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Mercosur : le Conseil de l’UE donne son feu vert à la signature de l’accord, quelles réactions en France, en Europe et au Mercosur ?

Sans le "oui" de la France, les ambassadeurs de l'Union européenne ont donné leur feu vert ce matin à Ursula von der Leyen pour aller signer dès la semaine prochaine l'accord UE-Mercosur au Paraguay. « C’est une trahison de la souveraineté agricole européenne », réagit la FNSEA qui évoque « la colère totale des agriculteurs ». L'accord pourrait s'appliquer provisoirement dans l'attente de sa ratification finale.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Nikos Christodoulides, Président de la République de Chypre, le 7 janvier lors du changement de présidence de l’Union européenne.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ici avec Nikos Christodoulides, Président de la République de Chypre, désormais à la tête de la présidence européenne, pourrait s'envoler dès le 17 janvier au Paraguay pour ratifier l'accord commercial UE-Mercosur.
© European Union, 2026

[Mis à jour le 14 janvier avec les réactions des organisations agricoles européennes]

Comme attendu après l’inflexion de la position italienne dans le courant de la semaine, les ambassadeurs de l’UE ont donné leur feu vert, le 9 janvier lors d’une réunion du Coreper II, à la signature par la Commission européenne de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur. 

La finalisation de la procédure écrite est espérée dans l’après-midi. Selon toute vraisemblance, la France, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche et l’Irlande ont exprimé leur opposition au texte, alors que la Belgique s’est abstenue. Tous les autres États membres se seraient prononcés en faveur de l’accord. 

Concernant l'accord de partenariat UE-Mercosur « aux termes de la décision adoptée aujourd'hui, l'UE signera l'accord et appliquera provisoirement une grande partie des chapitres politiques et de coopération, dans l'attente de l'achèvement des procédures de ratification », peut-on lire dans le communiqué du Conseil européen publié ce 9 janvier à 18h.

Lire aussi : Mercosur : face à la colère agricole, « la France choisit de voter contre », annonce Emmanuel Macron

Vers une ratification le 17 janvier prochain au Paraguay

« L’Europe envoie aujourd'hui un signal fort indiquant notre sérieux s'agissant de nos priorité », s’est félicité dans un communiqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen qui ajoute qu’il s’agit d’un « accord gagnant-gagnant ». Bruxelles estime également avoir « entendu les préoccupations » des agriculteurs et y avoir « donné suite ». Cette validation par le Conseil de l’UE ouvre maintenant la voie à une signature rapide du traité commercial dès le 17 janvier. « Je me réjouis à l'idée de me rendre au Paraguay afin que nous puissions entamer cette nouvelle ère ensemble », a d’ores et déjà indiqué Ursula von der Leyen.

Lire aussi : Manger européen, Mercosur, « entraves » : Que retenir du discours d’Ursula von der Leyen ?

Accord Mercosur : les Vingt-sept valident le renforcement de la clause de sauvegarde agricole

En amont de l’autorisation de signature de l’accord commercial UE-Mercosur, les ambassadeurs de l’UE ont aussi confirmé, lors de leur réunion du 9 janvier, l'accord provisoire conclu avec le Parlement européen en décembre concernant la clause de sauvegarde agricole, selon nos confrères d'Agra Presse. Comme annoncé, les membres du Coreper ont apporté des modifications de dernière minute au compromis. Ils ont donc convenu d'abaisser de 8 % à 5 % les seuils de déclenchement des enquêtes pour les produits agricoles sensibles, conformément à la position du Parlement européen. Cette manœuvre est destinée à faciliter l’adoption du texte par l’hémicycle européen au sein duquel les clauses de sauvegarde ont donné lieu à d’intenses débats en décembre 2025. Strasbourg va d’ailleurs devoir se prononcer sur la question très prochainement, potentiellement dès le mois de janvier. 

Relire : Mercosur : vote des clauses de sauvegarde par les eurodéputés et accélération du calendrier

Vers un mouvement de contestation le 20 janvier à Strasbourg

« L’approbation du traité Mercosur par une majorité d’Etats membres franchit une nouvelle étape et provoque la colère totale des paysans : c’est une trahison de la souveraineté agricole européenne », réagit la FNSEA dans une communication à la presse.

Le syndicat agricole indique qu’il consultera dès ce soir son réseau pour décider des suites syndicales à donner. D’ores et déjà la FNSEA indique engager une discussion avec les autres syndicats agricoles européens du Copa pour organiser le 20 janvier à Strasbourg « une mobilisation d’envergure ». L’objectif : faire pression sur les eurodéputés pour qu’ils adoptent la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne pour suspendre l’accord.

« Le veto de la France était mobilisable en tant voulu, il n'a pas été activé », dénoncent Interbev, Intercéréales et Anvol

« Pour les filières agricoles, ce choix est inacceptable. L’Union européenne renonce à construire une politique commerciale cohérente avec les exigences imposées à ses propres producteurs, en choisissant d'acter la signature malgré une contestation forte des filières et de l’opinion publique. Ce renoncement fragilise la souveraineté alimentaire et la sécurité alimentaire des consommateurs », dénoncent pour leur part les interprofessions Anvol, Interbev et Intercéréales dans un communiqué commun. Derrière ce passage en force européen, elles dénoncent le fait que la « France a aussi une part de responsabilité, malgré son vote négatif aujourd’hui au Conseil de l’UE ». 

« Lorsqu’elle disposait encore de leviers juridiques et politiques déterminants pour empêcher cette issue, elle a choisi de ne pas les utiliser pleinement. Son veto était mobilisable en temps voulu, lorsque l’unanimité s’imposait encore. Il n’a pas été activé. Elle aurait également pu saisir la Cour de justice de l’Union européenne, afin de contester la base juridique de l’accord. Là encore, ce levier n’a pas été mobilisé. Dans ces conditions, son refus exprimé aujourd’hui ne change rien : il ne pouvait plus produire aucun effet », peut-on lire dans le communiqué.

Lire aussi : Crise agricole : que demandent les syndicats à Sébastien Lecornu, avec quels moyens de pression ?

Les réactions en Europe et dans le Mercosur

Sur la scène européenne, le vice-président du conseil des ministres d’Italie Antonio Tajani s’est félicité de la conclusion de l’accord « annoncée comme une excellente nouvelle pour l’Italie », avec l’objectif d’atteindre 700 milliards d’euros d’exportation.

« L'accord UE-Mercosur constitue une étape majeure de la politique commerciale européenne et un signal fort de notre souveraineté stratégique et de notre capacité d'action. C'est une bonne chose pour l'Allemagne et pour l'Europe. Mais 25 ans de négociations, c'est beaucoup trop long — nous devons aller plus vite », a pour sa part réagi le chancelier allemand Friedrich Merz sur X.

Du côté des pays du Mercosur, « une nouvelle étape décisive vers l'approbation de l'accord Mercosur-Union européenne, qui ouvre un marché de 750 millions de consommateurs pour les produits argentins. Un pas de géant vers l'avenir. L'Argentine prospérera » a réagi le président du sénat argentin Federico Pinedo. 

Lire aussi : Agriculture : Que pensent les exportateurs du Mercosur du report de l’accord ?

 

Réactions contrastées des filières agricoles dans l’UE, certaines se félicitant discrètement de l’avancée de l’accord

Après le vote des ambassadeurs de l’UE du 9 janvier, l’inévitable perspective d’une signature de l’accord UE-Mercosur a, comme attendu, engendré des réactions partagées parmi les représentants de la filière agroalimentaire européenne. « Pas de surprise », pour les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) qui considèrent l’accord comme « fondamentalement déséquilibré et imparfait dans son essence même » malgré les derniers ajustements proposés par Bruxelles. Le Copa-Cogeca annonce qu’il soutiendra la manifestation organisée par la FNSEA le 20 janvier à Strasbourg.

Même sentiment dans la filière européenne du sucre (industriels et betteraviers) qui évoque de mesures de sauvegarde purement symboliques, « sans pertinence pratique pour les opérateurs ». 

De son côté, l’association européenne des transformateurs de volaille (AVEC) déplore le vote des Etats membres de l’UE et exhorte à présent le Parlement européen à rejeter le texte. Et d’estimer qu’avec les quotas prévus par l’accord Mercosur (180 000 tonnes), les importations totales représenteraient 9 % de la consommation totale de volaille de l’UE , « exerçant une pression insoutenable sur les producteurs européens, soumis aux normes les plus strictes au monde en matière de sécurité alimentaire, de bien-être animal, de protection de l’environnement et de normes sociales ».

A contrario, l’association laitière européenne (EDA) a salué discrètement, sur X, la validation d’un accord « qui ne manquera pas d'apporter croissance économique et résilience à l'Europe ». 

Pour les entreprises vins de l’UE (CEEV), son secrétaire général Ignacio Sanchez Recarte a salué le vote de l’accord sur linkedin estimant que l’application de ce traité commercial permettra de « renforcer les relations commerciales avec des partenaires de confiance » à une époque marquée par une incertitude géopolitique et économique croissante. « Avec un fort potentiel de croissance pour les vins de l’UE au Brésil, l’élimination progressive des droits de douane contribuera à ouvrir de nouvelles opportunités pour les producteurs », écrit-il encore appelant désormais le Parlement européen à ratifier rapidement l’accord.

Relire : Accords de libre-échange de l’UE : quels seront les gagnants et les perdants dans l’agriculture et l’agroalimentaire

En France, deux motions de censure contre le gouvernement Lecornu

En France malgré l’annonce le 8 janvier d’Emmanuel Macron du vote contre l’accord UE-Mercosur, les partis FLI et RN ont décidé de déposer une motion de censure du gouvernement, dénonçant une mauvaise stratégie du président de la République et de son Premier ministre sur le dossier.

Deux motions qui n'ont pas été adoptées ce 14 janvier par l'Assemblée nationale.

Relire : Mercosur : vers une ratification inéluctable de l’accord ou existe-t-il des marges de manœuvre pour les opposants ?

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