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Alsace : une Cuma pour mutualiser le conditionnement des fruits

La Cuma Alsa Pomme, mutualise les outils de calibrage et de stockage au froid de quatorze arboriculteurs alsaciens. En 2020, cette unité espère traiter 4 500 t de fruits.

Ce fut par le passé un grand entrepôt de 5 000 m² couverts. C’est devenu en septembre 2014, à Brumath au nord de Strasbourg, le cœur de la Cuma Alsa Pomme. A l’époque, dix producteurs y investissent 2,8 M€ pour lui permettre d’accueillir une ligne de calibrage pour leurs 85 ha de pommiers. L’outil, certifié Global Gap comme les producteurs, traite 2 500 t en 2015 et 3 500 t en 2018. « En restant chacun tout seul, nous n’aurions pas eu les moyens de nous équiper avec du matériel aussi performant », remarque Patrick Vogel, président d’Alsa Pomme depuis deux ans. En 2019, quatre collègues rejoignent le noyau fondateur. La surface cumulée de pommiers dépasse les 100 ha. Les 230 premières tonnes de Natti sont traitées sur le site. Les producteurs misent sur cette variété pour faire monter encore davantage les volumes passant par l’unité. « Nous atteindrons peut-être les 4 500 t en 2020 et les 5 000 t d’ici trois à quatre ans. Cela permettra de diluer encore un peu plus les charges fixes », calcule Patrick Vogel.

Rajouter du stockage

La Cuma qui fait travailler hors saisonniers 20 salariés permanents, modernise progressivement ses installations. Depuis 2020, elle utilise le tri optique en routine. Chaque pomme est pesée et photographiée sous douze angles différents. En 2019, la Cuma avait dépensé 450 000 € pour remplacer ses remplisseurs à sec par des modèles à eau indispensables pour préserver la qualité. « En fonction de la variété, la part des fruits cabossés est revenue de 17 à 4,5 %. La ligne traite entre 5 et 6 t/h », signale Patrick Vogel. Les fruits sont ensuite repris automatiquement par aspiration et mis en pallox de 300 kg. La Cuma dispose d’une capacité de stockage de 600 t en froid normal (1 à 3°). S’y ajoutent 1 400 t en ULO (Ultra low oxygen). « Nous comptons encore rajouter 1 300 t de stockage dans les deux à trois ans à venir », déclare Patrick Vogel. « Entre le terrain, le bâtiment, les équipements et les frigos, les investissements consentis depuis la création atteignent 5,8 M€, dont une partie de subventions versées par l’Union européenne et la Région ». Reste pour les adhérents à régler la prestation. Le calibrage leur revient à 12 centimes du kilo, amortissement inclus. Le stockage coûte entre 5 et 8 centimes/kg selon la technique, froid simple ou ULO. Ils jugent le coût facturé « correct ». Le site de la Cuma compte également une locataire, la SARL Alsace Fruits, fondée en 2013 par l’arboriculteur Rudy Hecky. L’entreprise y emballe les fruits. Elle écoule essentiellement dans les grandes enseignes de la région l’équivalent de la production de 100 ha de pommes, 15 de poires, 12 de prunes et quetsches, et 5 de mirabelles. « La production locale fait l’objet d’un boom de la demande depuis cinq ans maintenant. Elle couvre environ un tiers des achats des consommateurs », constate Rudy Hecky. Pour André Muckensturm, l’un des adhérents, cela serait impossible sans le maillon de la Cuma. « Elle donne aux producteurs plus d’impact sur le marché. Elle garantit à la distribution de disposer toute l’année de pommes de toutes les variétés ».

A lire aussi : Cuma : « les agriculteurs peuvent disposer d’une large gamme de matériels à moindre coût »

 

« La calibreuse compte le plus »

A la tête de l’Earl des Pommiers, à Rottelsheim, André Muckensturm cultive 1 ha de maraîchage et 9 ha de vergers. Il est spécialisé dans la pomme dont il produit des variétés comme Golden, Gala, Jonagored, Braeburn, Boskop, Rubinette et Natti. Il conditionne chez lui à la ferme, mais a également recours aux installations de la Cuma Alsa Pomme. « La calibreuse compte le plus à mes yeux. Celle-ci peut passer des volumes », juge-t-il. Il s’est également engagé pour 100 t de stockage. Il vend un peu à la ferme et sur trois marchés hebdomadaires à Strasbourg. Mais il cède 90 % de sa production à Alsace fruits. Cette société commerciale le règle entre 50 et 70 jours en fonction de la variété, de la couleur et du calibre des fruits. Pour André Muckensturm, la rentabilité de la Natti est supérieure d’environ 10 % à une variété habituelle. « Mais elle réclame un meilleur suivi dans la mesure où nous utilisons en priorité des produits de biocontrôle pour la protéger. Les matières actives classiques ne sont pas interdites, mais nous ne les pulvérisons qu’en dernier recours. C’est notre réponse à la demande croissante de nos acheteurs de respecter de mieux en mieux l’environnement ».

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