétés Pierre Corneille et Harrow Sweet, réalisé par l'Inrae.
© S. Sabot

Le panel variétal en poire est plutôt réduit si on le compare à celui de la pomme. Lors d’une journée technique organisée par la station d’expérimentation arboricole La Pugère, le 8 janvier, dans les Bouches-du-Rhône, Bertrand Gassier, président de la commission poire de l’association nationale pommes poires (ANPP), a d’ailleurs incité à ne pas trop le diversifier, notamment pour les circuits longs. « En grande distribution, on trouve en moyenne quatre variétés au rayon poires, pas plus. Ne faisons pas exploser la diversité variétale. On a vu ce qui s’est passé en pomme avec une multiplication de variétés qui ont du mal à trouver leur place », justifie-t-il.

Un scénario qui n’est pas celui qui se dessine en poire pour l’instant. Bernard Florens, chargé d’études à la station de La Pugère, reconnaît qu’ « historiquement, le contexte variétal est peu évolutif ». Williams, conférence, guyot ou comice, créées aux XVIIIe ou XIXe siècles, restent majoritaires. Preuve en est la composition variétale des 2 800 ha de vergers réunis au sein de l’ANPP, qui représentent, selon son directeur Pierre Venteau, 70 % de la production française. Williams arrive en tête avec 30 % des surfaces, suivie par conférence (19 %), guyot (10 %) et comice (9 %). Les nouvelles variétés Qtee, Fred ou Angys, lancées dans le cadre de clubs variétaux, ont aussi réalisé une percée ces dernières années. Elles représentent chacune 6 à 7 % des surfaces réunies au sein de l’ANPP.

Des variétés pour le créneau de mi-décembre

Alors, quelles variétés planter pour ceux qui travaillent en circuits longs ? En croisant les données Kantar de la demande en frais et celles de l’offre (volumes ANPP connus et estimation des volumes hors ANPP), Pierre Venteau estime que la production française disponible d’août à début novembre est « au minimum en adéquation avec la demande française, voire un peu au-dessus ». Et Bertrand Gassier avertit : « Il ne faut pas se tromper dans les orientations de plantation. Il y a de la place sur le marché à partir de mi-décembre. Il faut des variétés pour ce créneau ».

D’autant que, selon lui, le terrain de jeu de la poire française reste national. « Notre capacité à exporter en assurant un revenu minimum de 25 000 euros par hectare à la production est très faible voire marginale », considère-t-il.

La variété club Fred, qui arrive à maturité fin août début septembre en Provence et entre le 15 et le 20 septembre en Centre-Val de Loire, semble particulièrement adaptée pour renforcer l’offre nationale à partir de début décembre. Reste à définir ses conditions optimales de conservation.

La conservation est le nerf de la guerre

Selon les essais du CTIFL, en froid normal, à 1 °C, Fred présente un potentiel de conservation jusqu’à début janvier. Des essais sont aussi en cours en froid normal avec 1-méthylcyclopropène (1-MCP). En revanche, à ce jour, « la conservation en atmosphère contrôlée n’est pas recommandée pour Fred », indique le CTIFL.

200 hectares de cette variété ont déjà été plantés dans l’Hexagone et n’ont pas encore atteint leur pleine production. C’est pourquoi Pierre Venteau invite à tenir compte de ce potentiel déjà en place avant de nouvelles plantations.

Du côté des autres variétés club, Eden Gold, dont l’optimum de récolte dans le Sud-Est se situe entre le 5 et le 15 août, semble aussi présenter un potentiel de conservation pour répondre aux besoins du marché à partir de décembre. Si ce potentiel n’est que de trois à quatre mois en froid normal (-1 °C à -0,5 °C), il peut monter jusqu’à sept mois avec 1-MCP, selon les premiers résultats du CTIFL.

Lire aussi : Poire : des variétés confirmées ou à suivre pour le Sud de la France

« La durée de conservation fait partie de l’évaluation des variétés. Les grandes gagnantes sont Angys et Xenia qui se conservent bien en atmosphère contrôlée, puis Fred et Qtee en froid normal », pointe Claude Coureau, reponsable pomme et poire au CTIFL, basée à La Morinière, en Maine-et-Loire. Des projets sont développés sur l’allongement de la durée de stockage de plusieurs variétés. « Il faut définir les bonnes pratiques de date de récolte, mise au froid, intégrer aussi l’affinage qui est influencé par le mode de conservation. La station doit avoir une expertise pour faire partir ses palettes de façon à ce que les produits tiennent en rayon », ajoute-t-elle.

Bertrand Gassier invite à faire des progrès sur cette capacité à conserver, qui demeure selon lui un « facteur de régulation des marchés ». Là aussi, le CTIFL a montré que des poires de variété williams peuvent rester sucrées, fondantes et aromatiques jusqu’à neuf mois de conservation en atmosphère contrôlée ULO. Et le président de la commission poire de l’ANPP de conclure : « Nous devons concentrer les efforts de plantation sur les variétés qui remplissent les conditions en matière de capacité à produire, de résistance aux maladies, de qualité de conservation et qui sont capables d’atteindre un succès commercial. »

En savoir plus

Utilisé en agriculture biologique, le Neemazal, insecticide et acaricide d’origine végétale, à base d’extrait d’Azadirachta indica, présente des risques de phytotoxicité sur certaines variétés de poiriers, notamment comice, conférence ou guyot. La station de La Pugère cite six variétés présentes dans ses collections variétales non sensibles au Neemazal : Fred, Harrow Love, Professeur Lemoine, Harrow Sweet, Xenia et Packham’s Triumph.

Kiara, la variété sous les projecteurs

Sival d’Or 2026 dans la catégorie innovation variétale, la poire Kiara (Cepora Cov) suscite l’intérêt des producteurs. Disponible à la plantation depuis cet hiver, libre d’accès, cette variété est présentée par l’Inrae comme « capable de réconcilier les impératifs techniques des producteurs, les exigences logistiques des distributeurs et les attentes gustatives des consommateurs ».

Issue d’un croisement des variétés Pierre Corneille et Harrow Sweet, réalisé sur le site Inrae d’Angers en 1992, elle est éditée par CEP Innovation. Positionnée sur le créneau williams, Kiara est depuis quinze ans en test à la station de La Pugère. Bernard Florens, chargé d’études, constate un potentiel de rendement de 45 à 55 t/ha et un calibre dominant de 65 à 75 mm. Il avertit toutefois : « L’affinité avec Ba29 semble moyenne, je pense qu’il est préférable de la mettre sur OHF 87 ». Il confirme également la faible sensibilité de Kiara au feu bactérien.

Côté gustatif, Bernard Florens décrit une chair fine et juteuse, très sucrée, « avec des indices réfractométriques souvent supérieurs à un degré Brix de 14 à la récolte ». Les tests du CTIFL, en cours, laissent espérer un potentiel de conservation de six mois en atmosphère contrôlée (XLO).

« Nous n’avons pas encore de plantation en Val de Loire, relève Claude Coureau. C’est une variété libre qui peut trouver sa place pour la vente directe dans des exploitations qui ont besoin de se diversifier en variétés pour allonger la commercialisation jusqu’en décembre, et qui n’iront pas vers une variété club. Elle est très bonne gustativement ».

Une journée nationale poire à La Morinière

Une date à bloquer dès maintenant pour qui s’intéresse à la poire : le jeudi 4 juin 2026. Le CTIFL organise une Journée nationale poire au centre CTIFL de La Morinière, en Indre-et-Loire, en collaboration avec l’ANPP/GEFeL, la FNPF et Felcoop. Le programme prévoit notamment un atelier synthétisant des résultats sur la conduite des vergers et incluant des données économiques, des points sur les dernières avancées techniques sur la lutte contre des ravageurs comme le psylle, ainsi qu’une nouvelle synthèse des essais sur les conditions de conservation de différentes variétés de poire.

L’impact variable du manque de froid hivernal

Face à la récurrence d’hivers doux, le CTIFL de Balandran a réalisé une étude sur les besoins en froid hivernal des variétés de poires Bon Chrétien, Williams, QTee, Fred, conférence, Docteur Jules Guyot, Doyenné du Comice et Harrow Sweet.

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Les résultats des campagnes 2023-2024 et 2024-2025 confirment l’impact décisif d’un manque de froid sur la floraison et la régularité de la production mais avec des écarts selon les variétés. Ce que traduit un classement du seuil de froid requis pour les sept variétés étudiées. « Ce seuil correspond au nombre d’heures strictement nécessaires pour initier une floraison, avec un minimum de régularité. Toutefois, il ne garantit pas l’absence d’anomalies », cadrent les auteurs de l’étude.

Il en ressort que la variété Harrow Sweet tolère le mieux le manque de froid, avec « une floraison correcte dès 624 h de froid », analyse l’étude. Le seuil de cumul de froid est en revanche plus élevé pour williams, Fred ou comice, ce qui peut fragiliser ces variétés dans certains bassins de production.

Les effets physiologiques du déficit en froid recensés ont été : nombre de fleurs réduit par corymbe, forte hétérogénéité de la floraison entre bourgeons d’un même arbre, pédoncules courts, fleurs de petite taille, pétales déformés ou persistants et défauts de feuillaison.

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