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Oïdium du fraisier : qu'est-ce que CCOM, l'outil d'aide à la décision de Sicoly ?

Grâce à l’outil CCOM et des conseils du service technique de Sicoly, les producteurs de fraises de la coopérative rhodanienne peuvent désormais mieux raisonner leur lutte contre l’oïdium.

<em class="placeholder">producteurs de fraises de Sicoly</em>
Les données du modèle Oïdium proviennent de capteurs climatiques placés dans la végétation. En photo, Maxime Michalet, Céline Charles, responsables techniciens Sicoly et Gilles Gaudin, producteur adhérent et utilisateur de la solution CCOM depuis deux ans.
© Sicoly

« À la Sicoly, nous avons quasiment cent exploitations productrices de fruits, dont une vingtaine cultivent de la fraise. Quand j’ai intégré le poste de responsable technique en 2019, j’ai été surprise de constater que nous n’avions pas d’outil d’aide à la décision contre la principale maladie de la fraise, et les autres techniciens des structures adhérentes à l’AOPn Fraises de France n’en utilisaient pas non plus », explique Céline Charles, ingénieure agronome à la coopérative Sicoly.

Cette dernière a voulu développer un outil d’aide à la décision automatisé et informatisé. « Pour moi qui avais travaillé pendant quinze ans dans le domaine du conseil et de l’expérimentation en arboriculture fruitière où les modèles font légion, je me trouvais démunie face à la compréhension de la maladie, j’observais des cas d’échec malgré des stratégies de lutte phytosanitaire plutôt complètes », commente-t-elle. Son travail a débuté par une étude bibliographique des publications scientifiques. Chaque stade de développement du champignon est pris en compte.

Quatre ans pour mettre au point et valider l’outil

Une fois les paramètres climatiques et les durées nécessaires appréhendées pour chaque phase du champignon, il restait à informatiser les équations et les rendre facilement compréhensibles au travers de représentations graphiques. « Nous avons alors travaillé avec Maxime Michalet, développeur de solutions connectées pour l’agriculture, disposant de solides compétences en informatique et programmation, le geek de l’équipe », explique la conseillère technique.

Intégrées à la plateforme web Agricapt, les données peuvent être visualisées par les producteurs et le service technique depuis leur ordinateur ou leur smartphone. Les données proviennent de capteurs climatiques placés dans la végétation. Ceux-ci communiquent via des réseaux bas débit renvoyant automatiquement leurs données toutes les heures pour la mise à jour des graphiques. Mais surtout l’outil, baptisé CCOM, permet de visualiser les différentes phases du champignon et d’indiquer les niveaux de risques.

L’outil graphique permet de visualiser les phases de disséminations de spores (bâtons roses) et de conditions favorables à la germination de spores (courbes vertes) ; un indice de risque est également représenté (point bleu) et permet d’appréhender la force des infections. La phase de latence du champignon puis de sporulation avec l’apparition des symptômes est représentée par la courbe grise. « Le modèle propose aussi une simulation du risque à sept jours qui prend en compte la climatologie extérieure et doit donc être adaptée selon la typologie des abris », précise la spécialiste.

Mise à l’épreuve du modèle sur le terrain

En parallèle du développement informatique, la correspondance des données issues du modèle avec la réalité de terrain a été vérifiée. « Dès 2021, j’ai travaillé avec Olivier Perrot, un agriculteur pilote qui s’est prêté au jeu. Cela m’a permis de tester des stratégies de lutte et de vérifier à la fois leur efficacité mais aussi les forces d’infection en fonction des symptômes observés sur des zones non traitées », explique la conseillère. Les années suivantes le modèle a été éprouvé chez d’autres producteurs de Sicoly, afin de le tester dans des conditions et sur des variétés différentes.

En 2024, le modèle a été testé a posteriori avec des données climatiques issues de multichapelles chauffées du Sud-Ouest. Les résultats ont montré que l’outil CCOM fonctionnait dans une autre région sur d’autres variétés avec d’autres typologies d’abris et de conduites très différentes des monts du Lyonnais. « Et cela a fonctionné, c’est rassurant, cela signifie que l’outil est transposable chez tout producteur de fraises », se réjouit Céline Charles.

Un outil pour raisonner la lutte

Grâce à l’outil CCOM et des conseils du service technique, les producteurs peuvent désormais mieux raisonner leur lutte contre l’oïdium. En fonction des phases du champignon, de l’indice de risque, combinés avec d’autres paramètres comme la variété et les stades de la culture, des stratégies différentes sont proposées. « Selon ces éléments, notre préconisation va de la simple impasse quand les risques sont très faibles, au positionnement de produits préventifs robustes lorsque les risques sont majeurs », commente la technicienne.

« Sur des risques courts, nous privilégions les solutions de biocontrôle à base de bicarbonate de potassium qui sont très efficaces lorsqu’elles sont positionnées au bon moment. Les produits de biocontrôle peuvent aussi être utilisés pour assécher les spores lors de phase de dissémination intense afin d’abaisser l’inoculum. Enfin en cas de risque majeur, un anti-sporulant peut aussi venir en complément pour éviter la sortie des symptômes. Cela nécessite une bonne connaissance de chaque produit », détaille-t-elle.

La prophylaxie indispensable

Pourtant, dans des cas de contaminations extrêmes, les stratégies s’avèrent parfois insuffisantes et la prophylaxie avec le nettoyage régulier des plants s’avère indispensable pour réduire l’inoculum, surtout sur des variétés remontantes comme Charlotte, conduites sur des cycles très longs. La qualité de pulvérisation est également un facteur déterminant de la réussite. Désormais, l’outil d’aide à la décision CCOM est disponible pour tout producteur de fraises.

En parallèle, la Sicoly travaille sur d’autres modèles comme celui de la cicadelle verte du pêcher qui cause également des pertes majeures en culture de framboises, ou de la punaise diabolique qui devient un ravageur important en culture de poires dans les monts du Lyonnais. Ainsi la modélisation permet d’anticiper les mouvements des ravageurs et d’accompagner au mieux les adhérents dans de leurs batailles. « Car si tu ne connais ni ton adversaire, ni toi-même, à chaque bataille, tu seras vaincu », plaisante la technicienne en citant Sun-Tzu, général chinois auteur de L'Art de la guerre.

La connaissance du champignon est primordiale

 
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Le développement de l’oïdium du fraisier, Podosphaera aphanis, s’effectue en quatre phases. Se succèdent une phase de dissémination des spores, puis une phase de germination des spores. Celles-ci nécessitent des conditions d’hygrométrie spécifiques et très différentes. La température et la durée d’hygrométrie élevée pendant la phase de germination sont déterminantes dans la force d’infection de la maladie. Vient ensuite une phase de latence où le mycélium se développe à la surface du végétal, mais n’est pas encore visible à l’œil nu. Enfin le cycle se termine par une phase de sporulation qui correspond à l’apparition visuelle des symptômes sur le fraisier, avec la production de nouvelles spores qui peuvent alors à leur tour être disséminées… et le cycle recommence.

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