Emmanuel Hyest, président de la FNSafer : « 20 % des cessions de parts sociales posent problème »
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« Régulons l’accès au foncier pour notre autonomie alimentaire », c’est l’alerte lancée par la Fédération nationale des Safer (sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural), le 28 mai 2020. Pour l’organisme de gestion du foncier rural, il est urgent de réagir, afin de préserver en particulier les exploitations d’élevage qui sont les plus menacées. Dans ce secteur, nombreuses sont les structures qui ne trouvent pas de repreneurs. Pour ces filières en particulier et l’agriculture dans son ensemble, il faut retrouver « plus d’équilibre économique, plus de reconnaissance et de confiance en l’avenir », assure la FNSafer. Comment y parvenir ? Le point avec sont président, Emmanuel Hyest.
E. Hyest - La Safer n’a pas les moyens d’agir directement mais nous pouvons montrer, chiffres à l’appui, qu’il y a des mesures à prendre. Beaucoup d’exploitations d’élevage à céder deviennent des surfaces pour agrandir les exploitations céréalières. Or on est déjà exportateurs de céréales. A chaque fois, c’est un corps de ferme en moins et des terres qui n’ont pas forcément la possibilité d’être valorisées. Les prairies permanentes représentent environ 30 % des surfaces agricoles françaises. Quand on perd 1 ha d’élevage, on perd 1 ha de valeur ajoutée plus importante que pour les grandes cultures. Il y a aussi un vrai enjeu en termes d’uniformisation des campagnes. L’élevage est un facteur de diversité des territoires et des paysages, avec des fermes qui sont des milieux ouverts.
E. Hyest - Il faut rénover le système en étendant la régulation au marché des parts sociales, ce qui n’est pas le cas actuellement. Ces parts sociales représentent 7 % des transactions mais près de 18 % en valeur dans un marché qui s’est élevé à 6,8 milliards d’euros en 2019. 80 % des cessions de parts sociales se passent dans un cadre pour lequel il n’y a rien à dire mais les 20 % restants posent problème. Cela concerne principalement les régions au nord de la Loire, Hauts de France, Normandie, Grand-Est… C’est un cinquième des transactions de parts sociales mais cela représente plus de la totalité des surfaces que la Safer travaille vers l’installation des jeunes. C’est pourquoi, il faut une loi foncière qui permette de réguler l’ensemble. L’important, c’est que l’on puisse se projeter et accompagner. Mais sur une route où certains roulent avec un système de brouillage radar quand les autres roulent à 80 km/h, c’est difficile. Quand c’est le marché qui fait tout, que tout est géré par l’argent, cela devient vite négatif.
E. Hyest - Nous travaillons avec Terres de Liens. En tant qu’apporteurs de capitaux, ils font partie des attributaires de la Safer. C’est nous qui fournissons pratiquement la totalité des terres dont ils font l’acquisition. Ces transactions sont à la mesure de l’épargne dont est capable aujourd’hui de disposer l’association. Elles restent donc à la marge dans le marché foncier global. L’acquisition de terres agricoles par Terres de Liens est un acte militant et développe l’agriculture biologique qui ne représente actuellement que 10 % des surfaces en France.
E. Hyest - Nous avons actuellement une demande de porteurs de capitaux que nous n’avons jamais connue. Nous avons notamment des nouveaux dossiers basés sur une installation et un emploi en télétravail. C’est l’effet Covid qui a fait évoluer cette demande. Avant l’optique était ‘je place, je revends’. L’objectif, aujourd’hui, est d’exploiter le foncier. Au-delà du placement, l’investissement vise un revenu. Pendant la crise sanitaire, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de problèmes d’approvisionnement alimentaire en France. Pour les investisseurs, l’agriculture est une économie de long terme. Pour l’agriculture française l’enjeu est donc qu’au moment où ça va devenir intéressant, elle ne se fasse pas déposséder. C’est souvent au moment des crises qu’il se passe des choses. Il faut savoir rebondir.
E. Hyest - La loi est en préparation et on espère qu’elle va pouvoir voir le jour avant la fin de l’année. Tous les éléments sont prêts mais le processus législatif a pris du retard avec le confinement. Le président de la République a affirmé plusieurs fois qu’il était en faveur d’un changement. Le ministre de l’Agriculture, les professionnels, les élus, tous souhaitent cette réforme. Le texte proposé prévoit un agrément qui serait donné au transfert de parts sociales. C’est un autre outil que la préemption qui permettrait de mieux orienter les terres, notamment au niveau des jeunes agriculteurs. En Normandie par exemple, région ou le syndicat JA est entré dans la SCEA Safer, 60 jeunes sont actuellement demandeurs de foncier pour s’installer. La France a une chance inouïe d’avoir des jeunes agriculteurs formés et motivés, ce serait une erreur de ne pas répondre à leurs attentes.
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