Maraîchage bio dans la Loire : « Le suivi au Nitracheck sécurise nos rendements »
Aux Jardins du Treille, à Maringes dans la Loire, la fertilisation azotée des cultures maraîchères est pilotée à l’aide du Nitracheck. Les mesures de nitrates déclenchent ou non des apports complémentaires aux restitutions des fumiers et engrais verts.
Aux Jardins du Treille, à Maringes dans la Loire, la fertilisation azotée des cultures maraîchères est pilotée à l’aide du Nitracheck. Les mesures de nitrates déclenchent ou non des apports complémentaires aux restitutions des fumiers et engrais verts.
« C’est la troisième année que nous suivons les teneurs en nitrates de nos sols avec le Nitracheck et c’est l’un des facteurs qui sécurise nos rendements. » Rémi Lambert est associé aux Jardins du Treille, dans les Monts du Lyonnais. L’exploitation maraîchère en bio a fondé son système agronomique sur des sols vivants, avec apports de matières organiques et restitutions par des couverts végétaux. « C’est un système qui ajoute de la complexité par rapport à une culture sur support inerte », assure-t-il. C’est pourquoi le besoin de mesurer « de temps en temps » la nutrition azotée des cultures a émergé, pour réagir au plus vite en cas de carences. Un pilotage complété par une analyse de matière organique des sols tous les trois ans.
« Nous utilisions déjà les bandelettes colorées auparavant, sur les conseils d’Agribio Rhône & Loire et de la chambre d’Agriculture, mais nous avons acheté la liseuse Nitracheck, plus précise », complète-t-il. Ce petit boîtier permet de mesurer la teneur en nitrates dans les sols. « Attention, c’est bien un flux à un instant t, que nous mesurons, pas une quantité d’azote dans le sol », prévient Rémi Lambert. En effet, les mesures varient en fonction de la température et de l’humidité du sol, qui influencent la minéralisation de l’azote.
Aux Jardins du treille, ces analyses sont utilisées dans les deux stratégies de fertilisation déployées sur l’exploitation. Sous abri, l’objectif est d’enchaîner les cultures le plus rapidement possible. Un apport de fumier de 40 t/ha mélangé avec des déchets verts broyés est enfoui au rotavator avant plantation ou semis. Le fumier provient d’un élevage voisin et les déchets verts sont achetés 4 €/m3 auprès de la Sica Carbone Avenir. Le mélange est composté plus ou moins longtemps, en fonction de l’évolution des taux de matière organique liée et libre dans les sols et selon les possibilités logistiques.
Injection de la vinasse par effet Venturi
Une mesure est effectuée au Nitracheck avant chaque culture, sauf pour les salades, où un apport complémentaire d’azote de 50 u/ha est effectué systématiquement. Pour toutes les autres cultures, solanacées, courgettes, melons, pastèques, des analyses sont ensuite effectuées toutes les quatre semaines. Les mesures sont mises en relation avec la grille Zenit, fournie avec l’appareil pour estimer si l’azote manque ou non.
En cas de carence, un engrais organique (bouchons dosés 8.0.4) est apporté et incorporé à la bineuse pour les cultures qui ne sont pas sous bâche. « Je limite la dose à 50 unités maximum par apport, car je ne souhaite pas bouleverser le système, quitte à refaire une mesure et un apport une semaine après », indique Rémi Lambert.
Pour les cultures sous bâche, l’apport complémentaire se fait par fertirrigation avec de la vinasse de betterave (34 g/l d’azote, 77 g/l de potasse). « Nous avons un système d’injection par effet Venturi positionné en dérivation de notre circuit d’irrigation. L’effet Venturi aspire la vinasse par dépression. Il faut bien prévoir trois vannes, pour que tout fonctionne bien : une pour le circuit d’irrigation et les deux autres, avant et après le Venturi », indique le maraîcher, qui conseille également de bien rincer l’installation à l’eau claire après la vinasse, pour éviter que le produit ne cristallise dans les tuyaux.
« Tous les mois je détecte des carences, mais notre base est bonne. Je gère les petits manques, dans les moments clés », estime Rémi Lambert, pour qui l’achat du Nitracheck est largement rentabilisé en évitant de perdre du rendement. « En pommes de terre, nous n’avons jamais eu d’aussi bons rendements que ces deux dernières années, car nous avons gagné en maîtrise technique. »
Des analyses toutes les quatre semaines en routine
En extérieur, « nous misons beaucoup sur les engrais verts », insiste Rémi Lambert, dont l’objectif, à terme, serait d’autoentretenir la matière organique des sols avec les couverts. Pour l’instant, un mélange seigle-vesce est semé à 180 kg/ha, le plus tôt possible en septembre-octobre. Le couvert est détruit début juin par un passage de déchaumeur à disques et enfoui avec un rotavator. La production de matière sèche est estimée à environ de 10 t/ha.
« Nous évaluons les apports des couverts avec la méthode Merci (méthode d’estimation des restitutions des cultures intermédiaires). Théoriquement, nous devrions maintenir les taux de matière organique entre 3 et 3,5 % », a-t-il calculé. Les parcelles reçoivent aussi un apport complémentaire de fumier, s’il en reste après l’épandage prioritairement sous les abris.
Ensuite, des mesures régulières au Nitracheck viennent contrôler que les cultures ont bien l’azote nécessaire à disposition, soit toutes les quatre semaines sur pommes de terre, courges, choux… « Je ne fais pas de suivi toutes les semaines, car nous sommes sur des sols en bio qui fonctionnent bien, mais avec de l’inertie. Je ne cherche pas à atteindre très précisément une teneur azotée : soit il en manque, soit c’est ok, soit c’est largement pourvu. En fonction de cette indication, j’apporte 20 ou 40 unités, je ne cherche pas une précision à 5 unités près », argumente le maraîcher pour qui le pas de temps de quatre semaines est suffisant pour suivre les évolutions du sol et des légumes. Les compléments azotés sont apportés par des bouchons.
Au total, une quinzaine de tests sont réalisés tous les quinze jours. La tâche a été confiée à un salarié qui est ainsi mobilisé deux heures par quinzaine. Le mode opératoire est relativement simple : un échantillon de terre doit être prélevé à la tarière, toujours à la même profondeur, en plusieurs points de la parcelle ou de la planche, de manière à être représentatif. La terre ainsi récoltée est homogénéisée.
Après avoir prélevé 100 g de cet échantillon, on ajoute 100 ml d’eau et on effectue une filtration inverse. Une bandelette est ensuite trempée dans l’eau filtrée et introduite dans le Nitracheck, après étalonnage de l’appareil. La mesure est quasi-instantanée. La valeur affichée doit être corrigée en fonction de la profondeur de prélèvement et de l’humidité du sol.
Le Nitracheck aide aussi à surveiller les essais d’implantation des cultures dans les couverts végétaux couchés, pour diminuer le travail du sol. Après plusieurs essais non concluants (broyage trop précoce en 2023, faim d’azote sur des courges en 2024, manque de densité en 2025), toutes les conditions semblent être réunies pour les semis de potimarron cette année. « Nous avons mesuré 40 kg/ha d’azote comme le témoin. Nous surveillons le salissement et nous croisons les doigts », résume le maraîcher.
Repères
Les Jardins du Treille à Maringes dans la Loire
Surface : 10 ha cultivés en légumes sur deux sites, dont 1,2 ha de serres
Production : maraîchage bio diversifié
Main-d’œuvre : 10 ETP, dont 5 associés, 3 salariés, des saisonniers et une apprentie
Irrigation : deux retenues collinaires de 14 000 m3 de capacité totale
Commercialisation : 2 magasins de producteurs, magasins bio, plateforme Bio a pro
Le Nitracheck, un outil d’analyse éprouvé
Diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires depuis sa mise sur le marché, le Nitracheck a réalisé des millions de mesures de nitrates. Outil de terrain, le boîtier est disponible seul ou avec ses accessoires et un guide d’utilisation. Les mesures peuvent concerner l’eau, le sol ou les plantes. La précision de l’appareil est de 7 %. Le boîtier coûte 375 € HT, les bandelettes 39 € HT les 100 et la solution étalon 7 € HT. Des bandelettes colorimétriques peuvent aussi être utilisées sans le boîtier pour 36 € HT les 100. Le résultat, par intervalles, est moins précis.
Eric Morfeuillet, Le potager de la coccinelle à Saint-Romain-de-Popey dans le Rhône
« Nous débutons un suivi au Nitracheck pour nos cultures implantées sous couverts mulchés »
« Nous travaillons avec des couverts végétaux depuis 2013 et l’objectif est de les développer, pour couvrir le sol et économiser des fertilisants. Nous avons rencontré des difficultés à implanter nos cultures sous couverts couchés. Aussi, nous allons essayer sous couverts mulchés. Cela devrait être plus facile d’obtenir les 8 à 10 cm d’épaisseur nécessaire, car nous pourrons ajouter de la prairie broyée ou une autre source végétale, si besoin. Le Nitracheck va nous aider à suivre l’évolution de la nutrition de nos cultures durant la saison. »