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Disparition de 800 millions d’oiseaux en 40 ans, le CNRS pointe le rôle des pesticides et des engrais

20 millions d’oiseaux disparaissent chaque année en Europe, selon une étude étayée du CNRS publiée le 15 mai dans la revue PNAS, qui pointe l'évolution des pratiques agricoles comme principale cause.

Un moiseau friquet sur une branche devant un champ
En France, le nombre de moineau friquet a diminué de 75% en quarante ans.
© Pixabay

Depuis 1980, le nombre d’oiseaux a décliné de 25% sur le continent européen, voire de près de 60% pour les espèces des milieux agricoles, selon une étude dirigée par deux scientifiques du CNRS et un doctorant de l’Université de Montpellier et impliquant des chercheurs du Museum national d’histoire naturelle et de nombreux pays d’Europe, publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) le 15 mai 2023.

Selon les chercheurs 20 millions d’oiseaux disparaitraient chaque année en moyenne en Europe, soit 800 millions d’oiseaux en moins depuis 1980. Et les chercheurs affirment que l’évolution des pratiques agricoles est la principale cause de cette disparition.

Schéma représentant le rôle des activités humaines sur le déclin des oiseaux en Europe


Comment les scientifiques ont procédé pour arriver à ce résultat ?

Dans le cadre de cette étude, les scientifiques ont comparé plusieurs pressions liées à l’activité humaine : l’évolution des températures, de l’urbanisation, des surfaces forestières et des pratiques agricoles. « Ils ont ainsi pu quantifier et hiérarchiser pour la première fois leurs impacts sur les populations d’oiseaux, en rassemblant le jeu de données le plus complet jamais réuni : 37 ans de données de 20 000 sites de suivi écologique dans 28 pays européens, pour 170 espèces d’oiseaux différentes ».


Engrais et pesticides pointés du doigt

Si les populations d’oiseaux souffrent de ce « cocktail » de pressions, les recherches montrent que l’effet néfaste dominant est celui de l’augmentation de la quantité d’engrais et de pesticides utilisée par hectares, que les auteurs de l’étude qualifient « d’intensification de l’agriculture ».

Dans l’article publié dans PNAS, les chercheurs évoquent l’impact négatif des pesticides et engrais sur les insectes et autres invertébrés, essentiels au régime alimentaire des oiseaux pendant la période de reproduction de 143 espèces sur les 170 espèces étudiées. Une réduction de la nourriture disponible aura ainsi par exemple un effet négatif sur le succès de la reproduction en modifiant le comportement des parents et en affectant la survie des oisillons.
 

Les oiseaux des milieux agricoles plus touchés

L’étude montre ainsi que certains écosystèmes sont plus durement touchés que d’autres : alors que le nombre d’oiseaux forestiers a diminué de 18%, ce chiffre monte à 28% pour les oiseaux urbains et bondit à 57% pour les oiseaux des milieux agricoles.

Le déclin est marqué chez des espèces comme le gobemouche gris (-63%) ou le moineau domestique (-64%).

Derrière les pratiques agricoles, les chercheurs soulignent que l’autre pression importante sur les oiseaux est liée à l’augmentation globale des températures, qui touchent plus durement les espèces préférant le froid, avec 40% de déclin mais n’épargne pas les espèces préférant le chaud, avec 18% de déclin.
 

Qu’en est-il pour la France ?

« La France est un bon miroir de la situation européenne », selon le CNRS qui affirme dans un communiqué qu’elle « figure néanmoins parmi les pays dont la surface agricole exploitée de manière intensive est la plus élevée mais aussi parmi ceux dont cette surface a le plus augmenté récemment. La température a également augmenté d’environ 1°C entre 1996 et 2016, la surface artificialisée est supérieure à la moyenne européenne et la couverture forestière inférieure à la moyenne européenne même si elle s’est accrue depuis 1996 ».

En France, le nombre d’oiseaux agricoles a diminué de 43% et celui des oiseaux forestiers a reculé de 19%, alors qu’en milieu urbain le nombre d’oiseaux a augmenté de 9%.

Certaines espèces ont vu leur population chuter de manière spectaculaire, -75% environ pour le moineau friquet, le tarier des prés et le pipit farlouse, par exemple.
 

Les scientifiques appellent à repenser le mode de production alimentaire

« Ces travaux démontrent l’urgence de repenser le mode de production alimentaire actuel », concluent les scientifiques du CNRS, de l’Université de Montpellier et du Museum d’Histoire naturelle dans leur communiqué qui soulignent que les travaux ont bénéficié du soutien de l’Office français de la biodiversité.

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