Comptabilité analytique : un outil de décision pour piloter votre exploitation agricole
La comptabilité analytique constitue un outil objectif de décision pour l’exploitant agricole. Éleveurs, céréaliers, maraîchers, viticulteurs, en circuit long ou court… tous y trouveront des applications pratiques pour piloter la stratégie de leur exploitation. Liste non exhaustive.
La comptabilité analytique constitue un outil objectif de décision pour l’exploitant agricole. Éleveurs, céréaliers, maraîchers, viticulteurs, en circuit long ou court… tous y trouveront des applications pratiques pour piloter la stratégie de leur exploitation. Liste non exhaustive.
On pourrait croire la comptabilité analytique réservée aux grandes entreprises. Il n’en est rien : elle est même très pertinente en agriculture, où les producteurs disposent souvent d’une marge de manœuvre limitée pour leurs prix de vente.
Selon Sandrine Thurios, consultante agricole chez Exco Fiduciaire SO à Mirande, dans le Gers, membre du groupement AgirAgri, « c’est une boussole ». La comptabilité analytique est l’enregistrement affecté et détaillé des charges et des produits afin de disséquer les ressources mobilisées pour produire.
En complément de la comptabilité « générale » qui donne une vision économique globale de l’exploitation, elle permet d’affecter les charges directes – proportionnelles (engrais, produits phytosanitaires, semences, aliments…) et de répartir les charges de structures – fixes (frais de mécanisation, main-d’œuvre, fermage, frais financiers…) par activité, parcelle ou produit. La même ventilation est réalisée sur les produits et subventions.
Affiner ses coûts de production par activité, par millésime, par parcelle, par production
Cette méthode de collecte, d’analyse et de valorisation des données comptables d’une ferme aide le chef d’exploitation à orienter ses choix stratégiques. « La comptabilité analytique objective le suivi de rentabilité par activité, par production, par millésime, permettant à l’agriculteur et au viticulteur d’arbitrer », résume l’experte. Par exemple, un céréalier qui vend au prix ferme peut calculer chaque année son coût de revient par céréale, voire par parcelle. Il peut ainsi définir son seuil minimum de commercialisation selon sa politique de rémunération (1 Smic ou 2 par exploitant) et d’investissement.
De la même façon, le producteur fermier peut fixer son prix de vente pour chacun de ses produits, non pas en fonction des prix du marché, mais en fonction de ses coûts de production, main-d’œuvre et transport compris. Il pourrait même arbitrer les circuits de distribution à privilégier quand la demande s’éparpille : vente à la ferme, Amap (1), magasin de producteurs, restaurateurs, marché de plein air… Quel est le circuit qui valorise le mieux son produit en tenant compte des frais de déplacement et du temps passé ? Le maraîcher recentrera ses productions sur les plus rentables, quitte à réduire un peu sa gamme.
Les coûts de revient et les fixations des prix de vente ne sont pas les seuls usages de la comptabilité analytique. Elle permet aussi de suivre les écarts entre les coûts prévus par un plan de développement d’entreprise dans le cadre d’une dotation nouvel et jeune agriculteur, et les coûts réels. « On peut ainsi comprendre d’où vient le manque de rentabilité, sans attendre la clôture comptable », précise Sandrine Thurios.
À l’inverse, par anticipation, c’est une façon de simuler des scenarii pour mesurer les conséquences d’une hausse des coûts, d’une baisse de rendement, de l’emploi d’un nouveau salarié, etc. La comptabilité analytique est intéressante pour évaluer l’impact d’un investissement, la faisabilité économique d’un nouveau projet, voire pour se fixer des objectifs à atteindre en termes de production ou de commercialisation.
Réalisée sur plusieurs années et mise en parallèle avec les rendements, cette approche contribue par conséquent aux choix d’assolement. « Les aléas climatiques et sanitaires étant nombreux en agriculture, mieux vaut s’appuyer sur trois ans consécutifs de comptabilité analytique pour obtenir des données fiables », recommande Sandrine Thurios.
Optimiser ses prélèvements fiscaux et sociaux par les cessions internes
Même si ce n’est pas son principal usage, la comptabilité analytique peut être mise à profit pour optimiser les prélèvements fiscaux et sociaux. Par exemple, une exploitation agricole qui vend sa production à une société de commercialisation pourra déterminer le prix de transfert optimum entre les entités juridiques. Autrement dit, quel est le prix de vente pour assurer l’autonomie financière de la structure de production tout en transférant une partie de la valeur ajoutée vers la société de commercialisation qui n’est pas soumise à la même fiscalité. En effet, l’entité de production est le plus souvent imposée aux bénéfices agricoles alors que la société de commercialisation est imposée à l’impôt sur les sociétés.
Quant au statut social, les prélèvements sont moins maîtrisables dans la structure de production, où les associés sont affiliés comme non salariés agricoles. Dans la structure de commercialisation, ils ont le plus souvent le statut de salarié, qui offre une meilleure souplesse de cotisations sociales.
Enfin, en viticulture, ce calcul précis du coût de production est précieux pour valoriser ses stocks aux différents stades de production : vendange, vinification, élevage, vieillissement, mise en bouteille, commercialisation.
Puisqu’il s’agit d’une comptabilité parallèle à la comptabilité générale, « pas besoin d’attendre la clôture de l’exercice comptable pour disposer de repères réguliers comparatifs. Le pilotage de l’exploitation est plus réactif », conclut Sandrine Thurios.
Notion clé
La comptabilité générale donne une vision économique globale de l’exploitation en diluant ce qui gagne et ce qui perd de l’argent. La comptabilité analytique, elle, identifie la rentabilité des activités ou des productions.
Distinguer la perte et le manque à gagner
La perte est la vente d’un produit en dessous de son coût de production, rémunération de l’exploitant comprise.
Par exemple, si mon prix de revient est de 120 euros la tonne et que je vends à 110 euros la tonne je fais une perte de 10 euros la tonne.
Le manque à gagner est la différence de chiffre d’affaires qui aurait été généré si le produit avait été vendu plus cher, en y intégrant les charges supplémentaires que l’exploitation aurait dû supporter si elle l’avait vendu à cet autre prix. Il s’agit d’une « perte d’opportunité » de faire plus de bénéfice en faisant une marge supérieure sur son coût de revient.
Si je vends à 150 euros la tonne, je fais un gain de 30 euros sur mon coût de production.
Je pouvais vendre à 170 euros la tonne : les 20 euros la tonne de différence ne sont pas une perte pour mon exploitation mais un manque à gagner.
Combien ça coûte ?
Des logiciels comptables proposent la fonctionnalité « comptabilité analytique », en option, pour quelques centaines d’euros, mais encore faut-il paramétrer le module en fonction de la question que se posent les exploitants. L’expert-comptable vous aidera à définir celle qui s’adapte le mieux à votre objectif et à décomposer l’arborescence du cycle de production. Par ailleurs, au sein de l’exploitation, il faut prévoir plusieurs heures de travail d’une personne de l’exploitation en mesure de ventiler précisément les charges et les produits par activité, par exemple naissances, engraissement, cultures, pâturage. Prévoir entre 700 euros et 2 000 euros.