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Fruits à coque
[Medfel 2022] Comment Arnaud Montebourg compte révolutionner et restructurer une filière d’amandes françaises

La Compagnie des Amandes a expliqué comment elle compte rémunérer ab initio les producteurs partenaires et a fait le point de ses ambitions et projets : nombreuses plantations en cours, une casserie opérationnelle à l’automne pour les premières récoltes, une OP créée et des projets de recherche qui devraient aboutir sous peu et profiter à toute la filière.

La Compagnie des Amandes, à Medfel, pour expliquer les tenants et aboutissants de son projet et nouveau modèle économique pour la relance de l'amande française.
© Julia Commandeur - FLD

Une première récolte en 20223. 2 000 ha et 2 000 à 2 500 t/an d’ici trois à cinq ans. Une usine de cassage de 7 000 m2 livrée à Signes dans le Var en 2023 pour stocker, casser, sécher et trier les amandes. Créer un segment premium sur un marché de l’amande encore non segmenté et s’y implanter durablement. Telles sont les ambitions de la très médiatique Compagnie des Amandes.

 

Celle-ci exposait pour la première fois à Medfel et son emblématique président Arnaud Montebourg a tenu une conférence le 27 avril avec son directeur général François Moulias. Objectif : répondre aux interrogations quant à son modèle économique innovant, « capable de rémunérer l’agriculteur ab initio, c’est-à-dire dès le premier jour de la plantation » [lire encadré] mais « tout à fait inconnu pour l’heure dans le monde agricole ». La Compagnie a notamment distribué sur le salon “Le guide du partenaire arboricole” afin de répondre aux nombreuses questions des producteurs qui envisageraient de devenir partenaire.

 

Le directeur général de la Compagnie des Amandes François Moulias et le président Arnaud Montebourg ont tenu une conférence le 27 avril.
© Julia Commandeur - FLD

 

Un modèle économique « unique » pour attirer et soutenir le revenu des producteurs partenaires

« Notre entreprise n’est plus un projet mais une réalité ! », se réjouit Arnaud Montebourg qui a une fois de plus dénoncé « des agriculteurs sacrifiés sur l’autel de la mondialisation » et une « culture de l’amande concentrée sur une vallée en Californie -80 % de la production mondiale- alors que la sécheresse frappe durement le pays et que le berceau historique de l’amande, la Méditerranée, a vu sa filière disparaître face à la Californie. »

Le modèle économique de la Compagnie des Amandes permet à chaque agriculteur qui s’associe au projet de :

1- Maintenir sa souveraineté foncière : les terres sont louées par la Compagnie des amandes.

2- Présider la société d’exploitation (une société est systématiquement créée pour chaque association avec un producteur), avec 51 % des parts, les 49 % autres revenant à la Compagnie des Amandes, pour une société au capital total de 5 000 € (2 550 € en provenance de l’agriculteur, 2 450€ de la Compagnie).

3- Diversifier son activité avec un arbre qui demande moins de travail que les autres (1 ETP sur 25 ha soit 80 heures/an/ha).

4- Bénéficier d’une filière de traitement de ses amandes, notamment avec la Casserie de Signes, la casserie que la Compagnie des Amandes est en train de faire construire.

5- Dé-risquer son activité sur le plan commercial en lui assurant un débouché, face à la demande en explosion pour l’amande.

 

Une demande pour de l’amande française qui explose et qui va durer, des industriels prêts à payer

La demande pour l’amande est en effet réelle, face à des attentes de produits sains (nombreuses vertus nutritionnelles notamment riche en oméga 3, protéines et fibres, et de prévention de maladies) et snacking. En France la consommation apparente est de 45 000 t par an tandis que la production nationale n’est que de 700 à 800 t (1 000 t prévisionnelles d’amandons pour 2023 selon France Amande). Elle importe donc, pour 238 M€ en 2021, « un désastre écologique et économique » pour Arnaud Montebourg.

François Moulias confirme : « Il y a une forte demande intérieure non satisfaite, en particulier pour une offre locale, et tout l’enjeu est d’agréer des producteurs pour y répondre. Les clients de la distribution, la transformation agroalimentaire ou l’industrie cosmétique sont prêts à payer pour de l’amande française mais aucun producteur n’est capable de livrer par exemple 40 t de Lauranne en calibre 36. »

Pour chaque producteur qui s'associe au projet de la Compagnie des Amandes, une société dans laquelle le producteur détient 51 % des parts est créée. Le modèle économique précise aussi des conditions pour que le producteur soit rémunéré dès la première année de plantation et non pas à la récolte, qui ne survient qu'à la 6e feuille.
© Compagnie des Amandes

 

Et côté salaires et investissements ?

La Compagnie des Amandes prévoit de produire 3 000 t d’amandes. 208 ha d’amandiers ont été plantés chez des producteurs adhérents au projet, dans le Vaucluse, l’Aude, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône (variétés diverses telles que Lauranne, Mandaline, Ferraduel…) et 300 ha sont en cours d’analyses et seront signés d’ici la fin de l’année*. L’objectif final est de 1 500 à 2 000 ha (500 ha fin 2022). En parallèle, La Compagnie propose de la prestation de services à d’autres producteurs (services techniques, cassage, etc.).

*François Moulias évoque 180 projets étudiés au total pour plus de 3 500 ha en cumulé, et 1 800 ha refusés pour cause de sols ou climat ou accès à l’eau ou caractère de personnes non compatible.

Rémunérer l’agriculteur ab initio : comment la Compagnie des Amandes compte faire ? Les sources de revenus pour l’agriculteur partenaire :

  • Le loyer de ses terres agricoles : un bail est établi entre la société de partenariat et l’agriculteur, 350 €/ha/an en moyenne (chiffres basés sur les baux ruraux fixés par arrêté préfectoral).

  • Un forfait à l’hectare de 700 €/an/ha en attendant la première récolte, et de 850 €/ha/an à la 6e année.

  • Un intéressement au volume de récolte, environ 350 €/an/ha. Dans le détail, 0,50 € pour un volume entre 800 et 1 000 kg ; 0,75 € entre 1 000 et 1 200 kg ; et 1 € au-delà. La qualité sera aussi prise en compte, précise François Moulias, ainsi que les éventuelles certifications, Label Rouge…

  • Les dividendes de la société, l’agriculteur en possédant 51 % des parts.

La Compagnie des Amandes repose sur un investissement de 8 M€. Les investisseurs sont ses fondateurs et des grands investisseurs réunis dans la holding Cofrap, le groupe Réalité, l’Inrae (5%), Daco France et le grand public via la plateforme de financement participatif responsable Lita.co. La Compagnie des Amandes a annoncé à l’occasion de la conférence de presse qu’elle allait lancer en juillet une nouvelle émission d’obligation vers le grand public.

La future Casserie de Signes, dans le Var, devrait être opérationnelle cet automne, pour la première récolte de la Compagnie des Amandes.
© Compagnie des Amandes

 

Structuration de la filière avec la création d’une OP et des projets de recherche lancés avec l’Inrae

La Compagnie travaille sur la R&D de la lutte contre les maladies s’attaquant aux amandiers, qui pourront bénéficier à toute la filière, et l’orienter vers une arboriculture biologique. Les travaux ont été lancés depuis janvier 2021 avec l’Inrae sur des moyens de biocontrôles contre la guêpe de l’amandier.

Le projet de recherche R(e)Set, lancé en même temps que la première récolte, ambitionne de trouver des débouchés à la coque des amandes. Les réutiliser en pâte pour faire des emballages alimentaires est une piste prometteuse. 6 000 t d’amandes récoltées c’est en effet 3 000 t de coques à jeter.

Enfin, l’OP Amandiers de France, pour les fruits secs en particulier les amandes, a été créée et a tenu sa réunion de lancement le 21 avril. La prochaine étape : la demande de reconnaissance. Le producteur Laurent Ratia en sera le président.

Ce producteur est par ailleurs partenaire du projet de la Compagnie des Amandes avec David Broncano. Déjà associés pour la production de pêches et abricots, les deux arboriculteurs cherchaient une production alternative, sur de nouveaux marchés, avec un calendrier de récolte décalé. L’amandier s’est présenté comme une très bonne solution pour eux. C’est dans le Narbonnais que des terres en friches, dans un secteur dominé par la vigne et de l’arboriculture (pêchers, abricotiers), ont été plantées en Lauranne et Mandaline sur 13 ha en 2021 et 2022.

Vieil amandier à Eyguières (Bouches-du-Rhône).
© Compagnie des Amanades
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