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Les Folies fermières
L'histoire vraie au cinéma d'un agriculteur qui a sauvé sa ferme avec un cabaret

Le film Les Folies fermières sort sur les écrans mercredi 11 mai 2022. La comédie est basée sur l'histoire réelle de l'éleveur tarnais David Caumette qui a monté un cabaret dans sa ferme pour la sauver en 2013. En tournée d'avant-première dans toute la France, le film rencontre un franc succès. L'éleveur sera au côté de Michèle Bernier pour présenter le film dans l'émission Vivement dimanche de Michel Drucker dimanche 8 mai. Rencontre avec un battant, incarné sur la toile par Alban Ivanov.

Quelle est votre histoire, David Caumette, à la base du film Les Folies fermières de Jean-Pierre Amélis?

J'enseignais l'agriculture quand j'ai appris que mes parents étaient en train de vendre les vaches. J'ai été enseignant en mécanique agricole à Ondes, puis directeur d'exploitation du lycée de Lavaur. Dans la commune, il ne reste que dix agriculteurs sur 300 habitants. La ferme était devenue le dernier élevage de notre village. J'étais la quatrième génération, ça me dérangeait de ne pas reprendre, ça me gênait d'être le vilain petit canard. Je me suis installé en 2007 dans la ferme familiale contre l'avis de mes parents. On ne s'est pas parlé pendant six mois, c'est le grand-père qui a débloqué la situation. Mes parents n'ont jamais voulu que je sois agriculteur, ils ont dit "on a trop souffert, on n'a jamais eu de vacances". C'est sûr que j'ai divisé mon salaire par deux et multiplié mon temps de travail par deux aussi ! Mais pour moi, c'était un cas de conscience professionnelle, il faut pouvoir se regarder dans la glace le matin.

David et Laetitia Caumette avec les artistes sur le tractotrain dans leur ferme à Garrigues (81).
David et Laetitia Caumette avec les artistes sur le tractotrain dans leur ferme à Garrigues (81).
© Les Folies fermières

 

Comment est arrivée l'idée de cabaret?

On a commencé par mettre l'exploitation aux normes, puis il y a eu la création d'une boucherie-charcuterie et d'un magasin à la ferme avec d'autres producteurs voisins qui déposent leurs produits. Grâce à la vente directe sur les marchés, on a retrouvé un équilibre économique. Mais l'ouverture des supermarchés le dimanche m'a fait perdre 30% de mon chiffre d'affaires. C'était en 2013. Ma femme Lætitia m'a dit, "ne baisse pas les bras, je suis cuisinière de métier". De là est née l'idée de ferme auberge : on a créé la société Les Folies fermières. On n'avait pas assez de clientèle, quinze couverts par semaine, ça ne suffisait pas, il en fallait au moins 50. À l'époque, je passais aux tables en disant "je vous présente le spectacle dans l'assiette". On sert 80% de produits frais et locaux et les producteurs servaient eux-mêmes leurs produits. Ma femme m'a dit, "moi, je voudrais un vrai spectacle avec des chippendales, des shows" (rires). Et comme je ne peux rien lui refuser, on a monté des spectacles de country, de zumba, de sosie de Claude François, etc. Ça marchait bien, aussi, j'ai dû passer une licence de spectacle, mais comme notre projet ne rentrait pas dans les cases du ministère de la Culture, ils ont trouvé un équivalent et nous ont appelés "cabaret". À force de m'appeler cabaret à la ferme, on m'a dit, "elles sont où les plumes ?" Je répondais "dans le bâtiment, avec les poules" (rires). Et puis on a joué le jeu avec des spectacles cabaret.

 

 

Comment s'est passée la rencontre avec Jean-Pierre Améris, le réalisateur du film (Les Émotifs anonymes, Marie Heurtin, etc.) ?

J'ai sorti un livre en 2019 qui a été médiatisé. À la suite, j'ai eu huit propositions. Jean-Pierre Améris m'a appelé, il avait eu un coup de cœur en découvrant mon histoire dans un reportage. Il voulait me rencontrer pour faire un film. Comme c'était le huitième, on s'est penché dessus. Contrairement aux autres, il est venu passer une journée à la ferme. Il m'a dit "vous êtes un incompris et un fou. Je vais mettre en images ce que tu as mis en œuvre". On avait un but commun, mettre des gens ensemble. On a filmé dans le Cantal, Jean-Pierre avait plus de facilités là-bas. 70% du film, c'est la réalité. Il traite de tous les problèmes, y compris du suicide que j'ai failli connaître, aujourd'hui, j'ai bien tourné la page.

 

A lire aussi : Jean-Pierre Améris, " Les Folies fermières pourra rester à la disposition du monde agricole"

 

L'acteur humoriste Alban Ivanov incarne David Caumette dans le film Les Folies fermières.
© CarolineBottaro_HD.jpg

 

Qu'est-ce ça fait de se voir incarné à l'écran, qui plus est par Alban Ivanov (Hors-normes, Le grand bain, Le sens de la fête, etc.)

Alban, c'est quelqu'un qui a un talent incroyable, il remplit les zéniths. Il m'a dit, "vu le projet que tu défends, je suis prêt à mettre mon talent au service des agriculteurs pour leur redonner le sourire". Avec son talent d'humoriste, il réussit à faire rebondir les situations dramatiques. Du début à la fin, on est plié de rire. C'est un film-ressort.

 

Un film-ressort, c'est-à-dire?

Le monde agricole est comprimé comme un ressort. On doit le faire sauter pour retrouver une autre agriculture. Le fait que ce soit traité avec humour, ça permet de parler de l'agriculture de manière positive.

Photogramme du film Les Folies fermières, de Jean-Pierre Améris.
© Caroline Bottaro

 

Quel rôle avez-vous eu sur le film ?

J'étais consultant. J'ai donné pas mal de conseils pour la crédibilité. Par exemple, les éleveurs chez qui on a tourné étaient laitiers. Ils ont dit au réalisateur qu'il y aurait des impératifs le matin et le soir pour la traite. Il a demandé si ce n'était pas possible d'en faire qu'une par jour (rires). On lui a expliqué. Le tournage a été la rencontre entre deux mondes, l'agricole et le cinéma. Sinon, j'ai simplement demandé que ce soit nos vrais prénoms à Lætitia et à moi que portent les personnages [incarnés par Alban Ivanov et Bérengère Krief]. J'accompagne Jean-Pierre Améris aux avant-premières, je ne les fais pas toutes mais une bonne partie. C'est intéressant, les gens nous remercient

 

Quel est le message du film, selon vous ?

Quand je me suis installé en 2007, j'ai essuyé trois avis défavorables par l'administration, on ne me donnait pas six mois. Le problème c'est qu'avec ça, les banques ne suivent pas. Moi, je suis allé voir la famille, c'est eux qui m'ont prêté de l'argent. J'aimerais que l'administration comprenne qu'il faut un peu plus aller sur le terrain écouter les agriculteurs et se demander si leurs projets ne sont pas faisables. Je soutiens une jeune agricultrice de Bretagne qui veut monter un projet d'installation avec accueil à la ferme, restauration et elle ferait du chant parce qu'elle est chanteuse. Le projet a été refusé. On lui a dit, "vous cultivez la terre, vous n'allez pas chanter". On se heurte à un mur administratif. L'autre message c'est de dire que les consommateurs n'ont rien contre les agriculteurs. On a été tellement divisés. Le film veut renouer le lien entre les producteurs et les consommateurs. Dans notre société actuelle, ultra conflictuelle, on veut redonner le sourire. Les autres films sur l'agriculture, comme Au nom de la terre, qui est mon film préféré, donnent une image à l'instant T de l'agriculture, nous on a voulu aller plus loin et montrer des solutions.

Photogramme du film Les Folies fermières, avec Alban Ivanov et Sabrina Ouazani.
Photogramme du film Les Folies fermières, avec Alban Ivanov et Sabrina Ouazani.
© Caroline Bottaro

 

Votre cabaret à la ferme existe depuis 2013 maintenant, comment se porte-t-il ? Quel est votre public ?

On a des gens du Tarn et des gens de Toulouse. Ceux du Tarn sont épatés par le spectacle sur scène et ceux de Toulouse, par celui qu'il y a dans l'assiette. Le plaisir est gustatif et visuel : 80% du repas est composé de produits locaux, à moins de 100 km de la ferme. Tout le monde s'y retrouve, il y en a pour les papilles et les pupilles (rires). On organise des visites complètes à la journée avec petit-déjeuner fermier, visite de l'exploitation en tracto-train, repas aux produits du terroir avec spectacle et achats dans le magasin. La cientèle vient maintenant de l'Aveyron, du Gers. On a aussi eu un bus d'Allemagne et un d'Espagne. Pour les étrangers, la France c'est bien manger et le spectacle : c'est ce qu'ils retrouvent ici.

 

Est-ce que votre système est reproductible ?

C'est quinze ans de recherche pour sauver une ferme, et puis, on ne peut pas créer un cabaret partout. En fait, j'ai pris le problème à l'envers, je n'ai pas fait ce qu'on m'a imposé, j'ai répondu à une attente des consommateurs : en plus de les nourrir on doit les divertir. Sur mes trois activités, l'agriculture, la boutique de producteurs et le cabaret, il faut savoir que seules les deux dernières sont rentables. Financièrement, je renfloue l'activité agricole, qui est déficitaire, grâce aux deux autres. Sur l'exploitation, sur 100 ha, on a 100 bovins, 60 brebis, 60 porcs à l'engraissement et 700 volailles en agriculture biologique. 70% est valorisé sur les marchés et dans les boutiques, 30% par le cabaret. Depuis quinze ans, on a installé deux commerces de proximité, le premier cabaret de France et créé quinze emplois. Grâce aux artistes, j'ai sauvé le dernier élevage de Garrigues.

 

Les Folies fermières, de Jean-Pierre Améris, avec Alban Ivanov, Sabrina Ouazani, Michèle Bernier, Bérengère Krief, Guy Marchand. Sortie mercredi 11 mai 2022. Durée : 1h49.

 

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