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Cerise : contre Drosophila suzukii, l'argile est une piste intéressante

L’intérêt du kaolin – ou argile blanche anhydre – a été confirmé pour protéger les cerises contre Drosophila suzukii. En plus de son homologation, des solutions de nettoyage des fruits doivent être trouvées.

L’argile confirme son intérêt pour la protection physique des cerisiers contre Drosophila suzukii. De 2016 à 2020, la station d’expérimentation fruits Auvergne-Rhône-Alpes (Sefra) a mené des essais pour évaluer pour cet usage le kaolin (ou argile blanche anhydre). « Les stratégies chimiques ont une efficacité variant entre 80 et 90 %. Celle des stratégies avec kaolin tourne autour de 70 % », résume Claire Gorski, chargée d’expérimentation à la Sefra. Quelle que soit la pression, en AB ou en conventionnel, l’efficacité sur Drosophila suzukii est toujours proche des 70 % avec trois à quatre applications à 50 kg/ha. L’adjuvantation par des terpènes de pins apporte un gain d’environ 10 % supplémentaires.

Alors que le retrait de l’imidan est acté, l’argile fait partie des pistes sérieuses bien que ne bénéficiant pas pour l’instant d’homologation pour un usage Drosophila suzukii. « Le kaolin fonctionne assez bien sur fruits à noyau contre Drosophila suzukii », confirme Louis Sutter, de la station de recherche suisse Agroscope, lors de la journée nationale Drosophila suzukii, organisée au centre CTIFL de Balandran fin mars. Homologué en Suisse, sur fruits à noyau destinés à l’industrie, « le kaolin doit être combiné avec l’utilisation de filets et des mesures d’évitement pour produire des fruits de bonne qualité », complète le chercheur. En revanche, le kaolin n’a pas confirmé son effet sur la mouche de la cerise, Rhagoletis cerasi. Un traitement insecticide classique contre ce ravageur sera toujours nécessaire en verger conventionnel.

Brasser les fruits lors du nettoyage

L’utilisation du kaolin en verger de cerisier pose une autre question : celle du nettoyage des fruits post-récolte. « Le problème majeur du kaolin est le marquage très persistant des fruits », rappelle Lucile Lecomte, également en charge des expérimentations à la Sefra. Différentes pistes ont donc été testées depuis 2019 à la station d’expérimentation rhônalpine pour récupérer des cerises propres et brillantes avant commercialisation : du simple jet d’eau sur les caisses à des bains avec de l’acide citrique (non homologué pour cet usage) ou une solution de lavage post-récolte (produit de la société Decco, filiale d’UPL) homologuée sur fruits et déjà utilisée sur pomme.

« L’eau seule ne suffit pas. Que les cerises soient douchées ou trempées plus ou moins longtemps ou même brassées dans la première cuve de la calibreuse n’y change rien. Les cerises restent marquées d’un film blanchâtre après séchage les rendant ternes, précisent les deux chargées d’expérimentation. L’abaissement du pH de l’eau de rinçage à l’aide d’acide citrique a montré des résultats intéressants. La brillance du fruit revient même après séchage. » Toutefois, les lots traités au kaolin puis nettoyés à pH4 comportent encore des traces persistantes au niveau de la cuvette pédonculaire. La Sefra a donc poursuivi ses essais pour vérifier si un brassage supplémentaire des fruits dans la cuve de trempage permettrait d’éliminer ces résidus. L’occasion également de mesurer l’efficacité de la solution de lavage post-récolte UPL.

Tester les méthodes alternatives à grande échelle

Lors d’une rencontre technique organisée fin juin, Claire Gorski et Lucile Lecomte ont réalisé une démonstration de ce nettoyage avec la solution de lavage dosée à 3 %. La cuve de trempage utilisée pour l’expérimentation est un palox équipé d’un système de tuyaux multijets avec air compressé (conçu en interne à la Sefra avec des tuyaux PVC) qui permet de créer des remous pour brasser les fruits. Les cerises traitées à l’argile ont été placées dans un filet puis trempées durant une minute dans ce « bain bouillonnant » avant d’être rincées à l’eau. Ce processus donne des résultats intéressants, malgré quelques traces tenaces, visibles après séchages, au niveau du pédoncule. « Le produit UPL à 3 % semble toutefois permettre d’obtenir un meilleur résultat que l’acide citrique à pH4. Avec un dosage à 5 %, le produit serait même encore plus efficace : très peu de cerises présentent encore un dépôt au niveau de la cuvette pédonculaire », poursuit Claire Gorski.

Reste à confirmer si cette stratégie pourrait s’appliquer à grande échelle. C’est tout l’objet du nouveau projet Écophyto déposé par différents partenaires techniques (dont la Sefra). Objectif : tester l’efficacité de la combinaison de plusieurs méthodes alternatives, dont l’argile, face à Drosophila suzukii et d’autres bioagresseurs. « Ce qui nécessiterait aussi de poursuivre nos essais sur le nettoyage et surtout de vérifier sa faisabilité chez les producteurs. Nous avons de bons espoirs de voir accepter ce projet, ce qui nous permettrait de lancer des essais pour 2023 », annonce Claire Gorski. Sans oublier d’examiner les coûts de ces stratégies. Car c’est avant tout la réalité économique qui dictera la possibilité ou non de les mettre en œuvre pour les producteurs.

 

Trois pistes de lutte

1 La micro-injection. Drosophila suzukii et Ragholetis cerasi sur cerise font partie des problématiques faisant l’objet d’études exploratoires en micro-injection, menées par le Cetev et le CTIFL. L’étude de faisabilité technique a relevé que le cerisier est un bon candidat au traitement par micro-injection, même si certains points restent à approfondir. Le profil comportemental de différentes molécules a été établi suivant leurs propriétés physico-chimiques ainsi que leur mode d’action. L’objectif est de vérifier si l’application en micro-injection plutôt qu’en pulvérisation n’affecte pas la performance des molécules.

2 Les plantes pièges. Des essais sur l’utilisation de plantes pièges ont été menés par le CNRS, le CTIFL et l’Aprel. Le Pyracantha coccinea a été retenu comme la plante piège la plus intéressante. Des tests en laboratoire ont révélé une réduction de 47 % d’émergences de Drosophila suzukii quand des fraises sont mises en présence de baies de Pyracantha. Un test en mini-serre a confirmé les résultats. Des essais en serre expérimentale et en serre de production avec une installation de plantes pièges de Pyracantha dans des abris de fraisiers hors-sol n’ont pas montré d’efficacité quant à la réduction des dégâts.

3 La technique de l’insecte stérile. En collaboration avec l’Inrae, le CTIFL réalise, en 2022, un essai pilote pour appliquer la TIS en culture de fraisier hors sol en serre. Cet essai a pour objectif d’évaluer l’impact des lâchers des mâles stériles sur la croissance de la population de Drosophila suzukii. Les essais en conditions contrôlées réalisés en 2021 (introduction d’individus stériles mâles et femelles) ont montré une réduction de la reproduction des mouches d’un facteur 3, ainsi qu’une réduction du nombre de larves par fruit. Le taux de fruits infestés a cependant été identique à celui du témoin.

Quelles stratégies post-imidan ?

Face au retrait du diméthoate en 2016 puis de l’imidan, depuis le 1er mai 2022, les organismes techniques poursuivent leurs travaux pour identifier les pistes les plus efficaces dans la gestion des bioagresseurs des cerises. Fin juin, à la Sefra, Claire Gorski en a dressé la liste, précisant que ces solutions ne peuvent avoir une efficacité suffisante pour le producteur que si elles sont utilisées en complémentarité. Parmi elles, les filets, sur le rang ou en périphérie du verger, mais qui présentent des coûts d’implantation élevés.

Deuxième piste : le piégeage massif avec des solutions comme Decis Trap DS qui, lors des essais en complément d’insecticide, avait montré un gain de 50 % d’efficacité. « Seul, le Decis Trap DS n’est pas suffisant, la question de son efficacité avec les produits encore disponibles sur cerise se pose également », précise la chargée d’expérimentation. Mêmes interrogations concernant Vio Trap, piège de la mouche de l’olive, dont l’efficacité sur les bioagresseurs de la cerise doit être approfondie. Idem pour Syneïs Appât, solution de biocontrôle dont l’intérêt sur cerise doit encore être confirmé. D’autres solutions sont aussi explorées : plantes pièges, technique de l’insecte stérile, micro-injection, mais aussi les parasitoïdes. Enfin, Claire Gorski insiste sur les bénéfices de la prophylaxie, qui consiste à ne pas laisser de cerises au verger après récolte, ou encore à aérer le verger avec une piste à l’étude autour de la taille en vert…

La chaux évaluée en Suisse sur framboise

Arrivée en Suisse aux débuts des années 2010, Drosophila suzukii est devenue un des ravageurs principaux des cultures de petits fruits. La stratégie de lutte actuelle est composée d’une combinaison réfléchie de mesures majoritairement préventives. L’évaluation de différents répulsifs est en cours à Agroscope. Des essais ont été réalisés entre 2015 et 2019 sur l’efficacité de la chaux éteinte, en collaboration avec dix producteurs suisses de framboise remontante. Lorsque la pression est faible à moyenne, un traitement hebdomadaire d’environ 2 kg/ha pendant six semaines permet de diminuer de manière significative le nombre moyen de larves par fruit et le taux d’infestation jusqu’à 40 %.

De plus, la chaux éteinte laisse très peu de traces sur les fruits par rapport au kaolin. En revanche, l’efficacité de la méthode diminue quand la pression augmente. Agroscope recommande aux producteurs suisses d’utiliser la chaux dans les cultures de framboise en complément d’autres mesures préventives comme des intervalles de récolte courts, l’hygiène des cultures et des filets anti-insectes. Des tests ont aussi été réalisés sur abricot et sur fraise, mais avec des résultats moins concluants.

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