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Asperge : comment la recherche dynamise la culture

Le récent congrès international de l’asperge témoigne de l’importance toujours prégnante de l’innovation variétale, notamment l’identification de « gènes sauvages », pour cette production mondialisée. Les plastiques, largement utilisés, apportent aussi leur part d’innovation pour la production et leur recyclage.

Plus de cent chercheurs et spécialistes de l'asperge ont participé au 15e International Asparagus Symposium  avec notamment la visite des collections d'asperges sauvages de l’Université de Cordoue.
Plus de cent chercheurs et spécialistes de l'asperge ont participé au 15e International Asparagus Symposium avec notamment la visite des collections d'asperges sauvages de l’Université de Cordoue.
© RFL

Le 15e International Asparagus Symposium a accueilli une centaine de chercheurs et de professionnels de l’asperge à Cordoue (Cordoba) en Espagne en juin dernier. Ce rendez-vous permet au monde de l’asperge d’échanger sur les résultats scientifiques provenant d’instituts de recherche de près de vingt pays. Car si l’asperge est botaniquement originaire du pourtour méditerranéen et du Proche Orient, son intérêt économique l’a disséminée partout sur le globe. De fait, plus d’une vingtaine de présentations orales et une cinquantaine de posters, ainsi que des visites de parcelles et d’entreprises ont animé les quatre journées d’échanges.

Evaluation dans un environnement semi-aride

Sur le plan génétique, les interventions ont souligné trois axes de recherche. D’une part, la connaissance de la répartition des caractères génétiques dans le génome, notamment à l’aide de marqueurs moléculaires, reste au cœur des travaux comme en témoignent par exemple les travaux de Akira Kanno, Université de Tohoku (Japon), sur un marqueur génétique commun à différentes espèces d’Asparagus. La recherche génétique permet d’améliorer la vitesse de création et d’évaluation de nouveaux hybrides. Ainsi, plus 42 000 marqueurs dont 24 000 utilisables par le génotypage selon la méthode SNP (Single Nucleotide Polymorphism ou polymorphisme nucléotidique) ont été identifiés par des travaux de recherche allemands.

« Ces connaissances permettent par exemple d’accéder à des gènes de résistance à certains virus, comme AV-1 dont la présence asymptomatique sur la plante peut affecter le rendement de 30 à 70 % », mentionne Thomas Nothnagel, Julius Kühn-Instite. Ils servent également au développement du projet Fure, basé sur l’acquisition de résistance au Fusarium. Le choix variétal répond également à de nouveaux critères de sélection. Ainsi, les travaux de sélection menés par Roberto Marceddu, à Palerme (Italie), portent sur l’évaluation dans un environnement semi-aride de douze cultivars.

Le matériel génétique à la base de la relance

Au Pérou, Andres V. Casas Diaz mentionne que l’évolution de caractères recherchés dans sept variétés d’asperge est à rattacher à l’évolution des marchés. « Le transfert de moyens d’exportation, de l’avion au bateau, allonge la durée de transport de 72 h à 2 semaines, et nécessite d’améliorer les propriétés de conservation post-récolte de l’asperge. L’augmentation de calibre est aussi une attente du marché », explique le chercheur. Une meilleure connaissance du matériel génétique peut aussi être à la base de la stratégie de relance de la production d’asperge comme l’a proposé John Rogers de la faculté d’agronomie d’Argentine.

La qualification d’espèces sauvages est aussi un sujet de plus en plus étudié dans les aires de présence endémique des différents types d’Asparagus : l’objectif est d’identifier des gènes (résistance aux maladies, tolérance aux facteurs pédoclimatiques, aspect…) afin de créer de la diversité. Ainsi, Lucia Dinolfo a présenté la répartition et les principaux caractères morphologiques d’asperges sauvages, Asparagus acutofolius et Asparagus albus, en Sicile. La meilleure connaissance de certains types sauvages et leur amélioration peuvent aussi représenter une niche locale de marché. C’est le cas du programme de sélection conduit par l’Université de Cordoba dans le but notamment d’améliorer l’asperge locale Morado de Huetor, cultivée dans la zone de production de Grenade .

Les bâches améliorent la vie du sol

Le secteur des plastiques a également concentré de nombreuses interventions avec d’une part leurs contraintes d’utilisation et de recyclage, d’autre part l’innovation potentielle qu’ils proposent ainsi que leur effet bénéfique parfois surprenant. Les contraintes de recyclage sont désormais à la dimension des volumes de plastiques utilisés. En Allemagne, les films de bâchage noir/blanc représentent 2 500 tonnes de plastiques, déroulés sur 12 500 km de buttes et renouvelés tous les huit ans. Tout en mentionnant le développement de machines pour ouvrir les ourlets et les vider de leur terre, Martin Geyer, Institut pour l’agriculture de Potsdam, a alerté sur les risques d’accumulation de microparticules de plastique dans le sol malgré leur recyclage.

Les bâches plastiques sont aussi porteuses d’innovation. Celle proposée par Reyenvas concernant une bâche à ourlet étirable semble en être une (voir encadré). Les bâches plastiques peuvent aussi avoir des effets bénéfiques sur la vie du sol, alors que seul un impact négatif était jusque-là avancé. Les travaux de Carmen Feller, de l’Institut du végétal allemand, apportent des éléments positifs sur l'impact des plastiques. Ainsi, en observant l’activité de la faune du sol (collemboles, acariens, nématodes…) et des micro-organismes (champignons, algues, bactéries…), la chercheuse a confirmé ses suppositions sur l’augmentation de la température de la butte induite par les bâches plastiques au printemps et l’accélération du développement de la vie du sol.

Certaines communications ont également abordé des sujets post-récolte (voir encadré), d’autres comme celle de Rafael Guillen-Bejarano ont montré de nouvelles voies de valorisation de l’asperge par l’extraction de flavoïdes, saponine, antioxydants qui se retrouvent dans différentes parties de la plante en plus ou moins forte concentration. A noter également les travaux de recherche de Maceij Helbig, historien polonais, sur la présence de l’asperge dans les écrits de Théophraste (philosophe de la Grèce antique) et dans les usages culinaires de la période romaine.

42 000 marqueurs ont été identifiés par des travaux de recherche allemands

Le breakdown de l’asperge verte

 

© RFL
Des éléments de compréhension du « breakdown de la pointe d’asperge » ont été apportés par Hilary Rogers et Carmen Alamar, Université de Cranflied (Royaume-Uni). Leurs travaux montrent que les symptômes de brunissement, puis de déliquescence, associés à une odeur désagréable de certaines pointes d’asperge verte en conservation sont liés à un désordre physiologique dû à une croissance rapide des tissus et à une exposition aux températures élevées aux champs. Les scientifiques ont également démontré une sensibilité variétale : Aspalim étant plus sensible que Early California. La compréhension du « breakdown » concerne la qualité des asperges mais aussi la durée d’approvisionnement du marché britannique par les productions locales en allongeant leur période de conservation.

 

 

Des idées à suivre

 

© RFL
Collection d’accessions. En plus du travail de sélection de la variété locale « Morado de Huetor », l’Université de Cordoue dispose d’une collection d'une vingtaine d’accessions représentant des populations sauvages d’Asparagus officinalis de diverses origines (Iran, Tunisie…) et de Asparagus sp. comme Asparagus maritimus, Asparagus pseudoscaber… dont certaines disposent de gènes de résistance à la rouille.

 

 

 
© RFL
Plastique étirable. La société Reyenvas, qui fabrique des bâches plastiques, a présenté une bâche à ourlet composée de plusieurs couches dont une étirable. Posé sur la butte, le film noir de 75 à 100 microns s’étire au fur à mesure du développement de l’asperge jusqu’à 15 cm. L’opacité et les propriétés thermiques du film permettent à l’asperge de conserver, voire d’améliorer sa qualité alors que la récolte s’effectue tous les quatre à six jours.

 

 

 
© RFL
Criocères. L’Université du Michignan conduit des travaux sur la connaissance du cycle du criocère. Ce ravageur génère des dégâts importants sur les asperges vertes et nécessite jusqu’à six applications d’insecticide. Les études de Zsofia Szendrei et Benjamin Werling portent sur les lieux d’hivernage des adultes (forêts) et les substrats (résidus de culture) qui leur seraient favorables pour se maintenir sur les parcelles.
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