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International Strawberry Congress : la filière fraise européenne à l’épreuve de la crise économique

Inflation, coûts de production, pression environnementale pèsent sur la production européenne de fraises. Mais la fraise est un fruit dont la consommation perdure malgré la crise. Jusqu’à quand ?

Selon une enquête Inrae, 58 % des acheteurs sont tout à fait d’accord avec l’idée que la fraîcheur est un critère de sélection important.
© Philippe Gautier-FLD

La filière fraise européenne s’est retrouvée pour l’édition 2022 du Congrès international de la fraise, organisé par Coöperatie Hoogstraten, du 21 au 23 septembre à Anvers (Belgique). Pendant, trois jours, en mixant sessions scientifiques, conférences axées sur le marché et visites techniques, les professionnels ont pu faire le point sur un fruit qui ne se porte finalement pas trop mal dans un contexte difficile.

Lire aussi : International Strawberry Congress : comment l’inflation influe sur l’offre en fraises des distributeurs britanniques ?

La fraise a fortement progressé en production

La production mondiale a connu une progression constante depuis les dix dernières années : les volumes ont ainsi augmenté de 45 % sur la période dépassant les 8 Mt en 2020. Cependant, le fruit connaît une situation paradoxale : si la fraise est incontestablement leader dans la catégorie des petits fruits, représentant 70 % des volumes (8,8 Mt sur 12,2 Mt), mais, elle ne compte que pour 1 % de la production globale de fruits. Dans l’Union Européenne, dont la production s’établissait à 1,10 Mt (2020), l’Espagne et la Pologne demeurent les deux principaux pays producteurs avec (272 000 t et 167 300 t). Et le premier demeure le premier opérateur à l’export intracommunautaire (257 000 t) alors que l’essentiel des tonnages du second parte à la transformation. La France pointait à la septième place (54 900 t) derrière les Pays-Bas (77 570 t) et devant la Belgique (43 200 t).

La production européenne en quelques chiffres

Production : 1,150 Mt

Consommation intérieure : 650 000 t (975 M€, 1,5€/kg en moyenne)

Echanges intracommunautaires : 400 000 t (1 Md€ de chiffre d’affaires, 2,50€/kg en moyenne)

Exportations : 100 000 t (300 M€, 3 €/kg en moyenne)

Importations : 40 000 t (100 M€ de chiffre d’affaires, 2,50 €/kg en moyenne)

L’inflation, entre autres, va avoir un fort impact sur les prix de vente

Quant à la situation de la consommation en Europe, elle pourrait se résumer comme cela :  jusque-là cela va, mais pas dans tous les pays. En effet, elle progresse en Allemagne et aux Pays-Bas  en 2022 et fortement au Royaume-Uni depuis 2016. En revanche, elle recule un peu en Italie et en Espagne, et légèrement en France, depuis 2019. Cependant, comme l’a souligné Cindy van Rijswick, analyste Senior fruits et légumes à la Rabobank, « La consommation de fraise est liée à différents facteurs, parmi lesquels le revenu du consommateur et le prix. Avec le contexte actuel dominé une forte inflation et l’explosion de tous les coûts de production, on peut s’attendre à une augmentation globale de 20 % du prix avec un recul des ventes entre 10 et 20 % ».

Le paradoxe environnemental de la fraise

Cindy van Rijswick, analyste Senior fruits et légumes à la Rabobank, a souligné le développement des productions protégées par rapport à la culture de pleins champs. Ainsi, sur les quelques 130 000 t de fraises produites en Allemagne en 2021, près de 100 000 t l’étaient sous serre. Déjà, l’augmentation de l’énergie ferra baisser les volumes produits sous serre en 2023 a prophétisé la Rabobank. « Parallèlement, la pression environnementale s’accentuera. La durabilité est difficile à atteindre pour la filière européenne entre une production espagnole demandant beaucoup d’eau et celle allemande demandant beaucoup d’énergie ».

La Rabobank évalue qu’en moyenne, les augmentations de prix jusqu’à présent, dans la mesure où elles ont existé, ne sont pas suffisantes pour couvrir les hausses de coûts. Pour elle, d’autres évolutions dans la consommation sont aussi à considérer : le développement du hard discount par rapport aux supermarchés en est une. D’autre part, « le consommateur va certainement acheter plus de produits en promotion, plus de MDD. Ira-t-il jusqu’à moins acheter de produits premium ? », s’est interrogée Cindy van Rijswick. Il est vrai qu’au niveau général, la fraise est surtout achetée par une catégorie de consommateurs moins touchés par l’environnement économique.

 

Les nuages s’amoncèlent sur la filière fraise mondiale

La filière fraise a une belle histoire à conter dans la tendance actuelle à une diète meilleure pour la santé et pour la planète. Cependant, elle a aussi  des défis à relever : la protection des cultures, l’usage de l’eau, la main-d’œuvre, et pour dans certains cas, l’usage d’énergies fossiles. Pour Philippe Binard, délégué général de Freshfel, si la fraise tire plutôt bien son épingle du jeu, elle entre malgré tout dans un environnement perturbé, comme d’autres productions : « La crise multiple, caractérisée par de multiples hausses - +80 % pour les fertilisants, +100 % pour la palette bois, le gaz et l’électricité pour citer quelques exemples – pèse lourdement sur les producteurs et dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, qui évoluent dans un contexte de marges serrées. Et pourtant, jusqu’à présent la filière fruits et légumes a réussi à se maintenir. C’est pour cela que Freshfel intervient auprès des autorités européennes afin de les fonds d’aides à la suite de la crise ukrainienne ne soient pas entièrement destinés au secteur des céréales ».  

 

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