Des chèvres Boer élevées par deux passionnés normands
En Seine-Maritime, Audrey Bance et Nicolas Leclerc développent depuis cinq ans un élevage de chèvres de race Boer. En misant sur la génétique et la qualité sanitaire, ils espèrent pouvoir en vivre d’ici quelques années.
En Seine-Maritime, Audrey Bance et Nicolas Leclerc développent depuis cinq ans un élevage de chèvres de race Boer. En misant sur la génétique et la qualité sanitaire, ils espèrent pouvoir en vivre d’ici quelques années.
Dans leur nouveau bâtiment en bois terminé il y a juste un mois, les mises bas s’enchaînent à la chèvrerie Les Boer brayonnes, à Elbeuf-en-Bray, Seine-Maritime. En cette fin du mois de mars, Audrey Bance et Nicolas Leclerc ont pris quelques jours de congé pour aider leur quinzaine de chèvres de race Boer à mettre bas. Pour ces doubles actifs – Audrey est par ailleurs secrétaire comptable et Nicolas est salarié dans un élevage laitier –, pas question de louper les naissances car les éleveurs interviennent fréquemment lors des mises bas. « La chèvre Boer n’est pas très maternelle. On ne peut pas laisser faire complètement la nature », explique Audrey Bance, 35 ans. Rapidement, l’éleveuse donne un biberon de colostrum de vache et les nouveau-nés sont ensuite pesés et rapidement bouclés.
Une passion née presque par hasard
« J’avais des chèvres alpines pour le plaisir puis, quand elles sont mortes, Nicolas m’a offert une chèvre Boer, se souvient Audrey. On a commencé par une chèvre, puis trois, puis dix… ». Les premiers animaux arrivent en 2020 mais, très vite, le couple comprend qu’il existe un écart important entre les animaux commercialisés comme « Boer » et le véritable standard de la race originaire d’Afrique du Sud. « On pensait acheter des chèvres Boer, mais en fait on avait surtout des chèvres blanches à tête rouge. Il y avait une base génétique de Boer, mais ça ne ressemblait pas du tout à ce qu’on recherchait. »
Depuis, les éleveurs travaillent méthodiquement la sélection. Longueur du dos, largeur, port de tête, forme des cornes, arrondi de la tête, musculature : chaque génération est observée et triée. « On voit déjà une nette évolution entre nos premières générations et les jeunes d’aujourd’hui », apprécie Nicolas.
Un travail poussé sur la génétique
Pour améliorer leur troupeau, Audrey et Nicolas investissent dans des reproducteurs soigneusement sélectionnés. Leur premier bouc était issu d’une lignée tracée jusqu’en Afrique du Sud, le berceau de la race. Plus récemment, ils sont allés chercher un reproducteur chez « une référence européenne » en Allemagne. « On l’a payé un prix fou, mais ça apporte une nouvelle génétique », explique Nicolas qui précise avoir négocié pendant quatre ans avec l’éleveur allemand avant de pouvoir repartir avec ce bouc.
L’objectif est aussi de n’avoir aucune consanguinité dans une race où les effectifs restent faibles en France. « Trouver des reproducteurs conformes et avec un statut sanitaire égal au nôtre devient très compliqué », reconnaissent les deux éleveurs qui veulent préserver leur élevage de la paratuberculose, de la tremblante et du Caev, maladies jusqu’à présent absentes des Boer brayonnes.
Une alimentation généreuse pour assurer la croissance
Le couple conserve les meilleures femelles pour le renouvellement. Les animaux sont pesés régulièrement, suivis individuellement et sélectionnés aussi sur leurs qualités maternelles. Les performances de croissance impressionnent le couple. Les meilleurs mâles atteignent 52 à 54 kilos à six mois et les rendements carcasse progressent d’année en année. « On était à 40 % au début, maintenant on approche les 60 % de rendement carcasse et l’objectif est d’avoir 75 %. »
Pour atteindre un GMQ de 300 grammes par jour, les jeunes commencent à consommer du concentré dès l’âge d’une semaine. Ces concentrés sont distribués à volonté dans des auges uniquement accessibles aux jeunes. Les mères, elles, reçoivent une alimentation à base de foin ou du pâturage mais soutenue par 600 à 800 grammes par jour d’un mélange fermier. Les mères et leurs suites sortent dès trois semaines à un mois après les mises bas. Le couple dispose pour cela de trois hectares à proximité qu’ils ont alloti en paddocks entourés de fils électriques. « Le fil n’a pas besoin d’être très haut car les Boer sont lourds et ne sautent pas », précise Nicolas en montrant le troisième fil à 90 cm. Le pâturage au fil avant et des cures mensuelles de vermifuge permettent pour l’instant d’éloigner les principaux parasites gastro-intestinaux.
Une forte demande pour les femelles
Malgré la taille encore modeste du troupeau, la demande est déjà bien présente. « Les femelles sont réservées d’une année sur l’autre », explique Audrey. Recrutés par le bouche-à-oreille et via la page Facebook de l’élevage, les clients sont assez variés : nouveaux éleveurs spécialisés en production de viande, éleveurs laitiers cherchant à croiser avec de la Boer ou encore acheteurs issus des communautés ultramarines où la viande caprine est davantage consommée.
Le couple vend également quelques animaux à l’export. L’an dernier, six chevrettes sont parties pour un projet lié à la Libye. Les prix reflètent le travail génétique engagé et la qualité sanitaire préservée : environ 600 € pour une femelle reproductrice de trois à quatre mois et davantage pour certains mâles conformes au standard de race.
Bâtiment lumineux
« Économiquement, la vente de reproducteurs reste beaucoup plus intéressante que la viande », reconnaît le couple qui vend un peu de viande en frais. Ils se sont aussi essayés à de la transformation en conserve et en plats cuisinés mais « cela fait beaucoup de travail et on arrive à des rillettes à 9 euros le pot de 230 grammes. »
« Nous arrivons à sortir 14 000 à 15 000 euros de bénéfices avec une quinzaine de chèvres, explique Audrey. Notre objectif est d’atteindre une trentaine de mères pour que j’arrête mon activité extérieure. » Le nouveau bâtiment de 120 mètres carrés construit par le couple doit permettre cette montée en puissance. Lumineux, ventilé et dotés de cases adaptées et de surveillance vidéo, il a été pensé pour le confort des animaux et du couple.
Quand les derniers chevreaux rejoignent leur case chauffée, Audrey et Nicolas Bance savent que la route sera encore longue avant de vivre pleinement de leur élevage. Mais entre sélection génétique, rigueur sanitaire et passion intacte, chaque naissance est une étape supplémentaire dans la construction patiente d’un troupeau Boer conforme à leurs ambitions.
Certificat de conformité par vidéo
Le couple adhère à l’Association française de la chèvre Boer (AFCB), qui compte une douzaine d’adhérents. L’association gère notamment les certificats de conformité des animaux. « Nous envoyons des photos et des vidéos des boucs de six mois dans différentes positions et un jury de cinq personnes certifie qu’ils répondent ou non au standard de la race. Ce service est facturé 20 € par bouc. L’an dernier, nous avons eu quatre mâles certifiés sur cinq présentés. »
Mais Audrey et Nicolas regrettent un manque de structuration collective de la filière. « Il y a énormément de choses à construire », estime Nicolas qui évoque notamment le livre généalogique ou le génotypage.
Chiffres clés
Les Boer brayonnes
- 17 chèvres et 4 boucs
- Objectif de 30 femelles
- Mise bas à 18 mois
- Entre 80 et 130 kg pour des boucs adultes
Le saviez-vous ?
Une race d’Afrique du Sud
Apparue dans les années 1900 dans la Province du Cap-Oriental en Afrique du Sud, la chèvre Boer est le résultat de croisements entre les chèvres locales d’Afrique du Sud et les races laitières importées d’Europe. Ses qualités bouchères lui confèrent une renommée internationale. Race bouchère, la chèvre Boer se caractérise par un aspect fort et vigoureux. Les mâles pèsent entre 90 et 130 kilos et les femelles de 50 à 80 kilos.