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Essonne : "Inimaginable de la laisser à l’abandon", la ferme de Bressonvilliers reprend vie

Après plusieurs années d’abandon, la Ferme de Bressonvilliers, en Essonne, a été reprise par deux jeunes installés en élevage allaitant ovin et bovin. Matthieu Ode se lance avec un projet de vente en circuit court d’agneaux d’herbe.

Des bêlements se font à nouveau entendre sous la charpente de la bergerie du domaine de Bressonvilliers, en Essonne. Exploitée pendant une courte période par l’Inra, cette propriété de l’État est totalement laissée à l’abandon en 2018. Les bâtiments agricoles sont squattés durant les années qui suivent. Pour réhabiliter le site, fort de 220 hectares d’un seul tenant, la direction départementale des territoires et la chambre d’agriculture d’Île-de-France imaginent alors deux projets d’installation en polyculture-élevage, l’un en bovin viande sur 83 hectares et l’autre en ovin viande sur 59 hectares. Un appel à manifestation d’intérêt est lancé en 2022.

Une opportunité à saisir

C’est Matthieu Ode, 28 ans, qui est retenu pour s’installer en ovin viande, projet qui se concrétise enfin en novembre 2024. « C’était un vrai soulagement, au terme de deux ans de questionnements. » Arrivé du Var avec un bac pro « conduite et gestion de l’entreprise agricole » en poche, Matthieu avait commencé par travailler sur une exploitation céréalière en Île-de-France. « Je voulais voir ce qu’était le travail en grandes cultures. Je me suis retrouvé à broyer de l’herbe en permanence. Je trouvais ça dommage de ne pas mettre de moutons à la place. »

C’est alors que Matthieu entrevoit la possibilité de s’installer sur la Ferme de Bressonvilliers. « Ces bâtiments clés en main étaient une aubaine : il ne restait presque plus qu’à mettre les brebis dedans. Ce n’était pas imaginable de laisser un tel endroit à l’abandon. » Les bâtiments, complètement dépouillés après des années de squat, ont tout de même dû être remis en état. La bergerie a fait l’objet d’un « grand ménage » : elle a été rééquipée et raccordée au réseau d’eau et d’électricité. Des aménagements qui seront déduits du fermage de Matthieu.

Des débouchés certains aux portes de Paris

« C’est un rêve qui se réalise. » Matthieu est enfin installé, avec 200 brebis Île-de-France et vendéennes, des races choisies pour leur qualité bouchère. À terme, il souhaiterait avoir 700 à 800 brebis conduites en deux lots purs. « Mais pour cela, il faudra que j’embauche un employé. » Il compte produire des agneaux 100 % nourris à l’herbe, vendus en circuit court, à Rungis ou directement aux bouchers locaux. Les bêtes seront abattues dans les abattoirs de Jossigny ou Cosne-sur-Loire, et commercialisées sous la marque régionale « Agneaux des bergers d’Île-de-France ».

« J’aimerais en plus installer un atelier de découpe et de transformation à la ferme. De cette manière, je valoriserai mes produits jusqu’au bout. » Matthieu peut compter sur une clientèle certaine : la ferme de Bressonvilliers est à proximité immédiate de Brétigny-sur-Orge et d’Étampes… sans compter qu’elle est aux portes de la métropole parisienne. Un bassin de quelque 12 millions de consommateurs.

Matthieu bénéficie d’un bail de dix-huit ans renouvelable sur la ferme. Pour l’instant, il partage les lieux avec Tanguy Schintgen, installé en limousines. Les 80 hectares restants cherchent encore preneur pour redonner à la Ferme de Bressonvilliers ses lettres de noblesse.

Une marque francilienne pour vendre en circuit court

« En Île-de-France, la production ovine ne représente même pas 1 % de la consommation régionale d’agneau. On a un grand marché à conquérir. » affirme David Tourte, éleveur ovin en Seine-et-Marne et président de la marque « Agneaux de bergers d’Île-de-France ». Cette marque, lancée en 2016, identifie les agneaux nés et/ou élevés en Île-de-France.

Les agneaux sont commercialisés à Rungis, en grandes ou moyennes surfaces, dans les boucheries de proximité ou auprès des collectivités locales. Le département de la Seine-et-Marne s’est par exemple engagé à acheter 400 agneaux entre janvier et mars 2026 pour fournir sa restauration collective. La marque regroupe pour l’instant 25 éleveurs ovins adhérents, sur la centaine que compte la région.

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