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Drôme : « Aujourd’hui, en poire bio, nous manquons de stratégies de lutte »

À Loriol-sur-Drôme, le Gaec Fauriel Frères cultive 12 hectares de poiriers en agriculture biologique. Mais les obstacles techniques sont nombreux et limitent fortement les rendements.

<em class="placeholder">Marc Fauriel, producteur de poires bio à Loriol sur Drôme devant un verger de la variété Conférence, âgé de quinze ans.</em>
Marc Fauriel a toujours produit de la poire bio. Aujourd'hui avec ses associés, ils en exploitent 12 ha. Ici devant un verger de la variété Conférence.
© S. Sabot

« Le rendement sur notre verger de poiriers bio ? Nous venons de le calculer en moyenne olympique pour les assurances. C’est 11 t/ha. Notre objectif, c’est 20 t/ha », annonce Marc Fauriel, l’un des quatre associés du Gaec Fauriel Frères à Loriol-sur-Drôme. L’intégralité des productions fruitières de l’exploitation est conduite en agriculture biologique. Mais en poire, comme en pêche ou en abricot bio, atteindre un objectif de production et stabiliser les volumes annuels s’avère beaucoup plus compliqué qu’en pomme.

« Le premier enjeu en poire bio, c’est effectivement de produire. Aujourd’hui, nous manquons de stratégies de lutte. J’ai 60 ans et, toute ma carrière, j’ai fait de la poire en bio. Pourtant je pense n’avoir trouvé qu’un tiers des solutions techniques aux difficultés rencontrées. Alors qu’en pomme bio, on a 80 % des solutions, notamment parce qu’il n’y a pas de phytotoxicité au Neemazal (1) sur pommier et que des variétés porteuses du gène de résistance à la tavelure sont disponibles », rappelle l’arboriculteur drômois. L’exploitation atteint aujourd’hui des rendements en pommes de 40 t/ha. « Nous étions à 20 t/ha quand j’ai commencé. Nous avons restructuré l’exploitation autour de la pomme pour sécuriser le chiffre d’affaires mais nous avons besoin des fruits à noyaux et de la poire pour que nos pommes intéressent certaines enseignes », résume Marc Fauriel.

La tavelure de la poire, l’ennemi numéro 1

Sur poire, le premier facteur limitant reste, selon lui, la tavelure. « Nos trois principales variétés sont la Williams en précoce, très sensible à la tavelure, la Conférence en saison et la Président Héron en tardive. Nous avons aussi introduit Harrow Delicious en espérant que cette variété précoce serait moins sensible à la tavelure mais pour l’instant ce n’est pas convaincant », détaille le producteur. Si en verger de pommier le broyage des feuilles tombées au sol l’hiver s’avère une action préventive efficace pour réduire l’inoculum, aucune action équivalente contre la tavelure du poirier, Venturia pirina, n’a encore été identifiée. Son mycélium se conserve sur le bois.

« Pour l’instant, nous n’avons à notre disposition que le cuivre, dans la limite de 4 kg/ha/an, qui peut générer du boisage sur les fruits et le Curatio [fongicide biologique à base de polysulfure de calcium]. Mais nous nous sommes aperçus qu’en période de floraison, le Curatio peut avoir un effet phytotoxique éclaircissant, d’où une perte sur les volumes récoltés. Nous avons aussi essayé l’argile, l’hydroxyde de calcium et d’autres solutions de biocontrôle mais sans réponse valable », explique le producteur.

Ravageurs émergents

L’autre fléau pour Marc Fauriel, c’est le puceron mauve. « Avec le risque de phytotoxicité de l’insecticide Neemazal sur de nombreuses variétés de poiriers, il nous reste le savon potassique type Flipper et les traitements hivernaux à base d’huile blanche », décrit le producteur.

Située dans une zone de forte pression carpocapse, l’exploitation doit aussi gérer ce bioagresseur. « Avec le changement climatique, on a des vols plus précoces et des générations plus nombreuses. Nous utilisons le virus de la granulose, la lutte par confusion sexuelle. Sur pommiers, nous avons aussi des filets Alt’Carpo mais pour l’instant pas sur poirier. Et nous commençons à avoir des inquiétudes sur trois ravageurs émergents : anthonome, hoplocampe et punaise diabolique », signale Marc Fauriel.

« Ma crainte aujourd’hui, c’est qu’il y a trop peu de recherche sur la poire. On parle de renouveau de la poire mais les seules nouveautés ces dernières années, ce sont finalement les variétés club », regrette-t-il. Il porte toutefois des espoirs du côté de la variété Kiara, sélectionnée par l’Inrae et éditée par CEP Innovation. « Nous en avons précommandé 2 000 arbres pour des plantations l’hiver prochain. Nous comptons sur sa rusticité », indique-t-il. Si cette nouvelle variété est avant tout mise en avant pour son bon comportement face au feu bactérien, le groupement de recherche en agriculture biologique (Grab) la présente aussi comme « peu sensible à la tavelure ». Une qualité qui reste à vérifier dans les vergers des producteurs bio.

(1) Le Neemazal, insecticide d’origine végétale à base d’extrait d’Azadirachta indica, fait pour l’instant l’objet d’une dérogation chaque année pour son utilisation sur fruits à pépins et à noyaux.

Carte d’identité

Fauriel Fruits à Loriol-sur-Drôme (26)

Gaec à quatre associés : Marc, Luc, Samuel et Vincent Fauriel.

110 ha en agriculture biologique

Répartition : poires : 12 ha ; pommes : 33 ha ; pêches-nectarines : 34 ha ; abricots : 9 ha ; cerises : 3 ha ; le reste en rotation de céréales en fonction des replantations.

Production moyenne annuelle : 1 500 t de pommes, 200 t de poires, 200 à 550 t de pêches-nectarines, 40 t d’abricots.

SAS avec les mêmes associés pour la commercialisation.

Débouchés en frais : grande distribution (Carrefour, Intermarché) et grossistes bio (Biocoop, Vie Claire…), à parts égales.

Industrie : 30 % des volumes de pommes, jusqu’à 20 % en poires.

Des arbres conduits en haies fruitières

« Nous conduisons nos poiriers en haies fruitières. 60 % des surfaces en poire sont couvertes en filets contre la grêle. La forme palissée facilite le déploiement des filets. Mais surtout, nous avons choisi d’avoir un système standardisé pour toutes les espèces sur l’exploitation, avec des techniques de formation et de taille des arbres similaires. C’est une réponse à la difficulté pour trouver de la main-d’œuvre et plus particulièrement de la main-d’œuvre spécialisée. Ainsi, nous avons un modèle reproductible pour toutes les espèces et qui facilite la mécanisation. Nous perdons un peu en rendement et en performances technico-économiques de l’arbre mais nous gagnons en efficience du système », explique Marc Fauriel.

Rédaction Réussir

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