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Observer et échanger pour baisser ses IFT

Depuis son entrée dans le réseau Dephy ferme pêche, Jean-Yves Deprade a diminué ses indices de fréquence de traitement de 25 %.

LE REGARD DE JEAN-YVES DEPRADE SUR SON VERGER de pêchers a changé depuis son entrée dans le réseau Dephy ferme des Pyrénées-Orientales
© M. LE CORRE/RFL

Le héros maintenant, c’est « celui qui traite le moins », constate, amusé, Jean-Yves Deprade, responsable des vergers d’Ille Roussillon dans les Pyrénées-Orientales. C’est en tout en cas l’état d’esprit dans le groupe Dephy pêche dont il fait partie. « Les échanges sont très intéressants entre nous car la taille des exploitations et les modes de production sont variés, continue le chef de culture. Ça permet de changer notre regard sur nos vergers ». Le groupe est constitué de trois agriculteurs en bio et sept en production fruitière intégrée. Le plus petit a une dizaine d’hectares et le plus grand une centaine. « La gestion phytosanitaire n’est pas appréhendée de la même façon dans une petite et une grande exploitation, en termes de pression mais aussi de logistique », indique Eric Hostalnou, responsable du pôle fruits et légumes à la chambre d’agriculture du département. La moyenne des Indices de fréquence de traitement (IFT) a diminué de 25 % depuis la création du groupe il y a cinq ans. C’est le cas sur les 60 ha de pêchers, de variétés précoce et de saison, de la société Ille Roussillon. « Ils sont passés de 30 IFT en 2011 à 22 IFT en 2016 et sans perte de qualité ou de quantité », rapporte Marc Frantantuono, responsable du réseau Dephy pêche à la chambre d’agriculture. Ce dernier point est essentiel pour que les pratiques mises en place se diffusent chez d’autres producteurs.

Faire la nuance entre dégâts et nuisibilité

Le premier levier a été l’entrée des vergers dans le réseau d’observation. « Toutes les semaines dès le débourrement, des vacataires passent dans une centaine de parcelles pour observer ravageurs et auxiliaires et faire des relevés de pièges », indique Eric Hostalnou. Un compte-rendu personnalisé est donné à l’issue de chaque visite à chacun des propriétaires des parcelles. « Je compare ces données avec les préconisations de mon technicien et souvent je fais l’impasse ou repousse un traitement car sur mes parcelles il n’y a pas encore le ravageur que l’on me préconise de traiter », fait remarquer Jean-Yves Deprade. Il a pu ainsi passer de trois traitements anti-puceron à seulement deux. « Et avec des produits moins nocifs », ajoute-t il. Le service est payant : 350 euros par an. « Mais tous les agriculteurs abonnés reviennent l’année suivante », note Eric Hostalnou. L’appui technique renforcé dont profitent les producteurs du réseau Dephy rassure les producteurs dans leurs choix de produits et dans le positionnement de leur traitement. « Le regard des producteurs a changé, témoigne Marc Fratantuono. Ils font maintenant la nuance entre dégâts et nuisibilité ». « Nous sommes devenus plus tolérants, comme sur l’herbe par exemple », constate l’arboriculteur en jetant un coup d’oeil à l’enherbement de son interrang haut d’une dizaine de centimètres. Il ne sera tondu que trois fois par an : pour faciliter la récolte et conserver le thrips sur l’interrang. « Pour le désherbage du rang, nous sommes revenus à du chimique, avoue Jean-Yves Deprade. Nous avons testé le passage de lames de coupe, mais avec nos terrains caillouteux, elles s’abîmaient très rapidement. Comme les cailloux étaient rejetés sur l’interrang, le broyage devenait dangereux. Un de mes employés en a reçu un qui l’a blessé à la tête ». La méthode est aussi coûteuse, tant en investissement, en maintenance du matériel, qu’en carburant.

Des produits alternatifs au coût élevé

Les vergers ont tout de suite été mis sous confusion sexuelle pour lutter contre la tordeuse orientale. Et la mouche méditerranéenne est gérée par piégeage massif comme chez tous les producteurs de la région. « Pour la gestion du puceron, je suis en réflexion, avance le producteur. Comme mes homologues en bio, je voudrais essayer de positionner une argile à l’automne et une pendant la floraison. Mais en encadrant cette dernière avec des insecticides ». Mais le coût de ce produit « alternatif » est élevé et fait hésiter cet arboriculteur. Sur les fongicides, les marges de manoeuvre sont faibles. « Comme nous n’avons pas de modèles sur le développement de la cloque ou du monilia, nous n’intervenons qu’en préventif quand les conditions climatiques sont favorables, et à l’aveugle, sans savoir s’il y a projection ou non », analyse Eric Hostalnou. Quand l’été est sec et chaud, la cadence des traitements se relâche car les conditions ne sont pas favorables à ces maladies. « Notre seule alternative est l’utilisation de soufre et de cuivre, comme en agriculture biologique », souligne Jean-Yves Deprade. L’espoir, pour mieux gérer ces pathogènes, viendra peut-être de stimulateurs de défense naturelle ou de solutions bactériennes. « Elles ne remplaceront pas les traitements chimiques, se projette Eric Hostalnou mais on pourra peut être diminuer les doses ou diminuer les cadences ».

Objectifs : baisse de résidus et biodiversité

Le réseau Dephy pêche des Pyrénées-Orientales, outre une baisse des indices de fréquence de traitement, vise une baisse des résidus et une augmentation de la biodiversité. « C’est une demande des organisations de producteurs pour répondre à une attente de leurs clients », remarque Eric Hostalnou, de la chambre d’agriculture du département. La mise en place de réseaux de producteurs avec de tels objectifs est donc aussi un argument de communication vers la distribution. Pour y parvenir, les produits les plus traçants et ceux positionnés à l’approche de la récolte sont évités dans la mesure du possible. Pour montrer que les pratiques sont plus respectueuses de l’environnement, des relevés de biodiversité fonctionnelle et ordinaire (papillons, ver de terre) sont effectués tout au long de l’année et croisés avec les pratiques.

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