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Une nouvelle solution contre les rongeurs en cultures légumières

La lutte contre les rongeurs, notamment en cultures légumières de plein champ, s’était complexifiée avec l’arrêté Campagnol. L’homologation récente d’un rodenticide apporte des nouvelles solutions.

Les rongeurs des champs peuvent faire des dégâts plus ou moins importants selon les parcelles et les cultures légumières. « En Bretagne, les dégâts sont relativement rares et localisés, hormis pour une culture très particulière, le chou romanesco », témoigne Vianney Estorgues, conseiller légumes spécialiste « choux » de la Chambre d’agriculture de Bretagne. Des dégâts hivernaux, entre les mois de novembre à mars, sont constatés tous les ans. Ils sont généralisés à toutes les parcelles et peuvent atteindre 100 % de la culture dans celles non protégées.

Seuls des mulots sylvestres en hiver

De fait, en octobre 2015, le président de la section romanesco du Cerafel (Association des organisations de producteurs de légumes bretons) a alerté l’administration de l’impasse où se trouvaient les producteurs de romanesco d’hiver : sans moyen légal de lutte. En effet, trois campagnes de piégeages ont ainsi confirmé l’absence des trois espèces de l’arrêté Campagnol qui le rend donc inapplicable en Bretagne (voir encadré). Car, seuls ont été trouvés des mulots sylvestres au cours d’hiver. « Il est fortement probable que ce soit cette espèce qui soit responsable des dégâts sur la culture de romanesco », assure le spécialiste. Les deux seules espèces de campagnols piégées (en été en interculture, et en hiver dans les abords de parcelles de romanesco) sont le campagnol souterrain et le campagnol agreste. « Vu le profil alimentaire de ces deux espèces, il est probable que le campagnol souterrain soit le responsable des dégâts souterrains observés sur les souches d’artichaut, les carottes et le collet des choux-fleurs… », précise Vianney Estorgues. Cette alerte a également permis à la Fredon Bretagne d’organiser une campagne de piégeage à grande échelle et le Cerafel d’interpeller les experts techniques légumes et « gros ravageurs » de la DGAL (Direction générale de l’agriculture et de l’alimentation).

Homologué pour un usage « petits rongeurs »

« La compréhension que "l’arrêté Campagnol" n’est pas applicable à notre problématique vitale sur romanesco a poussé l’administration à nous promettre une réponse à notre problème. La solution technique est passée par deux étapes », relate Vianney Estorgues. Premièrement, le catalogue national des usages phytopharmaceutiques a été modifié par l’arrêté ministériel du 2 décembre 2015, où l’usage « Traitements généraux Traitement Appât Campagnols » a été remplacé par « Traitements généraux Traitement Appât Petits rongeurs », ce qui permet d’inclure dans cet usage d’autres rongeurs que les campagnols dont le mulot sylvestre. Deuxièmement, la DGAL a fléché comme prioritaire un dossier d’homologation d’un rodenticide allemand. Ainsi, l’Anses a homologué en septembre 2017 le Ratron GL pour cet usage « petits rongeurs » et comme ce n’est pas un anticoagulant, sa distribution ne sera pas encadrée par les OVS (Organisme à vocation sanitaire, nom générique des Fredon) et donc en vente libre, mais uniquement aux professionnels (dont agriculteurs). Ce produit qui se présente sous forme de granulé, est homologué à deux doses et deux types d’emplois. A 2 kg/ha, pour les dégâts souterrains dont souches artichaut, bulbes, tubercules, collet… L’application peut se faire avec la canne de distribution Appli-Gun® spécialement conçue. Et à 2,5 kg/ha : pour les dégâts aériens dont la protection des pommes de romanesco et chou-fleur… par des applications dans des postes d’appâtage. Pour les deux usages, le produit est autorisé en plein champ et sous abri sur cultures ornementales, légumières, fruitières, vignes, grandes cultures, cultures porte-graines et prairies. Il n’y a pas de délai d’emploi avant récolte et le produit est applicable à tous les stades de la culture.

source Aujourd’hui & Demain n°136

Un arrêté qui a oublié certaines productions agricoles

La lutte contre les rongeurs des champs a longtemps reposé sur l’utilisation d’appâts à base de produits dits anticoagulants (bromadiolone, difenacoum, chlorophacinone, diphacinone…). Ceux-ci provoquent des hémorragies internes et entraînent la mort des rongeurs en quelques jours. Ces produits pour lesquels les rongeurs ont développé des résistances et affectent les populations d’oiseaux prédateurs (rapaces) et de petites carnivores (belettes, fouines, martres…) en s’accumulant dans la chaîne alimentaire ont vu leur usage limité, voire interdit. Ainsi, l’arrêté signé le 14 mai 2014, dit « arrêté Campagnol », réglemente la lutte contre les campagnols en instituant de nombreuses règles. En même temps, l’ensemble des rodenticides homologués ont été retirés sauf un, le « Super Caid Appâts Bleu » à base de bromadiolone, utilisable dans le cadre de l’arrêté Campagnol. Ce dernier restreint la lutte à trois espèces de campagnols (campagnol terrestre, campagnol des champs et campagnol provençal) et sur le mulot et le campagnol souterrain, uniquement si ceux-ci se trouvent en mélange avec l’une ou l’autre des trois espèces précitées. D’autre part, l’arrêté institue une surveillance obligatoire coordonnée par la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles). En fait, cet arrêté a été écrit pour contrôler et limiter l’utilisation de la bromadiolone sur des milliers d’hectares, essentiellement sur vergers et pâtures des grandes zones herbagères de la France (Limousin, Auvergne, Franche-Comté, Jura, Vosges…).

Mettre en place des techniques alternatives

« Il existe de nombreuses techniques préventives qui sont un préalable nécessaire à la lutte chimique », explique Olivier Audras de la Fredon Bretagne. On peut ainsi piéger les taupes dont les campagnols utilisent les galeries. Si des pâtures sont limitrophes aux champs de légumes, veuillez à alterner les fauches et le pâturage. Favoriser la prédation des rongeurs par leurs ennemis naturels en fauchant les bords de champs deux fois par an afin que les rongeurs ne puissent pas s’abriter du regard des prédateurs (renards, rapaces diurnes et nocturnes…). « Le maintien des haies favorise la prédation naturelle, et peut être complété par la pose de perchoirs à rapaces ou de nichoirs spécifiques », complète le spécialiste.

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