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La Corse veut ses IGP en citron et en orange

La filière corse lance en 2022 des travaux en vue de deux IGP : orange de Corse et citron de Corse. En parallèle, les projets privés de diversification en tropicaux (avocat, mangue…) se poursuivent chez les producteurs.

© Aprodec

Connue et reconnue pour sa clémentine, la Corse poursuit sa diversification dans les productions fruitières plus exotiques. Il y a déjà 40 ha d’avocatiers Hass, plantés il y a deux ans. Les premiers véritables volumes devraient arriver dans trois ou quatre ans. Il s’agit de projets privés, avec des producteurs souvent déjà producteurs d’agrumes qui cherchent à se diversifier encore plus en fonction du marché.

Avocat, un défi phytosanitaire à relever

« Il n’y a pour le moment pas de filière organisée. Mais il y a une vraie volonté de se diriger sur cette culture, précise Jean-Paul Mancel, producteur et président de l’Aprodec. Après, est-ce que cela va prendre ? Il est trop tôt pour le dire. C’est un vrai challenge, notamment phytosanitaire : il y avait une production d’avocats sur l’île il y a 45 ans. Mais les arbres à l’âge adulte accusaient un dépérissement en raison d’un champignon des racines, ce qui a amené à un déclin du verger. Des nouvelles tentatives ont été vaines. Aujourd’hui, on teste avec de nouveaux plants, de nouveaux porte-greffes. Il faut attendre que les arbres arrivent à l’âge adulte. Nous devrions avoir des premières conclusions l’année prochaine ». De la même manière, des mangues Kent ont été plantées. Mais le changement climatique (sécheresse mais aussi plus de pluies ou de gel) rend risquée l’aventure. « La Corse veut se diversifier face au changement climatique. Va-t-on réussir à l’instar de la Sicile ? » s’interroge-t-il.

Se diversifier face au changement climatique

La Sicile a donné le tempo il y a quelques années en arrachant ses vergers d’oranges pour les remplacer par des avocats, des mangues et des fruits de la passion. « Ils ont été les seuls producteurs européens à fournir des exotiques et peuvent donc vendre très cher, souligne Jean-Paul Mancel. Ils ont pris de sacrés risques mais se sont positionnés très tôt les premiers sur ce créneau. C’est une vraie réussite ».

La Corse produit aussi de la lime, beaucoup en bio, mais les volumes restent « assez confidentiels, face à une problématique de couleur, les fruits devenant rapidement jaunes ». D’autres agrumes exotiques sont aussi produits sous volumes limités, comme une diversification disséminée. « Il n’y a pas la volonté de développer une vraie filière d’agrumes exotiques car il n’y aurait pas le marché en face, précise Jean-Paul Mancel. Et les contraintes techniques – comme celle de la couleur – sont très fortes. »

Forte demande des GMS

D’autant plus qu’en parallèle, les Corses observent une réelle attente pour des agrumes « classiques » corses, dans un contexte de Made in France et d’attrait pour l’île de Beauté : « Il y a une attente de diversification commerciale et les GMS attendent des oranges et des citrons corses ». La filière organisée (producteurs et OP) a donc décidé de se lancer sur ces deux produits et a mandaté l’Aprodec pour écrire les cahiers des charges IGP Orange de Corse et IGP Citron de Corse. Les premières réunions de travail devraient débuter en février, à la fin de la campagne de clémentines.

Il y a déjà quelques plantations d’oranges commercialisées, la navel, car elle a été implantée en même temps que la clémentine. Le cahier des charges devrait donc concerner l’orange de table pour l’instant, et le citron classique dit 4 saisons (Eureka). La production devrait se situer sur la même zone d’influence que la clémentine, mais avec des altitudes max potentiellement plus élevées pour l’orange.

Un calendrier réduit pour la clémentine de Corse

Cette diversification vers l’orange et le citron est aussi une façon de ne pas peser trop sur les volumes de clémentines de Corse : la clémentine Corse est réduite à deux variétés, la primeur Caffin (20 % des surfaces) et la commune (80 % des surfaces), ce qui permettait une stabilité en goût et aspect. « Mais aujourd’hui avec le changement climatique, afin de limiter les risques d’aléas, le calendrier de récolte est réduit : on récolte jusqu’à fin décembre-début janvier et non plus jusqu’à fin janvier, explique Jean-Paul Mancel. Si on réduit la fenêtre commerciale alors qu’en parallèle les volumes augmentent par une hausse des surfaces, le marché ne pourra pas absorber les volumes ».

L’objectif est donc de maîtriser le verger de clémentines existant en augmentant un peu les surfaces et en le renouvelant (400 ha de vergers de plus de 40 ans sont à remplacer dans les dix ans) tout en allant davantage vers le pomelo IGP « où il y a encore de la place » et se diversifier sur l’orange et le citron.

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