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François Bayrou alerte sur l’urgence d’une « reconquête de la production nationale »

La note du Haut-Commissariat au Plan parue le 7 décembre préconise une « reconquête de l’appareil productif » de la France. François Bayrou, le Haut-Commissaire au Plan évoque notamment le secteur agricole et agroalimentaire. Selon lui, s’il est difficile pour l’Hexagone de produire du café, le premier exportateur mondial de pommes de terre fraîches pourrait importer moins de chips. La France pourrait aussi importer moins de légumes pour la ratatouille, fabriquer son jus de pomme, valoriser son lin dans des filatures françaises et pousser sa filière bois jusqu’à la fabrication de meubles.

François Bayrou : « Ce n’est pas la friture ni la déshydratation de la pulpe de pommes de terre qui doivent être devant l’industrie un obstacle insurmontable. »
© Parlement européen (archives)

Le Haut-Commissariat au Plan vient de publier un rapport de 50 pages sur le thème « Reconquête de l’appareil productif : la bataille du commerce extérieur ». François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan, y décrit un appareil productif en crise. Le grand pays industriel qu’a été la France s’est « laissé exclure par une sorte de désintérêt progressif et croissant » pour la production. Cette situation présente dans le secteur industriel, agricole et même de service « menace gravement l’équilibre de la société française » met en garde le commissaire. La « vision stratégique » du Haut-Commissariat amène à la conclusion de la nécessité d’un « objectif de reconquête de la production nationale ». Ce constat qui aurait dû être réalisé « depuis au moins deux décennies », peut-on lire dans la note, est désormais une « urgente nécessité ».

« La réindustrialisation appelle une réflexion d’ensemble, pour chaque production, de bout en bout, intégrant tous les maillons de la chaîne » assure François Bayrou dans sa note. Et cela s’applique pour lui à la filière agroalimentaire, aux moissonneuses-batteuses ou aux unités de production et de conditionnement des pâtes alimentaires.

143 postes en déficit commercial de plus de 50 M€ en 2019

Dans le domaine des produits agricoles et agroalimentaires, le commissaire au plan a identifié 143 postes/ produits en déficit de plus de 50 millions d’euros, représentant au total environ 22 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019.

Dans sa note, François Bayrou évoque certains produits parmi lesquels :

  • de nombreux fruits (tomates, avocats, kiwis, fraises, clémentines et mandarines…)
  • des légumes (courgettes, concombres, poivrons…)
  • des produits transformés (ketchup, chips, biscuits et gaufrettes…).
     

Il précise cependant que pour certains de ces produits, « il paraît exclu ou des plus improbables de constituer des capacités de production sur le territoire national ». Une observation qui relève du « bon sens » remarque-t-il en prenant l’exemple du café, « produit présentant un déficit commercial de plus de 1,3 milliard d’euros en 2019 » mais dont la culture paraît « difficilement envisageable à grande échelle sur notre sol ».

Définir les produits qui peuvent faire l'objet d'une reconquête

Le commissaire évoque ainsi un premier « tri » qu’il est nécessaire d’opérer. « Il convient d’examiner, ligne à ligne, ceux de ces produits qui pourraient faire l’objet d’un projet de reconquête. 

Pour guider cette stratégie industrielle, la note évoque trois paramètres à prendre en considération :

  • l’existence d’une demande nationale pérenne, appelée à se maintenir ou à progresser dans l’avenir ;
  • l’existence de débouchés à l’export (dans le marché européen d’une part, et à l’égard des pays tiers d’autre part) et leur maintien ou leur croissance à l’avenir ;
  • l’existence d’atouts de production et d’innovation permettant le développement compétitif des activités industrielles dans le champ considéré (compétences techniques ou scientifiques, moyens de productions spécifiques, tissu industriel, infrastructures…)

Examiner les pays de provenance des produits importés

François Bayrou estime que la provenance actuelle des produits que nous importons doit être examinée. S’agit-il ou non de pays au « modèle social et aux conditions socio-économiques et environnementales comparables aux nôtres » ? La réponse à cette question constitue un « indice de la possibilité de renforcer ou de restaurer une production nationale ».

Parmi les produits déficitaires, François Bayrou cite la filière bois française. « La France dispose de l’une des plus grandes forêts d’Europe et notre excédent commercial en bois ronds se situe autour de 200 millions d’euros » explique-t-il. « Pourtant les meubles en bois pour les chambres à coucher affichent un déficit de plus de 220 millions d’euros… »

Certains autres secteurs déficitaires appartiennent aux filières agricoles et agroalimentaires. « La France a des difficultés, en aval, à transformer sur le plan industriel l’essai agricole » constate le commissaire. Comme pour le bois, passer des produits bruts issus de l’agriculture aux produits transformés, à plus haute valeur ajoutée, est l’étape difficile. François Bayrou force le trait en n’hésitant pas à estimer que la France présenterait dans ce domaine, « à certains égards », les caractéristiques d’une « économie de pays en voie de développement ».

 

Le 1e exportateur mondial de pomme de terre importe des chips

Pour illustrer son propos le commissaire prend trois exemples.

  • La pomme de terre. Avec un excédent de plus d’un milliard d’euros pour les pommes de terre fraîches (hors semences) en 2019, la France est le premier exportateur mondial. Pourtant, dans ce secteur, l’Hexagone enregistre un « déficit commercial de 322 millions d’euros pour les produits transformés à base de pomme de terre fécule » indique la note. Rien que sur les chips, le déficit est de 120 millions d’euros : la France « importe plus de cinq fois plus de chips qu’elle n’en exporte ». Pourtant, les usines existent sur notre territoire. Actuellement, la demande est satisfaite par des importations massives, en provenance de Belgique essentiellement. « Il convient donc d’engager des actions permettant de mieux répondre à la demande intérieure » conseille François Bayrou.
  •  La pomme. Dans ce secteur, la France affiche un solde positif de presque 300 millions d’euros en 2019 mais enregistre un déficit de 85 millions d’euros pour les jus de pommes, détaille la note. Un déficit en baisse depuis plusieurs année, remarque cependant le commissaire, avec un potentiel français à l’export de 400 000 tonnes de pommes. « Une partie de ce potentiel devrait pouvoir être dirigé vers la transformation » estime François Bayrou.
  • Le lin fibre. Dans cette filière au croisement des filières agricole et habillement-textile, la France est le premier producteur mondial de matière première. En 2019, la balance commerciale était excédentaire d’environ 380 millions d’euros pour le lin brisé ou teillé et de 96 millions d’euros pour le lin peigné. Pourtant, la France est déficitaire pour les vêtements et linge de maison en lin. « Le renforcement des activités de filature doit être examiné » suggère le commissaire. L’idée d’une filière 100 % française est en réflexion. En 2020, une filature de lin a vu le jour en Alsace.

La ratatouille en déficit commercial

S’intéressant aux légumes qui composent la ratatouille, le Haut-Commissariat au Plan relève, tableau à l'appui, un déficit de 148 millions d’euros cumulés en 2019 et de 650 millions d’euros en 2020. Alors que l’augmentation de la part des fruits et légumes dans les régimes alimentaires constitue une « tendance forte », la situation est jugée « préoccupante » par l’instance gouvernementale.

Déficit commercial cumulé des légumes de la ratatouille en 2019 (en euros).
© Haut-Commissariat au Plan

 

La note propose un tableau présentant un échantillon des 143 postes agroalimentaires en déficit commercial de plus de 50 millions d’euros en 2019

Echantillon de postes/produits agricoles et agroalimentaires en déficit de plus de 50 millions d’euros
© Haut-Commissariat au Plan

 

La France dépendante de facteurs indispensables au fonctionnement de l’agriculture

A cela s’ajoute la « dépendance stratégique » de la France vis-à-vis de certains facteurs indispensables à la production agricole et la transformation industrielle. La note cite les énergies fossiles, gaz et pétrole, nécessaires au bon fonctionnement des engins agricoles. La balance commerciale des engrais est également déficitaire de 1,461 milliard d’euros en 2019, avec des importations qui s’élèvent à 1,841 milliard d’euros cette même année. Les machines agricoles affichent aussi 1,33 milliard d’euros de déficit commercial en 2019. De même, la balance commerciale des robots et logiciels penche du côté des importations.

Dans le domaine de l’élevage, la France est une grande puissance laitière mais elle est importatrice nette de machines à traire, souligne le rapport. Le déficit était de presque 60 millions d’euros en 2019, avec des importations en provenance de la Suède et des Pays-Bas.

De même, la France, troisième exportateur mondial de blé, est importatrice nette de moissonneuses-batteuses. Le déficit commercial était de 182 millions d’euros en 2019. Enfin, les tracteurs agricoles et forestiers sont également pris en exemple dans cette analyse. Pour ce secteur, toutes catégories de puissance motrice confondues, la France accusait un déficit commercial de 271 millions d’euros en 2019.

« Comment un pays qui aurait l’ambition de rester demain une puissance agricole peut-il être importateur net d’autant de dispositifs matériels nécessaires à son bon fonctionnement ?»  , s’interroge François Bayrou.

 

 

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