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Conservation des fourrages : les pertes au silo ont un coût souvent invisible

Les pertes d’ensilage ne se limitent pas aux volumes de fourrages jetés. Elles concernent également la matière sèche « perdue » sous forme de CO2 et la dégradation nutritionnelle. Le recours à un conservateur constitue une assurance.

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Indépendamment des pertes de stockage observables sur la couche supérieure du silo, les pertes par fermentation, invisibles à l’œil nu, peuvent atteindre 8 % de la matière sèche initialement récoltée. Un conservateur peut les réduire de moitié.
© C; Pruilh

Fort utilisés dans les pays du nord de l’Europe, les conservateurs ont démontré leur efficacité technique. Par contre, ce ne sont pas des produits miracle et ils ne remplaceront jamais les bonnes pratiques de récolte et réalisation d’un silo d’ensilage d’herbe. « Il est tout à fait possible d’obtenir une conservation correcte sans additifs de conservation mais les résultats obtenus en leur absence peuvent se montrer plus aléatoires », indique Mickaël Venot d’Arvalis. Pour Luc Dillies de Novonesis, « les conservateurs sont à considérer comme une assurance permettant de limiter les pertes potentielles qui peuvent survenir certaines années ».

« Les pertes d’ensilage sont largement sous-estimées, poursuit-il. De la récolte au désilage, elles peuvent dépasser 10 à 15 % de la matière sèche initialement produite. » Et au-delà des tonnages perdus, ces pertes concernent également la valeur alimentaire des fourrages et pénalisent les performances des élevages.

Ne pas sous-estimer les pertes de fermentation

Ces pertes, qui ne s’avèrent pas forcément visibles, interviennent tout au long de la chaîne. Tant que l’oxygène est présent, la respiration de la plante continue de consommer des sucres solubles nécessaires à la fermentation. Puis, pendant la phase anaérobie, les pertes peuvent fortement varier selon les voies de fermentation. L’activité microbienne transforme les sucres en acides organiques. Si les bactéries lactiques homofermentaires favorisent une baisse rapide du pH et limitent les pertes de matière sèche, à l’inverse, les levures, clostridies et entérobactéries génèrent davantage de CO2, d’eau et de sous-produits (acide butyrique, ammoniac), synonymes de pertes et de dégradation de la valeur alimentaire, en particulier azotée.

« Chaque kilo de CO2 produit correspond en fait à une perte nette de matière sèche, observe Luc Dillies. L’eau reste dans l’ensilage en donnant une impression de volume conservé mais avec une concentration énergétique plus faible. » Et en parallèle, la dégradation des protéines par production d’ammoniac réduit la teneur en protéines valorisables.

Des pertes aussi au stockage et au désilage

En outre, pendant le stockage, la couche supérieure du silo se montre particulièrement exposée aux pertes. Toute entrée d’oxygène liée à une étanchéité imparfaite entraîne une détérioration. « La partie visiblement moisie est retirée mais la zone sous-jacente souvent contaminée est fréquemment distribuée sans être identifiée comme problématique, alors qu’elle augmente les risques sanitaires et pénalise l’ingestion. »

À l’ouverture du silo, enfin, l’entrée d’oxygène réactive les organismes aérobies tels que les levures qui oxydent l’acide lactique et les autres composés organiques solubles. Petit à petit, le pH et la température augmentent et la machine peut s’emballer. Si l’ensilage s’échauffe, de nouvelles pertes sont générées, auxquelles s’ajoute une baisse d’appétence.

« Toutes ces pertes présentent un coût non négligeable et souvent sous-estimé, qui mérite d’être mis en balance avec celui d’un conservateur sur l’ensilage d’herbe », conclut Mickaël Venot d’Arvalis.

Côté éco

Avant de s’interroger sur le coût d’un conservateur, demandons-nous à combien se chiffre la perte de 10 % de fourrages au silo ? Prenons un exemple sur la base d’une tonne d'ensilage d’herbe valorisée à 140 €/tMS (soit 49 €/tMB à 35 % MS) :

- 5 % de pertes = 7 €

- 10 % de pertes = 14 €

- 15 % de pertes = 21 €

Sur un silo de 400 tMS, 10 % de pertes représentent 40 tMS, soit 5 600 € de fourrages non valorisés.

 

Le retour sur investissement est de plus de 1 pour 1 

Calcul de l’intérêt économique du recours au conservateur avec une valeur d’ensilage de 50 €/t MB et un coût conservateur de 2,30 €/t MB

 Sans conservateurAvec conservateur
Surface récoltée (ha)1010
Rendement (t MB/ha)2020
Quantité récoltée (t MB)200200
Valeur dans le silo (coût de l’ensilage et du conservateur)10 000 € 10 460 € 
Pertes au champ4 %4 %
Pertes de fermentation8 %4 %
Pertes de stockage (couche supérieure)4 %2 %
Refus à l’auge2 %2 %
TOTAL pertes18 %12 %
Quantité perdue (t MB)3624
Valeur perdue (€)1 8001 255
Différence 545 €
Retour sur investissement 1,18

L’élevage présente de bonnes pratiques de récolte et de stockage. Les pertes au champ sont identiques avec ou sans conservateur. Les pertes de fermentation sont divisées 
par deux grâce au conservateur, ainsi que les pertes de stockage (altération de la couche 
supérieure). Même en situation maîtrisée, le coût du conservateur est amorti. 

Source :  Novonesis

 

 

Bien choisir son conservateur

« Les conservateurs disponibles sur le marché sont efficaces mais il faut bien identifier les situations et le type de conservateur à utiliser pour obtenir l’effet escompté », rappelle Mickaël Venot d’Arvalis. Pour les fourrages prairiaux, l’objectif principal est d’accélérer la phase d’acidification afin de préserver au mieux la matière sèche et sa qualité. L’acide propionique ou les bactéries homofermentaires sont généralement à privilégier. « L’acide propionique agit directement sur la baisse du pH et apporte une stabilité à l’ouverture du silo grâce à ses propriétés antifongiques, poursuit-il. Les bactéries lactiques homofermentaires contribuent également à une baisse rapide du pH. Elles limitent les pertes de fermentation, mais n’améliorent pas la stabilité aérobie. »

L’ajout d’enzymes peut améliorer l’efficacité, en particulier pour les fourrages les plus pauvres en sucres solubles, comme les ensilages de légumineuses ou de plantes insuffisamment préfanées.

« Dans le cas d’un fourrage jeune bien préfané ou d’un ensilage de graminées à un stade avancé, l’ajout de bactéries hétéro-fermentaires peut également limiter les risques d’échauffement à l’ouverture du silo et à l’auge. »

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