« Je cultive de l’orge hydroponique pour apporter du vert toute l’année à mes vaches », dans le Jura

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Cet été, malgré la sécheresse, les vaches ont continué de recevoir quotidiennement 3 kilos de matière sèche de fourrage vert. Crédits : © Demetech

Le Gaec des Champs Matin dans le Jura expérimente la production et la distribution en vert d’orge hydroponique, cultivé hors-sol. Si les premiers retours techniques s'avèrent encourageants, la rentabilité soulève des questions.

Stéphane Rousseau en est convaincu. « L’introduction d’une part d’orge germée en vert dans la ration des vaches assure un apport protéique régulier, augmente la production laitière, améliore le bien-être des animaux, tout en réduisant le recours aux concentrés. » Stéphane produit 575 000 litres de lait avec 80 montbéliardes sur 200 hectares, essentiellement des prairies. Il s’est lancé en 2019 dans un projet de production fourragère alternatif en misant sur l’hydroponie. Ce projet s'est renforcé il y a trois ans avec l'arrivée d'Emmanuel Russo, son associé au sein de l’entreprise Demetech. « Nous n’avons rien inventé, les Romains recouraient déjà à une technique qui s’en rapprochait », mentionne l’éleveur dans un sourire. 

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Stéphane Rousseau, éleveur. " L'hydroponie est une solution innovante pour s'adapter au dérèglement climatique. " © E. Bignon

Transformer 1 kilo d’orge en 8 kilos de fourrage brut en sept jours

En quoi cela consiste-t-il ? L’hydroponie est une méthode de culture qui se réalise sans sol, uniquement avec de l’eau. Elle s’effectue dans un environnement contrôlé, à partir de graines germées. « Nous avons conçu un prototype automatisé, sous forme d’une machine de 21 mètres de long sur 2 mètres de large, qui permet de sortir au bout de sept jours, 1,5 tonne brute d’orge germée à partir de 175 kilos de graines d’orge », expose Emmanuel Russo qui a développé le process.

Fiche élevage

80 vaches à 7 200 l

1 UMO

200 ha sont 20 d'orge, et le reste en herbe

2 robots de traite

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La production est réalisée dans une chambre de culture. La machine mesure 21 mètres de long, elle comporte quatre étages équipés de sept tapis en PVC de 2,50 mètres sur 2. © Demetech

Durant ces sept jours de mise en culture sur des tapis dans des conditions spécifiques de lumière, de température et d’alimentation hydrique, l’amidon de l’orge est transformé en énergie cellulosique et en sucres. « Je recours aux graines d’orge fermières produites sur l’exploitation, poursuit Stéphane. Au début du processus, elles forment un tapis de 2,5 centimètres d’épaisseur. Et en bout de chaîne, je récupère un couvert végétal composé de pousses, de racines et de graines partiellement transformées mesurant 20 à 22 centimètres d’épaisseur, qui constitue un fourrage frais, appétent et digestible pour les vaches. »

Le process exige une gestion technique rigoureuse

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Après trempage des graines 8 à 12 heures dans une cuve de 400 litres, vidange et égouttage, elles se déversent uniformément sur le premier tapis. La vitesse d’avancement du tapis est réglée pour obtenir une épaisseur de graines de 2,5 centimètres. Durant les sept jours de culture, la croissance est contrôlée par la gestion automatisée de l’humidité (60-80 %), de la température (20°C), de la lumière, de l’arrosage. Le procédé nécessite 800 litres d’eau pour produire une tonne de produit vert. © Demetech

Le procédé de production et toute l’automatisation de la machinerie ont été affinés au fil des mois pour devenir le plus efficace possible et optimiser le rendement et la valeur alimentaire du fourrage. « Cette technique exige de la compétence, de l’entretien et des contrôles pour maîtriser les différents paramètres. Mais une fois que tous les réglages sont calés, l’objectif est de ne pas y passer plus d’une heure par semaine », avance Stéphane.

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« Les graines sont mises à germer sept jours et produisent un tapis végétal destiné à l’alimentation animale. » © Demetech

Riche en oligo-éléments, vitamines et facteurs de croissance naturels, l’orge hydroponique ressort à l’analyse à 1 UFL par kilo de matière sèche (MS), 14 % de MAT, 11 % de cellulose brute, 16 % d’amidon et 18 % de sucres. Chaque jour, l’éleveur « récolte » en sortie de tapis l’équivalent de 260 à 300 kilos de matière sèche qu’il distribue à ses laitières à raison de 3-3,5 kg MS par vache par jour. « C’est la capacité de la machine qui bride la quantité intégrée à la ration, signale-t-il. Si je le pouvais, j’en apporterais davantage. » En plus de l'orge hydroponique, ses laitières reçoivent 15 kg MS d’ensilage d’herbe, 6 kg de regain, 2 kg d’un mélange orge-maïs grain, 1 kg de tourteau, plus la complémentation au robot de traite (3 kg de concentré de production et 0,5 kg de tourteau).

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L’avancement quotidien du couvert est assuré par des moteurs et réducteurs qui font tourner les tapis. En bout de chaîne, un tapis végétal composé de pousses, de racines et de graines partiellement transformées est récolté sur une table de réception. © Demetech

Des résultats qui méritent d’être objectivés en station

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Le chargement prend 7 minutes par jour. © Demetech

« Le fait d’apporter un fourrage vert a un effet lactogène », soutient Stéphane qui estime produire 10 à 15 % de lait supplémentaire grâce à l’orge hydroponique. « Sans véritable essai avec deux lots homogènes, il reste délicat de conclure, nuance Andréa Frère, ex-conseillère d’Eva Jura qui a suivi le troupeau jusqu’en mars 2026. D’autant que la qualité des fourrages distribués a fluctué entre les deux hivers comparés. Néanmoins, ce fourrage distribué quotidiennement contribue à une régularité dans le régime et limite les transitions alimentaires. Le tapis racinaire apporte des fibres structurantes qui aident à tamponner le pH du rumen et réduire le risque d’acidose. L’orge hydroponique présente sans doute un intérêt plus marqué les années où les fourrages récoltés ne sont pas exceptionnels », considère la conseillère.

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Le fourrage hydroponique est appétent et digeste. © Demetech

Lire aussi : La sécheresse et les canicules 2026 ont sévèrement dégradé les prairies et le maïs fourrage

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Pour Stéphane, au-delà de l’impact zootechnique, le bénéfice se retrouve sur la santé générale du troupeau et l’immunité. « Les bêtes ont un meilleur état, un plus beau poil, elles boitent moins et la repro se passe mieux… Et ces derniers mois, avec la sécheresse, cela a été particulièrement appréciable de disposer de fourrage vert. Les vaches ont pu continuer à en recevoir tout l’été, indépendamment des aléas climatiques. C’est un plus pour l’autonomie fourragère. »

S’il reste encore des questions et des freins à lever, notamment sur le plan économique, le changement climatique et le manque de main-d’œuvre en élevage plaident en faveur d’un tel concept. « L’hydroponie offre une alternative à certains systèmes qui montrent aujourd’hui leurs limites », argue Emmanuel Russo. Ce procédé trouverait sans doute plus de cohérence dans des élevages où les vaches restent en stabulation toute l’année plutôt que dans des systèmes AOP présentant un fort lien au sol.  

Définition

Le fourrage hydroponique désigne une production végétale réalisée sans sol, uniquement à base d’eau, dans un environnement contrôlé, à partir de graines germées.

Un coût conséquent

Le coût du procédé développé par Demetech s’élève à 420 000 euros, dont 60 000 euros pour le bâtiment. « C’est un investissement lourd dont le retour sur investissement n’est pas encore clairement établi, analyse Liselore Martin, directrice du pôle d’innovation AgrOnov. Mais nous étudions la possibilité de rendre la machine éligible à des subventions. Et il reste certainement possible de trouver encore des économies d’échelle. » La question d’un modèle mutualisé d’achat avec une valorisation à l’échelle collective afin de diluer les coûts se pose aussi. L’investissement reviendrait à 120 euros la tonne brute, avec un coût de fonctionnement (eau et électricité) estimé à 5 euros la tonne brute. 

Ce qu’ils en pensent

Liselore Martin, directrice du pôle d’innovation AgrOnov

<em class="placeholder">Liselore Martin, directrice du pôle d’innovation AgrOnov</em>
© AgroNov

" La technique de l’orge hydroponique va dans le sens de l’agroécologie en répondant aux enjeux d’autonomie protéique et d'une production locale en comparaison au tourteau importé. Elle permet d'apporter une ration calibrée pour répondre aux besoins de l'alimentation animale, ne nécessite aucun pesticide ni herbicide et assure une production continue et régulière. Le procédé est éprouvé et opérationnel. Reste à étudier la valeur apportée par cette ration, face à une ration classique, et à développer des partenariats pour rendre le modèle économique viable. "

Jérémy Douhay, de l'Idele à la ferme expérimentale de Jalony

<em class="placeholder">Jérémy Douhay, de l&#039;Idele à la ferme expérimentale de Jalony</em>
© Ferme de Jalogny

" L’installation en elle-même est intéressante mais exige un investissement non négligeable et une réflexion à l’échelle du système. Sa performance technico-économique pose question par rapport aux pratiques classiques de récolte fourragère. La mise en place d’une expérimentation au sein d’une structure indépendante s’impose pour consolider les résultats en termes de valeurs nutritionnelles et de performances zootechniques. Le produit doit être caractérisé et faire ses preuves en station. "

Andréa Frère, ex-conseillère à Eva Jura

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© A. Frere

" La démarche et le procédé mis en œuvre sont assez bluffants. Comme tout est automatisé, le besoin en main-d’œuvre se montre restreint. Le fourrage est frais, appétent, et sécurise une partie des apports alimentaires indépendamment des aléas climatiques. Même si les références manquent encore, il y a des bénéfices potentiels vu les valeurs du fourrage. Par contre, je suis plus réservée au niveau économique. L'investissement reste difficile à amortir surtout pour les petites exploitations.  "

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