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Agribashing : « on peut se servir de Twitter pour renverser la vapeur »

Rémi Dumery, @RemDumDum est un agriculteur passionné par son métier et la communication. Depuis le début de son parcours professionnel, l’un n’est jamais allé sans l’autre. Pionnier sur les forums web au début d’Internet, il est aujourd’hui très présent sur Twitter où il Il tweete et retweete pour défendre le monde agricole. Avec humour souvent, il attaque les idées, jamais les personnes mais ne lâche rien #nerienlaisserpasser

Rémi Dumery : « Se rencontrer physiquement, c’est aussi à ça que servent les réseaux sociaux. »
© DR

Il se présente comme un « cultivateur beauceron ». Installé sur 164 ha dans le Loiret, la « Petite Beauce », précise-t-il, il produit du blé dur, du blé de force pour la meunerie, de l’orge de brasserie, des betteraves, du maïs, du colza et du soja. Seul aux commandes de son exploitation mais pas isolé. Car Rémi Dumery, alias DumDum sur les réseaux sociaux, est un passionné de communication. C’est sur le Forum des agriculteurs beaucerons, une plateforme de Terre-net, qu’il a commencé. C’était en 96-97. A l’époque, on commençait tout juste à entendre parler d’Internet.  Depuis, il n’a jamais cessé de communiquer sur son métier d’agriculteur. DumDum, ce nom qu’il a choisi peut paraître rigolo mais c’est aussi un nom de projectile avec lequel il a décidé de #nerienlaisserpasser. Il se considère aujourd’hui comme un influenceur du monde agricole. Côté loisirs, il aime le théâtre. Il est l'auteur d'une pièce et joue dans une troupe amateur. « 6 h de sommeil et pas de sport », c’est son secret pour réussir à tout mener de front. L’agricommunicant a bien voulu nous parler de sa façon d’être présent sur les réseaux sociaux. Décodage

Sur quels réseaux sociaux êtes-vous présent ?

Rémi Dumery – « Je suis sur Facebook via « Les nouveaux Paysans », un hors serie du Monde avec des interviews d’agriculteurs. Mais je n’ai jamais vraiment compris comment fonctionnait ce réseau social. J’ai choisi d’être présent sur Twitter et sur un Blog (DumDum le Cultiv@teur beauceron). Au départ, je n’étais pas actif sur Twitter. J’ai redécouvert ce média en 2006 et je fais partie des passionnés. Aujourd’hui, j’ai 11 500 abonnés. »

« Je ne laisse rien passer sur les idées mais je respecte les personnes. »

Pourquoi les réseaux sociaux ? Pourquoi Twitter ?

R. D. – « J’aime la communication. J’ai beaucoup appris en côtoyant les agences, avec le syndicalisme et les associations agricoles. Ma spécialité, c’est de parler de l’agriculture de demain, de justifier nos pratiques en expliquant vers quoi on se dirige. J’ai écrit des pièces de théâtre, j’interviens dans les établissements scolaires, des écoles d’ingénieur aux maternelles. Je me déplace à chaque fois qu’on me le demande. Sur les réseaux sociaux, Twitter est un outil idéal pour s’informer et montrer ce qu’on sait faire en matière de communication. On y rencontre des gens intéressants. On peut aussi s’abonner à des comptes destructeurs du monde agricole pour comprendre ces influenceurs d’opinion. On peut réagir avec les " fake news " et essayer de les démonter. C’est un réseau qui permet d’être encore plus visible en tant que groupe. L’idée de créer FranceAgriTwittos est née sur les salons agricoles. Au début, je n’y croyais pas mais rapidement, on a été nombreux à rejoindre le groupe pour avoir plus de poids. Moi, je communique avec le #nerienlaisserpasser pour encourager à ne rien lâcher et montrer qu’on a des arguments pour répondre. »

 

 

Quelle est votre meilleure audience ?

R. D. – « Je ne sais pas trop. J’ai une vingtaine de messages par mois qui dépassent mon nombre d’abonnés en audience. Quelquefois, une photo avec une petite blague fait un nombre de vues incroyable. Le registre de l’humour permet de passer des messages sans attaquer. Je suis pour un humour intelligent et utile. Les réactions un peu plus politiques fonctionnent bien aussi. Il faut être " punch line " sur les idées des gens, pas sur les personnes. Je ne laisse rien passer sur les idées mais je respecte les personnes. Et il faut tomber au bon moment. Quand c’est le cas, un post peut faire le tour de la Twitosphère. On ne peut pas prédire. »

« Le registre de l’humour permet de passer des messages sans attaquer »

Y-a-t-il un post dont vous êtes particulièrement fier ?

R. D. – « Non, pas plus que ça. L’esprit Twitter, c’est un fil continu et un peu éphémère. On n’imprime pas et il ne faut pas se limiter. Comme disait Pierre Dac : " L’avenir de Monsieur est devant lui et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour ". »

Un post qui vous a amusé ?

R. D. – « Une fois, Christiane Lambert avait été attaquée sur sa porcherie par Aymeric Caron. J’ai posté un tweet pour répondre au journaliste. C’était un parallèle avec l’histoire des trois petits cochons. En mettant de l’humour, les messages passent. Je m’amuse aussi beaucoup à laisser des fautes d’orthographe et à déformer les mots. »

 

Un post que vous regrettez ?

R. D. – « Non. Il y a des tweets que je commence à écrire et que j’efface avant de les envoyer. Je regrette juste qu’il n’y ait pas de correcteur orthographique sur Twitter. »

Avez-vous un modèle sur les réseaux sociaux ?

R. D. – « Il y a des gens que j’admire, pas forcément dans le milieu agricole. Des gens comme Etienne Klein, Mac Lesggy, Raphaël Enthoven… Ce sont des gens qui ne laissent rien passer. Ils savent comment communiquer sur les réseaux sociaux, en se rapprochant de faits tangibles. Dès qu’on s’écarte du réel, on peut raconter tout et n’importe quoi. Ce qui m’agace, ce sont les gens qui n’ont pas le sens des réalités. »

« Dès qu’on s’écarte du réel, on peut raconter tout et n’importe quoi. »

Vous dites rencontrer des gens sur les réseaux sociaux, vous passez donc du virtuel au réel ?

R. D. – « Oui, je mets ma photo sur Twitter. Quand je me déplace, les gens me reconnaissent et ils aiment bien faire un lien entre Twitter et le réel. Se rencontrer physiquement, c’est aussi à ça que servent les réseaux sociaux. Si on s’en sert avec cet objectif de rencontrer des gens, ça fonctionne et c’est beaucoup mieux que d’utiliser les réseaux pour taper sur votre prochain. Cela permet d’échanger des infos, de confronter des idées. Il faut savoir pratiquer dans un monde réel et virtuel. »

 

Vous semblez faire preuve de force face aux détracteurs et à l’agribashing ?

R. D. – « J’ai l’expérience des médias, je suis passé plusieurs fois au 20 h ou au 13 h à la télévision. J’ai compris comment ça fonctionnait et comment agir. J’ai beaucoup d’assurance. L’agribashing, ça a commencé pour moi dans les années 90 avec l’irrigation en Beauce. L’image de la Beauce, c’est l’agriculture intensive et on est attaqués sur les OGM, les abeilles, les néonicotinoïdes, le glyphosate… Et maintenant, c’est aussi l’élevage. On est même dépassés par les éleveurs. Mais, on peut se servir de Twitter pour renverser la vapeur. »

« Pour tout ce que je fais, je tiens à être le maître du temps. »

Combien de temps passez-vous sur les réseaux sociaux ?

R. D. – « Ca va de 4 h par jour en hiver à 0 certains jours. Au bureau, je travaille avec TweetDeck sur un autre écran. Je peux ne rien poster pendant une journée, parce que je suis pris par mon travail, parce que je suis en famille. Je n’ai pas de plan de communication. Il faut gérer en fonction des priorités, c’est comme ça qu’on vit de manière heureuse. Pour tout ce que je fais, je tiens à être le maître du temps. »

Quels conseils donneriez-vous à un agriculteur qui veut se lancer sur les réseaux sociaux ?

R. D. – « D’ouvrir un compte Twitter et de s’abonner à mon compte et à d’autres pour regarder ce qui se passe. Chez FranceAgriTwittos, on communique tous de manière positive mais on a chacun notre style. On est de plus en plus nombreux et ma grande satisfaction, c’est de voir des jeunes présents sur les médias, passer à la radio… Avec quelques-uns, on a ouvert la voie et beaucoup se sont engouffrés. Je conseille aussi de respecter les personnes et d’agir sur les idées. Il faut rester prudent et être endurci pour affronter. Twitter peut être un lieu assez violent. Je conseille d’utiliser un pseudo. Les attaques peuvent être très déstabilisantes. Avec un pseudo, vous pouvez tuer votre avatar et vous restez vivant ! »

 

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