Des alternatives au glyphosate pour réduire son utilisation
Le projet de recherche Agile a revisité les alternatives au glyphosate pour détruire les adventices dans les situations les plus complexes. Des outils se montrent efficaces, mais avec des charges plus élevées, du temps de travail supplémentaire… Conclusions de l’étude avec quelques résultats concrets.
Le projet de recherche Agile a revisité les alternatives au glyphosate pour détruire les adventices dans les situations les plus complexes. Des outils se montrent efficaces, mais avec des charges plus élevées, du temps de travail supplémentaire… Conclusions de l’étude avec quelques résultats concrets.
Le glyphosate n’est pas remis en cause sur le plan réglementaire pour les années à venir puisque la molécule a été réapprouvée au niveau européen pour un usage jusqu’en 2033. Mais les cas de résistance de ray-grass et de vulpin au glyphosate progressent chaque année en France. Enfin, le dossier de l’impact environnemental et sur la santé du glyphosate n’est pas clos. Des agriculteurs veulent en utiliser le moins possible pour cette raison.
L’usage du glyphosate n’est autorisé que dans certaines situations, notamment lorsque le labour n’est pas utilisé (agriculture de conservation des sols) ou quand il est difficile à mettre en œuvre (sols caillouteux superficiels, sols hydromorphes). Achevé fin 2025, le projet Agile (Agroéquipements et itinéraires techniques alternatifs à l’usage du glyphosate) avait pour objectif « de trouver de nouvelles solutions face à ces situations délicates et d’évaluer sur plusieurs critères (économiques, techniques et environnementaux) les itinéraires techniques testés. » Il s’agissait notamment d’essayer du matériel qui permet de détruire des graminées adventices sans travail du sol. Des essais ont été réalisés dans trois types de situations complexes : sols argilo-calcaires superficiels, sols argileux hydromorphes et agriculture de conservation des sols (ACS).
Les outils animés avec prise de force plus efficaces que les outils de scalpage
« Contre des graminées qui peuvent taller, les outils sans travail du sol (roulage, broyage…) s’avèrent peu adaptés, remarque Jérôme Labreuche, ingénieur chez Arvalis. Les outils par le travail du sol (vibroculteur, herse rotative…) sont les plus efficaces, en veillant que ce travail soit bien réalisé sur 100 % de la surface, on a vraiment besoin d’arracher toutes les plantes. »
Dans le cadre du projet Agile, un essai en sol de marais a fait intervenir, parmi les équipements testés, un vibroculteur à socs étroits, avec un résultat mitigé. « Ce matériel permet de bien préparer le sol, mais ne scalpe pas les adventices sur 100 % de la surface. Même si certaines sont recouvertes après le passage, on n’a pas coupé leurs racines et les plantes sont reparties assez facilement », remarque Jérôme Labreuche. Une bonne efficacité est notée avec des outils animés à prise de force qui séparent mieux la terre des racines par rapport à des outils de « scalpage ».
« Par ailleurs, il faut un climat séchant pour détruire mécaniquement les graminées, rappelle Jérôme Labreuche, car on arrache des plantes avec un système racinaire fasciculé assez important qui emporte beaucoup de terre, difficile à sécher. Ces conditions climatiques sont difficiles à trouver d’octobre-novembre jusqu’à février ou mars, voire début avril selon les régions. » Ce sont aussi les périodes où on sème beaucoup de cultures, avec des charges de travail élevées.
Bien cibler la période de jours disponibles pour les destructions mécaniques
Quels sont les jours disponibles pour une destruction mécanique des adventices avec ces exigences climatiques et avec des équipements moins rapides qu’un pulvérisateur appliquant du glyphosate ? Cela dépend de la largeur de travail de l’équipement, de son débit de chantier, du niveau d’infestation de la parcelle, du type de sol et de sa capacité à ressuyer… L’outil de prévision J-Distas aide à cette évaluation. Geoffroy Oudoire, ingénieur R & D du pôle économie d’Arvalis, a étudié des cas types d’exploitations, dont une ferme de 188 hectares dans le Marais poitevin (sols argileux hydromorphes) où le glyphosate est utilisé sur 60 hectares, avant maïs notamment. « Un vibroculteur pattes d’oie 6 m avec un débit de 3,5 ha/h (outil non animé) nécessite deux jours de travail pour passer, alors qu’il en faut presque six pour une herse rotative 4 m de débit d’1,5 ha/h, explique l’ingénieur. Or, sur la première décade d’avril, avant le semis du maïs, ces six jours disponibles ne sont pas réalistes selon le logiciel J-Distas sur le secteur du Marais poitevin, mais le deviendraient en attendant les dernières décades d’avril, ce qui peut nécessiter un décalage de dates de semis. »
Jérôme Labreuche remarque la complexité des alternatives au glyphosate, qui signifie une gestion au cas par cas, des prises de décision qui nécessitent parfois d’anticiper les destructions. À Terres Inovia, Fanny Vuillemin relate une expérience en situation de sol argilo-calcaire de Berry, avant tournesol. « L’essai avec un travail du sol proche du semis avait été délicat, avec une destruction mécanique difficile sur des adventices développées et un impact sur la qualité d’implantation du tournesol à cause de conditions humides. Sur le site de l’essai, l’agriculteur avait par ailleurs anticipé un travail du sol précoce le 1er février avec un vibroculteur qui profitait de bonnes conditions de passage, ce qui avait eu un effet plus destructeur contre les graminées. »
Des charges significativement plus élevées dans la majorité des cas
L’alternative au glyphosate reste avant tout un recours accru au travail du sol, ce qui n’est pas sans poser des questions en termes de charges de mécanisation. « Quand il y a un seul passage avec un outil peu coûteux (non animé), cela peut compenser l’absence de glyphosate qui a aussi un coût (8 €/ha de produit). Mais avec un outil animé ou deux passages d’outils il y aura une nette augmentation des charges », souligne Jérôme Labreuche. En outre, dans le contexte actuel du conflit au Moyen-Orient, le coût du carburant pèse fortement, avec un doublement des prix depuis le début de l’année.
Dans les différents essais menés, les marges ne sont pas toujours pénalisées avec les alternatives au glyphosate. Mais pour Jérôme Labreuche, un des facteurs le plus limitant est l’augmentation du temps de travail sur des périodes proches du semis et souvent en conditions assez humides peu propices à l’efficacité de la destruction mécanique. Cet aspect a notamment été mis en évidence dans un essai sur une exploitation type du Berry en ACS sur 638 hectares (avec 67 % de la surface traitée au glyphosate). À l’échelle de cette grande exploitation, les alternatives au glyphosate se soldent par une hausse de temps de travail à l’automne et au printemps de près d’un mois pour certaines des alternatives testées, sans compter une hausse nette des charges et de consommation de carburant.
Impossible de se passer de glyphosate en ACS sans travailler le sol
La pratique du semis direct (ou de l’ACS) n’est guère envisageable actuellement sans glyphosate. « C’est possible ponctuellement quand le sol est très propre, mais globalement, le travail du sol reste nécessaire dans la plupart des cas pour gérer notamment les graminées, rapporte Damien Brun, ingénieur chez Arvalis. La seule vraie alternative au glyphosate en ACS sans travail du sol est le roulage. Le contrôle de la flore adventice est inefficace et le rendement des cultures pénalisé dans les essais réalisés. Au fil des années, la pression en adventices peut vite devenir ingérable au niveau d’une ferme. » Les modalités permettant un travail du sol (incompatibles avec l’ACS) donnent logiquement de bons résultats (surtout avant maïs, moins en blé) sur la maîtrise du salissement et la préservation du rendement.
Des équipements séparant au maximum la terre des racines des adventices arrachées
Pour l’investissement d’un matériel, Jérôme Labreuche rappelle l’importance d’un équipement travaillant 100 % de la surface. « Quand on dispose d’outils à dents, dans certains cas, il faudra les rééquiper de socs larges ou acheter un matériel un peu différent. » Le spécialiste alerte sur les rouleaux à l’arrière d’outil qui ont tendance à rappuyer la terre et à favoriser le repiquage des adventices. « Le plus adapté aux pratiques de scalpage sera un outil à dents équipé de socs larges, sans rouleau mais plutôt des herses à l’arrière pour traîner les adventices et séparer au maximum la terre des racines », selon le spécialiste.