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Carotte : Contre le nématode à kyste, la piste de l’éclosion suicide

Le projet Eclodera a exploré la méthode de l’éclosion suicide pour lutter contre le nématode à kyste de la carotte. Un levier imaginé en complément de ceux déjà connus, le sorgho biofumigé et Terapur.

<em class="placeholder">Carottes attaquées par le nématode à kyste ou heterodera carotae. </em>
Sous l'emprise du nématode à kyste, la taille du pivot diminue tandis qu'un chevelu racinaire se développe sur lequel des kystes s'installent.
© F. Villeneuve/CTIFL

Leurrer les nématodes à kyste en simulant la présence de la carotte avec de l’exsudat racinaire, tel est le mécanisme de l’éclosion suicide étudié par le projet Eclodera qui s’est déroulé de janvier 2022 à juin 2025. Le principe est que le nématode, ou Heterodera carotae, par l’exsudat alléché sort du kyste mais s’épuise et meurt faute de pouvoir se nourrir, ce qui assainit la parcelle. « La réserve énergétique des nématodes à kyste est de dix à douze jours », précise Josselin Montarry, chercheur de l’Inrae, qui a coordonné cette étude issue d’un partenariat entre l’Inrae, le CMI-Roullier, le Sileban et Vilmorin-Mikado.

« L’Heterodera carotae est intéressant pour développer les solutions type éclosion suicide car c’est un des nématodes à kyste qui a la gamme d’hôte la plus étroite. Il n’attaque que la carotte », éclaire-t-il.

Trouver une façon de diffuser de l’exsudat

L’efficacité de cette voie avait déjà été démontrée par le projet Biodera mais Eclodera a avancé sur de nouveaux aspects. Les chercheurs ont identifié une molécule stimulant l’éclosion contenue dans l’exsudat de carotte pour pouvoir ensuite l’isoler et la reproduire pour faciliter la mise au point d’un produit à appliquer au champ. Il faut encore la valider. La piste des petites radicelles de la carotte qui contiennent aussi le principe actif est également explorée car cela éviterait de devoir lyophiliser de l’exsudat liquide, donc de l’eau. « Ça coûterait beaucoup moins cher de lyophiliser des racines parce qu’elles sont sous forme solide », insiste le chercheur. Le projet Evadera, lancé en 2025 va maintenant travailler sur la façon de formuler la molécule candidate et sur le mode d’application.

L’autre axe poursuivi a été de valider le positionnement de l’éclosion. « Il vaut mieux positionner la stimulation sur des kystes qui ont deux ou trois ans. On a une stimulation de l’éclosion qui est plus faible si les kystes sont trop jeunes », prévient Josselin Montarry. Ce résultat, à prendre en compte pour les rotations, vaut aussi pour Terapur, la variété de carotte résistante lancée en 2021 par Vilmorin-Mikado en tant que plante assainissante. « Ça implique qu’on ne met pas Terapur juste derrière une carotte. Il faut d’abord une autre culture », souligne le chercheur.

Déterminer le contexte le plus favorable à l’éclosion suicide

L’équipe s’est aussi intéressée au microbiote du sol favorable à la stimulation de l’éclosion suicide en cultivant trois plantes pouvant rentrer en rotation avec les carottes : poireau, navet et orge. « Dans les différents microbiotes, nous avons testé l’apport d’exsudat et vérifié que ça stimule l’éclosion », explique Josselin Montarry. Résultat : l’éclosion marche moins bien dans un microbiote qui a été sélectionné par des poireaux que dans celui sélectionné par de l’orge. « Sur un poireau ou après un poireau inutile de mettre une solution qui stimule l’éclosion. Alors que derrière un orge, oui », illustre le scientifique.

L’étude a également apporté des éléments très opérationnels sur la durée d’implantation de Terapur. « En six à huit semaines, la plante a déjà stimulé fortement l’éclosion en émettant des exsudats. La laisser deux mois et demi à trois mois ça suffit largement », résume Josselin Montarry. Cette durée plus réduite ne modifie donc pas l’efficacité de Terapur tout en limitant l’un des freins à son adoption par les producteurs. « C’est une petite carotte sauvage qui ne couvre pas tout le sol, donc les mauvaises herbes s’installent, sachant qu’il n’y a pas beaucoup de produits homologués pour lutter contre. Elle est résistante au nématode mais pas aux autres maladies de la carotte, donc elle peut multiplier l’inoculum. Si on réduit son temps de présence, on réduit les problèmes. Et ça n’empêche pas d’avoir un poireau tardif derrière pour ne pas perdre l’année », développe le chercheur.

L’efficacité de la biofumigation du sorgho confirmée

Enfin, Eclodera a confirmé l’efficacité du sorgho biofumigé. « Ça envoie de la durine dans le sol, ce qui permet de lutter contre plusieurs agents pathogènes telluriques », décrit Josselin Montarry. La diminution constatée de la population de nématodes est de l'ordre de 70 %, « à condition de faire le prélèvement assez tardivement. Trop tôt on ne voit pas car l’efficacité du sorgho prend du temps. C’est pour ça que certaines études n’avaient pas montré un effet fort », expose-t-il. Les mesures ont été faites avant la plantation, un mois après le broyage et l’enfouissement puis au printemps suivant, grâce à un repérage précis par GPS. « À un mois, c’était une diminution moyenne mais ensuite le sorgho avait continué à agir », souligne le chercheur.

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