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De nouvelles variétés de myrtilles à l'essai pour étaler la production

Face à la hausse de la demande en myrtilles, une évaluation variétale est menée sur le centre CTIFL de La Morinière. Un objectif est notamment d’identifier des variétés permettant d’étaler la production.

« Ces dernières années, les ménages français ont multiplié leurs achats de myrtilles par six, constate Clara Carreau, ingénieure au centre CTIFL de La Morinière (Indre-et-Loire). Les volumes importés ont aussi été multipliés par cinq en dix ans. Toutefois, la production française ne représente encore que 500 hectares et la hausse de la demande profite surtout au Chili, au Pérou, au Portugal et à l’Espagne. L’idée est donc d’identifier de nouvelles variétés adaptées à nos climats et au changement climatique, peu sensibles face aux bioagresseurs et avec de bonnes qualités organoleptiques. »

Une évaluation de 36 variétés a été lancée en 2022 au centre CTIFL de La Morinière. Les critères recherchés sont la faible sensibilité aux principaux bioagresseurs de la myrtille (botrytis, cochenille, puceron), une floraison régulière, la résistance aux aléas climatiques (gel tardif, sécheresse), une bonne qualité organoleptique, la facilité de récolte et des créneaux de récolte étalés dans la saison. « Les variétés les plus cultivées en France sont Duke et Bluecrop, variétés assez productives, mais qui se récoltent sur une courte durée entre fin et juin début juillet, à une période où le marché est saturé, précise Clara Carreau. Un objectif est d’identifier des variétés plus précoces et plus tardives permettant d’étaler la production. »

Intérêt des Rabbiteyes

L’évaluation montre que la gamme disponible pourrait permettre d’étaler la récolte de myrtilles de mi-juin à mi-novembre. Quatre variétés entrent en floraison fin mars (Blue One, New Hanover, Katahdin et Gupton), permettant une récolte mi-juin. « Les variétés fleurissant fin mars pourraient toutefois poser des problèmes de gelées nocturnes », note Clara Carreau. La majorité des variétés fleurissent début avril et se récoltent de fin juin à début juillet, sur une durée parfois un peu plus longue que Duke toutefois.

Les Rabbiteyes (Centra Blue, Sky Blue, Titan « T-959 », Overtime) fleurissent vers le 10 mai et se récoltent à partir de fin juillet à début août, voire fin août pour Centra Blue, avec, pour cette variété, une récolte possible jusqu’à mi-novembre. « Les Rabbiteyes, qui sont très cultivées en Italie par exemple, pourraient permettre de prolonger la saison en France », estime Clara Carreau.

L’évaluation montre aussi que si certaines variétés (Blue One, Titan « T-959 »…) ont un port érigé, qui facilite la récolte, d’autres ont un port plus ouvert (Sky Blue, Blue Ribbon…), rendant la récolte plus délicate. La majorité des variétés se sont bien développées. Les variétés les plus productives en première et deuxième années, avec 9 à 11 tonnes par hectare, sont Valor ZF08-070, Blue Ribbon, Liberty et Last Call, d’autres variétés ayant aussi des productivités élevées avec plus de 7 tonnes par hectare (New Hanover, Liberty, Topshelf, Aurora, Calypso, Legacy, Cargo, Megas Blue, Centra Blue).

« Avec seulement deux années de récolte, il est toutefois difficile d’apprécier la productivité d’une variété, souligne Clara Carreau. En pleine production, à partir de six ou sept ans, la productivité peut avoisiner les quinze tonnes par hectare. »

Des baies plus ou moins sucrées

Sur le plan qualitatif, après analyse, les variétés les plus sucrées sont Overtime (15,1° Brix), suivie de Titan « T-959 », Blue One, Sky Blue et Alixblue. Les moins acides sont Sky Blue (5,6 grammes par litre d’acide malique), Centra Blue et Legacy. Le calibre des baies est compris pour la plupart des variétés entre 15 et 19 millimètres, la variété offrant les plus gros calibres étant Titan « T-959 » (20,7 mm de diamètre).

À noter : la variété Miniblue, dont les baies sont deux fois moins grosses que les autres variétés (10,3 mm). « Dans l’imaginaire des consommateurs français, la myrtille est un fruit sauvage plutôt petit, analyse Clara Carreau. Des baies de quinze millimètres sont donc préférables à des baies de dix-neuf ou vingt millimètres. Miniblue pourrait toutefois être intéressante parce qu’elle ressemble à la myrtille sauvage par sa baie et la forme de son buisson. Sa récolte manuelle peut être compliquée. Mais elle pourrait convenir à la récolte mécanique qui commence à se développer pour la transformation. »

L’évaluation variétale va se poursuivre. « Il faut au moins dix ans pour évaluer une variété, précise Clara Carreau. Les premières observations montrent toutefois qu’il devrait être possible de proposer une gamme de variétés pouvant permettre d’étaler la production et de répondre aux différentes attentes des professionnels de la filière et des consommateurs. »

Trois types de myrtilliers cultivés

Les variétés cultivées pour le frais se divisent en trois groupes. Les Northern Highbush, plutôt rustiques, ont de forts besoins en froid et sont adaptées aux climats océanique et continental. Les Southern Highbush ont des besoins en froid limités, résistent mieux à la chaleur et à la sécheresse et conviennent au climat méditerranéen, avec des hivers doux. Elles sont aussi globalement plus fermes et plus sucrées que les Northern Highbush, mais parfois moins gustatives. Enfin, les Rabbiteyes ont des besoins en froid assez bas et sont tardives.

En France, les variétés utilisées sont surtout des Northern Highbush, notamment Duke. Des Southern Highbush sont aussi cultivées dans le Sud. Et les producteurs s’intéressent aujourd’hui aux Rabbiteyes qui, cultivées dans des régions assez tardives sans gels hivernaux trop rigoureux, pourraient permettre d’alimenter le marché en septembre et octobre, période où il y a un creux de production mondiale en myrtille.

Recherche myrtilles sucrées, aromatiques et juteuses

À la demande de l’Association des producteurs de myrtilles de France, une étude organoleptique a été menée au centre CTIFL de Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône). 76 lots de myrtilles de 34 variétés ont été évalués. « L’étude montre une forte variabilité de tous les critères sensoriels et physico-chimiques entre variétés, mais aussi selon l’environnement et les pratiques », rapporte Clara Carreau. La majorité des variétés ont des notes aromatiques de fruits noirs, myrtille sauvage ou fruits rouges. Mais certaines ont des notes de pépins, de terre, de moisi ou une saveur animale excessive.

Les lots ont été classés en quatre classes de qualité. 46 % se sont retrouvés en classe 3 (fruits juteux, croquants, acidulés, aromatiques) et 10 % en classe 4 (fruits sucrés, aromatiques, sans acidité). « La génétique n’est pas le facteur prépondérant de la qualité, note Clara Carreau. Des variétés comme Duke, Aurora, Bluecrop, Legacy se retrouvent dans plusieurs classes. Il y a même une variabilité d’une baie à l’autre. Certaines variétés toutefois sont moins hétérogènes. »

Les dégustations montrent que les myrtilles les plus appréciées sont sucrées, aromatiques et juteuses, avec des notes de fruits noirs et de myrtilles sauvages. 52 % des consommateurs, surtout les acheteurs habituels de myrtilles, principalement des quinquagénaires de classe moyenne et les femmes, recherchent un fruit aromatique, juteux et croquant. 48 %, dont beaucoup de familles et de jeunes actifs, sont non connaisseurs, faibles acheteurs et cherchent d’abord le sucré.

Les critères d’achat sont l’aspect (fraîcheur, couleur…) pour 39 % des consommateurs, l’origine (28 %) et le prix (26 %). Le mode de production, le conditionnement et la variété sont peu importants. Les critères qui déçoivent sont le manque d’arôme, le manque de sucre, trop d’acidité, le manque de jutosité et le manque de croquant. « Le goût est plus marquant que la texture », note Clara Carreau.

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