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Courgette : Quelles solutions face au virus MWMV ?

Le virus Moroccan Watermelon Mosaic Virus, ou MWMV, a fait des ravages en culture de courgettes dans le sud-est de la France en 2022. Depuis, sa pression s’accentue dans certaines zones. Les maraîchers restent tout de même vigilants en s’appuyant sur plusieurs leviers de lutte.

<em class="placeholder">Mise en place d&#039;un filet de protection P17 face aux problèmes de virus, notamment de MWMV, rencontrés par de nombreux producteurs de courgettes dans le sud-est de la France</em>
Face aux virus, les producteurs de courgettes sont de plus en plus nombreux à mettre un P17 de la plantation à la floraison.
© P. Caillol

Inquiets face au MWMV, virus transmis majoritairement par les pucerons, les producteurs de courgettes s’appuient sur plusieurs leviers préventifs : les voiles de protection, les produits phytosanitaires et la prophylaxie.

Le voile de protection est le plus conseillé

Les conseillers recommandent la pose d’un voile dès la plantation. « Nous préconisons de dévoiler au moment où les premières fleurs femelles coulent, mais les producteurs préfèrent dévoiler un peu avant pour que les plantes soient moins crispées au premier traitement », expose Laurent Camoin, consultant en légumes secteurs Provence et Occitanie-Est. Cette stratégie permet aux plantes de produire pendant un mois sans symptômes, puis un mois avec parfois des symptômes qui apparaissent, avant que leur métabolisme ne soit bloqué.

Dans les Bouches-du-Rhône, les parcelles de courgettes plein champ sont de plus en plus protégées par un voile. « J’ai demandé aux producteurs de couvrir et cela a donné des résultats très intéressants en 2022, année exceptionnellement touchée par le MWMV », explique Laurent Camoin. « Dans le Gard, on en met en melon mais pas en courgette », reconnaît Philippe Caillol, conseiller maraîchage à la chambre d’agriculture du Gard. La raison : dans le Gard, les plantations des créneaux les plus importants économiquement commencent en mars. Mettre des filets sur ces créneaux n’a pas d’intérêt, ils seraient retirés bien avant l’arrivée des pucerons en avril.

Concernant le type de voile, les maraîchers vont au moins cher. « Avec des années comme 2025 où le cours de la courgette a été très bas, les maraîchers n’ont plus d’argent. Finir la saison en n’étant pas dans le rouge est déjà compliqué, et en plus il faut qu’ils achètent du P17 », témoigne Philippe Caillol. La plupart utilisent du P17 provenant de cultures précédentes. « Je leur demande même de prendre du P14, c’est moins lourd donc moins cher », précise Laurent Camoin. D’autant plus que la courgette est devenue au fil des ans une culture moins rentable, les investissements sont donc priorisés sur d’autres cultures.

Le levier phytosanitaire est plus limité

« On a eu du virus sur des plantes qui n’avaient pas de pucerons », avertit Laurent Camoin. Les pucerons ailés pouvant transmettre les virus sans s’y installer, il est courant de rencontrer des parcelles virosées non colonisées par les pucerons. Dans ce cas les produits de contact ont peu d’intérêt. Deux produits systémiques sont autorisés en plein champ qui représente 85 % des surfaces : les associations pirimicarbe + tau-fluvalinate (1 application autorisée à 3 l/ha) et pirimicarbe + lambda-cyhalothrine (2 applications autorisées à 1,5 l/ha). Les maraîchers déplorent le peu de solutions, d’autant plus que les deux substances associées au pirimicarbe sont très nocives pour les auxiliaires. La deltaméthrine, autorisée sur chenilles, a une action secondaire sur les pucerons.

En cas d’installation des pucerons, les producteurs de courgettes plein champ ont bénéficié en 2025 d’une dérogation pour le biocontrôle Flipper (savon noir) et espèrent l’obtenir pour 2026. Cinq applications à dose maximale de 10 l/ha sont possibles. Ils ont également espoir de décrocher une AMM (permanente ou dérogatoire) pour la flonicamide, autorisée en melon plein champ. « Il nous la faudrait au moins quand on rentre en production pour bien « nettoyer » et commencer les récoltes sur une situation saine », estime Philippe Caillol.

La prophylaxie est incontournable

Le MWMV peut également être transmis par l’homme, via la manipulation d’outils. Philippe Caillol rappelle plusieurs leviers limitant la propagation du virus : « si on a des plants virosés en tout début de culture, on les arrache. À la récolte, certains cassent la courgette à la main, ça évite de propager le virus avec un couteau de coupe. Il faudrait laver les couteaux, mais il faut mettre au point un moyen de les laver de manière rapide sans devoir les tremper régulièrement ». Des techniques sont également mises en place par les maraîchers pour éviter de propager les pucerons. « Évitez de mettre le premier créneau de plantation dans le sens du vent pour empêcher qu’il ne propage les pucerons sur le deuxième créneau planté plus tard », conseille Philippe Caillol.

La piste des oligoéléments

Pour la gestion des pucerons, le levier de la fertilisation semble intéressant. Laurent Camoin et Philippe Caillol, conseillers maraîchage du sud-est de la France, s’accordent à dire que des plantes boostées en différents éléments nutritifs pourraient prendre le dessus sur le virus un certain temps. « Une meilleure alimentation en oligoéléments, magnésie, phosphore et azote permettrait peut-être de compenser les attaques virales, ce que je semble avoir observé mais que sur le WMV, avance Laurent Camoin. C’est à vérifier sur plusieurs années, dans le cadre d’essais ». « J’ai eu un cas où le producteur avait déjà du virus en tout début de culture. Il a apporté un produit à base d’acides aminés et d’oligoéléments. Et il a réussi à relancer la culture de sorte à la faire produire un peu, même avec du virus », se souvient Philippe Caillol. Paradoxalement, « il faut éviter d’avoir des plantes trop appétentes qui attirent les pucerons », rappelle-t-il. Information également relayée par de nombreuses études. Dans ce contexte, la gestion de la fertilisation contre les pucerons et les virus est une piste à explorer.

Le levier variétal encore peu mobilisé

Le levier variétal est encore peu mobilisé contre ce virus, car dirigé sur d’autres virus présents plus régulièrement. Néanmoins, les semenciers commencent à intégrer la résistance MWMV dans leurs nouvelles variétés. Syngenta a présenté, lors du Sival 2026, sa nouvelle variété Jolly, résistante (intermédiaire) au MWMV ainsi qu’à quatre autres virus (CMV, ZYMV, WMV et PRSV). Elle a été récompensée par une médaille d’argent au Sival Innovation.

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