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Solidarité
Incendies : comment des centaines d'agriculteurs se battent aux côtés des pompiers

Partout en France, des centaines d’agriculteurs armés de leurs tracteurs et de tonnes à lisier remplies d’eau se battent aux côtés des pompiers contre de forts incendies attisés par une sécheresse historique. En Gironde, pour plus d’efficacité cette aide s’organise. Témoignages.

Les agriculteurs luttent aux côtés des pompiers au Mont d'Arrée (dans le Finistère).
Ici les agriculteurs luttent aux côtés des pompiers au Mont d'Arrée (dans le Finistère).
© Compte Facebook Gaec Black Angus Farm

Benjamin De Grenier, éleveur de bazadaise à Rimons en Gironde, est sur le pont depuis plusieurs jours, pour aider à lutter contre la deuxième vague d’incendies qui a ravagé 7400 hectares depuis le 9 août. Ce vendredi 12, l’agriculteur à bord de son tracteur tirant une tonne à lisier d’une capacité de 11 000 litres d’eau intervient à Guillos. « Je me suis porté volontaire auprès de la DFCI (Défense des forêts contre l’incendie, regroupant les propriétaires forestiers) de Gironde et je me suis fait répertorier avec mon tracteur, on m’a appelé pour venir aider », confie-t-il au téléphone. Il a ainsi contribué à la lutte et à la prévention des incendies dès le premier feu de Landiras en juillet. Depuis les nouveaux départs de feux il est intervenu sur Saugnac et Muret et Saint-Magne.


Une aide à plusieurs niveaux contre les feux

« On aide à ravitailler les citernes des pompiers, ou directement à mouiller les bords de pistes ou les fumeroles », confie-t-il. « Cette fois-ci un voisin m’a prêté sa citerne, la première tonne que j’ai emmenée sur les incendies m’avait été prêtée par la Cave de Sauveterre de Guyenne, elle faisait 17 000 litres », explique-t-il. Autour de lui, 20 à 30 tracteurs s’activent aussi sur le terrain. Pendant son absence, son père aide à la ferme en cas de besoin.

On aide à ravitailler les citernes des pompiers, ou directement à mouiller les bords de pistes ou les fumeroles

Face à l’ampleur et l’intensité de l’incendie en Gironde, dès la première vague « avec la chambre d’agriculture et les Jeunes agriculteurs nous avons fait un appel à mobilisation auprès des agriculteurs », pour venir soutenir les pompiers, confie le président de la FDSEA de Gironde Jean-Samuel Eynard. Un appel très bien reçu puisque de nombreux agriculteurs sont venus spontanément avec tracteurs et tonnes à lisier prêter main forte.

Plus d’une centaine de tracteurs et citernes recensés en Gironde

Pour rendre leur action efficace, Maxime Madore, conseiller forestier à la Chambre d’agriculture de Gironde, a été chargé d’assurer le lien entre les agriculteurs et la DFCI pour recenser les moyens de lutte des agriculteurs bénévoles. « Plus d’une centaine de moyens de lutte (tracteurs + citernes) ont été recensés avec derrière des agriculteurs et des salariés agricoles qui se relaient », confie-t-il.

Les agriculteurs ainsi équipés peuvent intervenir à plusieurs niveaux : pour ravitailler les pompiers en eau (et ainsi leur éviter des aller-retour), asperger les bords de pistes, prévenir les départs de feu lors de travaux urgents défrichage ou pour traiter les fumeroles, explique-t-il.

Avec de tels volumes de citernes c’est hyper efficace

« Avec de tels volumes de citernes, c’est hyper efficace. Leur autonomie de pompage permet aussi des ravitaillements sur des points d’eaux difficiles d’accès », souligne Maxime Madore. « Pour renforcer l’efficacité de l’action des agriculteurs, il est primordial qu’ils se fassent recenser » insiste le salarié de la Chambre d’agriculture. Et ce, afin de ne pas encombrer les pistes utilisées par les pompiers ou encore de ne pas se mettre en danger compte tenu de l’imprévisibilité grandissante du feu.
 

Un recensement primordial

Pour les agriculteurs souhaitant aider en Gironde un numéro à la DFCI à appeler ; 06 75 65 45 39 (« n’hésitez pas à laisser un message » souligne la FDSEA). Les agriculteurs ainsi recensés pourront de surcroît être intégrés à l’arrêt préfectoral établi pour la réquisition des moyens en eau pour la lutte contre les incendies. « Il y a une certaine frustration derrière des agriculteurs qui souhaitent aider mais c’est primordial pour la bonne coordination », reconnaît Maxime Madore. Ces agriculteurs pourront être rappelés dans les semaines qui vont suivre la fixation du feu, jusqu’à l’automne pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de reprise d’incendie.

Dans d’autres régions de France, également touchées par les incendies cet été mais moins habituées au phénomène, le même élan de solidarité exprimé par le monde agricole se fait sentir mais parfois de manière moins organisée.
 

Un groupe Facebook Les Canadairs bretons

En Bretagne, un groupe Facebook « Les Canadairs bretons » s’est créé pour tenter de coordonner l’aide apportée par les agriculteurs avec leurs tonnes à lisier remplies d’eau dans les Mont d’Arrée (dans le Finistère) et de faire le lien avec les pompiers.
 

Le Gaec Black Angus Farm lutte contre les flammes au Mont d’Arrée

Myriam Le Treust du Gaec Black Angus Farm au pied du Mont Saint-Michel de Brasparts, bien qu’actuellement en Auvergne auprès de son père malade, coordonne aussi à son échelle tant bien que mal les propositions d’aides qui affluent. En juillet, le premier incendie a léché les limites de son exploitation agricole. « Les clôtures ont été brûlées », confie-t-elle. 

« Le week-end dernier on a fait un appel sur les réseaux aux agriculteurs et particuliers afin qu’ils viennent avec bulldozers, tracteurs et pelles pour faire un pare-feu en urgence, c’est-à-dire mettre la terre à nu, et protéger notre exploitation et le hameau de Bodenna (à Saint-Rivoal), pendant que les pompiers étaient très occupés sur un autre front », explique-t-elle.

« Depuis le début des incendies des dizaines, voire des centaines d’agriculteurs, chasseurs, particuliers se manifestent pour aider, souligne-t-elle, émue. En revanche, les écolos, tous ceux qui critiquent notre métier, on ne les voit pas ! ».  Sa vidéo du 19 juillet, où elle montre comment le feu a ravagé les hectares à côté de son exploitation et non ses terres, entretenues par les animaux, a été vue plus d'un million de fois. Elle y exprime sa colère.

Les écolos, tous ceux qui critiquent notre métier, on ne les voit pas !

Une colère que d’autres agriculteurs expriment sur les réseaux sociaux.

Les vidéos montrant la solidarité des agriculteurs sur l’ensemble du territoire et les messages de remerciements envers ceux qui se mobilisent sur le terrain, eux, se multiplient.

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