Couverts végétaux : « Je teste le semis à la volée par drone en partenariat avec la fédération de chasse d’Île-de-France dans les Yvelines »
François Lecoq, agriculteur à Gambais (78), a testé le semis des couverts par drone avec des résultats appréciables en termes de biomasse et d’azote ainsi que pour la petite faune. Reste à trouver les bons mélanges pour faciliter la destruction.
François Lecoq, agriculteur à Gambais (78), a testé le semis des couverts par drone avec des résultats appréciables en termes de biomasse et d’azote ainsi que pour la petite faune. Reste à trouver les bons mélanges pour faciliter la destruction.
Face aux sécheresses estivales et printanières de plus en plus fréquentes, François Lecoq, agriculteur à Gambais, dans les Yvelines, avait renoncé à investir dans des couverts depuis quelques années. Pour les mêmes raisons, il a renoncé aux cultures de printemps. Sa rotation se compose de 230 hectares de cultures d’hiver céréalières et oléagineuses et 20 hectares de pâtures (1).
Vidéo | « Je sème avant moisson avec un drone dans mes parcelles de blé dans le Pas-de-Calais »
« Sur mes terres très argileuses, le manque de pluie l’été ne m’incite pas à investir dans de la semence de couverts pour un résultat très aléatoire », souligne-t-il. C’est ce qui l’a motivé l’an dernier à tester une nouvelle technique proposée en expérimentation par la Fédération départementale des chasseurs d’Île-de-France (2) : le semis à la volée des couverts par drone.
Le 8 juillet 2025, un pilote de drone a semé huit hectares de couverts avec neuf mélanges différents à dominante légumineuse ou crucifère dans des parcelles de blé, quelques jours avant la moisson. Le semis a été effectué sur des parcelles de 1 à 1,5 hectare avec des densités de 10 à 20 kilos par hectare selon les mélanges. « Il faut prévoir une surdensité de 30 % par rapport à un semis classique », considère l’agriculteur.
Les couverts semés après moisson lèvent souvent difficilement. Le semis à la volée avant moisson peut permettre d’assurer de meilleures levées des graines grâce à l’humidité résiduelle dans les céréales. Les levées sont plus précoces, dès cinq jours après le semis.
Un bilan azoté positif pour les cultures suivantes
Dans l’expérimentation de Gambais, les couverts se sont développés très rapidement, profitant des jours longs et de la chaleur. D’après la méthode Merci réalisée le 20 octobre, les couverts ont atteint des biomasses de 1,9 tMS/ha (mélange moutarde d’Abyssinie, phacélie, radis fourrager, sorgho et vesce velue) à 8,2 tMS/ha (mélange moutarde blanche, radis fourrager, vesce commune, sorgho fourrager). Ils ont aussi bien joué leur rôle de piégeage d’azote avec entre 20 et 50 unités disponibles pour la culture suivante.
Semer par drone à la volée présente des avantages spécifiques comme l’économie de temps à une période chargée en travaux agricoles. Cela permet aussi de semer des parcelles difficiles d’accès sans abîmer les cultures en place. De plus, le drone évite des passages de machines et d’éventuels tassements des sols associés.
Des interrogations sur la gestion de la destruction des couverts
Concernant la destruction des couverts, dans certains mélanges, les gros radis se sont avérés difficiles à détruire. Ils ont attiré les sangliers à l’automne qui ont retourné la terre à certains endroits. Le broyage coûte également cher en temps et en énergie. L’emploi du glyphosate est limité. « Début novembre, certaines plantes sont montées à graine ou ont lignifié. J’ai noté aussi des faims d’azote dans l’orge que j’ai semée l’automne », souligne l’agriculteur. Ces interrogations doivent être travaillées pour trouver des mélanges adaptés à cette région. Un partenariat est mené avec la chambre d’agriculture sur ces questions agronomiques.
Reste la question du financement du couvert et de son implantation. « Nous favorisons la biodiversité, mais nos exploitations céréalières ne dégagent pas de marges suffisantes pour assurer ce service sans contrepartie », assure François Lecoq. L’implantation d’un couvert représente environ 100 euros par hectare (40 €/ha pour le drone et 37 à 70 €/ha de semences).
Un impact très favorable sur la petite faune
Pour François Lecoq, également chasseur, la technique permet de mettre en place dès le mois d’août une biodiversité estivale favorable à la petite faune dans les plaines céréalières. « À cette époque, il y a généralement peu de nourriture disponible pour les insectes et le petit gibier, note-t-il. En 2025, j’ai vu plus de perdrix, de cailles, de faisans et d’alouettes qu’habituellement. De même, le champ était rempli de butineurs et abritait des papillons avec la floraison précoce. J’ai remarqué aussi plus de lièvres qu’en terres nues. » D’après la Fédération des chasseurs, des parcelles semées au drone abritent entre 2 et 20 fois plus d’orthoptères (sauterelles et criquets) que des couverts traditionnels semés plus tard.