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Rapport de mission
Agritourisme : quelles propositions pour mieux le structurer et le développer ?

Mandatés en septembre 2025 par le Premier ministre pour mener une mission sur la façon d’accompagner l’essor de l’agritourisme en France, le député du Loiret Anthony Brosse et la sénatrice de Haute-Savoie Sylviane Noël viennent de rendre leur rapport qui fait un état des lieux du secteur et avance différentes propositions pour mieux le structurer et le développer.

Boutique d'un domaine viticole dans le Beaujolais
Les auteurs du rapport suggèrent de créer un guichet fiscal dédié pour les exploitants réalisant de l'agritournisme ou encore de cibler les incitations fiscales sur l’investissement dans l’accueil (bâti existant).
© Irène Aubert

« Structurer l’agritourisme en France : diagnostic et propositions » est l’intitulé du rapport réalisé à la demande du Premier ministre par Anthony Brosse, député du Loiret et Sylviane Noël, sénatrice de Haute-Savoie. Les auteurs confessent qu’il n’existe pas de données systématiques sur l’agritourisme en France, ce qui a été un des obstacles pour mener à bien leur mission. Selon le recensement général agricole de 2020, il existait à cette époque 13 194 exploitations agricoles pratiquant l’agritourisme en France, soit un peu plus de 3 % du nombre total des exploitations agricoles françaises. 

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L’agritourisme génère près d’un quart du chiffre d'affaires des exploitations engagées dans la démarche

Selon l’observatoire de Bienvenue à la Ferme de 2025, l’agritourisme générait environ 23,2% du chiffre d'affaires des exploitations s’étant engagées dans cette démarche ; 1,3 ETP y était en moyenne consacré. « Il est par contre difficile de trouver un chiffre d'affaires global consolidé pour le secteur, le plus utile pour des comparaisons européennes ou internationales » notent les auteurs.

 

Bienvenue à la ferme a enregistré une baisse de ses adhérents

En 2024, le réseau Accueil Paysan, proche de la Confédération paysanne, comptabilisait 789 exploitations adhérentes et 1 151 adhérents individuels, répartis en 37 associations locales couvrant 10 grandes régions. Il était en légère décroissance (- 3%). De son côté, Bienvenue à la ferme, le réseau créé par l’assemblée permanente des chambres d’agriculture, comptait, en 2025, 1 982 adhérents pour les  activités agritouristiques, en baisse de 15 % sur les 7 dernières années. Ces adhérents représentent 8,4 % du total des exploitations pratiquant l'agritourisme. Parmi eux, 865 sont agréés sur le cahier des charges activités agritouristiques et 1 117 adhérents sur les deux cahiers des charges produits fermiers et activités agritouristiques.

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L’œnotourisme a le vent en poupe

Pour ce qui est de l’œnotourisme, les auteurs expliquent que le label Vignobles & Découvertes créé en 2009 a connu une croissance régulière. En 2025, 74 destinations et plus de 8700 prestataires étaient labellisés. Ils notent qu’en 2024, la filière a accueilli 12 millions de touristes. Les retombées économiques sont estimées à 5,4 milliards d'euros de dépense globale, dont 1,8 milliard de dépenses directes dans des activités œnotouristiques et 3,6 milliards dans des dépenses complémentaires telles que l'hébergement, les mobilités ou les activités culturelles. Entre 2009 et 2016, le nombre d'œnotouristes a progressé de 33 %. La clientèle internationale représente environ 45 % des visiteurs, avec un top 3 composé de Britanniques, Belges et Américains.

« Là où il est pratiqué, l'agritourisme concourt au maintien des exploitations »

Les auteurs qui ont passé au crible le cas de l’Italie estiment qu’en France, la structuration de la filière œnotourisme a permis à cette dernière d'atteindre à elle-seule le chiffre d’affaires de l'ensemble de l'agritourisme italien. « Le nombre de touristes étrangers en France étant le double du nombre de touristes étrangers en Italie, d’importantes retombées économiques sont à espérer pour les agriculteurs français » soulignent-ils. Selon eux, l'agritourisme ne résoudra pas à lui seul les problèmes de l'agriculture française, puisque même en Italie, seule une exploitation sur quarante pratique l'agritourisme. « Toutefois, développer cette activité permettra d'apporter un complément de revenu, indépendant des cours mondiaux, à un grand nombre d'agriculteurs. Les études scientifiques sont claires : là où il est pratiqué, l'agritourisme concourt au maintien des exploitations, revitalise les territoires, améliore l'image des agriculteurs et permet de lutter contre l'isolement social » affirment-ils.

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Un nouveau label national devrait être créé selon les auteurs du rapport

Afin de développer le secteur de l’agritourisme en France, les auteurs avancent différentes recommandations. Ils estiment nécessaire la création  d’un nouveau label national d’agritourisme, fondé sur des critères auditables, comparables et doté d’une graduation. Selon eux, « l’absence de structuration solide de l’agritourisme en France pénalise surtout la filière sur trois plans : la lisibilité, la professionnalisation et la capacité à changer d’échelle ». Ils recommandent donc de développer une communication centralisée des offres.

 

Définir l’agritourisme dans le code rural et le code du tourisme

Il faudrait ainsi définir l’agritourisme dans le code rural et dans le code du tourisme et créer un guichet unique pour les porteurs de projet. Il serait également judicieux selon les auteurs de créer une infrastructure numérique interopérable, notamment à des fins de réservations et de paiements des offres agritouristiques labellisées et de cartographier les structures de l’agritourisme afin de disposer d’un état des lieux de l’existant.

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Mobiliser les fonds européens pour développer l’agritourisme français

Autres propositions : étendre les prérogatives du Conseil supérieur de l’œnotourisme (CSO) aux activités d’agritourisme, avec une gouvernance partagée et faciliter la construction neuve en zone A pour héberger et accueillir, tout comme faciliter le changement de destination du bâti, en lien avec les Plans locaux d’urbanisme. Les auteurs insistent par ailleurs sur la nécessité d’une bonne formation avec la création de modules de formation continue avec une priorité donné à l’hygiène et la sécurité sanitaire des aliments devraient, suivie par la gestion, la fiscalité et la promotion touristique. 

Les auteurs suggèrent aussi de créer un guichet fiscal dédié pour les exploitants, de cibler les incitations fiscales sur l’investissement dans l’accueil (bâti existant) et de mobiliser les fonds européens.

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