Comment mesure-t-on la souveraineté alimentaire de la France ?
Le service statistique Agreste du ministère de l’Agriculture a présenté, lors d’un webinaire le 17 février, les indicateurs qu’il utilise pour mesurer la souveraineté alimentaire. « Être souverain, c’est maîtriser ses dépendances », soutient le ministère dans un livrable préparé pour le salon de l’agriculture 2026.
Le service statistique Agreste du ministère de l’Agriculture a présenté, lors d’un webinaire le 17 février, les indicateurs qu’il utilise pour mesurer la souveraineté alimentaire. « Être souverain, c’est maîtriser ses dépendances », soutient le ministère dans un livrable préparé pour le salon de l’agriculture 2026.
« Être souverain, c’est maîtriser ses dépendances », soutient le ministère de l’Agriculture dans un livrable préparé par son service statistique Agreste, et qui sera présenté au salon de l’agriculture 2026. De premiers chiffres ont été présentés à la presse le 17 février, ainsi que les indicateurs utilisés pour décrire la souveraineté alimentaire. Car ce concept, qui a émergé dans les années 1990, est de plus en plus utilisé depuis 2020 notamment par les États, souligne Vincent Marcus, chef du service de la statistique et de la prospective à Agreste.
La souveraineté alimentaire a même été définie par le ministère de l’Agriculture dans la loi d’orientation agricole (LOA). Une définition qui renvoie vers l’idée d’une « maîtrise » de la production et des échanges de denrées agricoles, explique Vincent Marcus. « Ce n'est pas l'idée d'autarcie, d'autonomie ou de fermeture […] C'est plutôt l'idée d'être en capacité d'agir ou de réagir, plutôt que de simplement subir », affirme-t-il.
Quels indicateurs pour mesurer la souveraineté alimentaire ?
L’un des principaux indicateurs utilisés pour mesurer la souveraineté alimentaire par le ministère de l’Agriculture est le taux d’auto-approvisionnement (TAA, production/consommation). Ce taux renvoie à la capacité théorique d’une production agricole à satisfaire la demande nationale, soit le degré d’autosuffisance. Agreste donne l’exemple du blé tendre dont le TAA était de 193 % en moyenne entre 2021 et 2023, soit une production presque égale à deux fois ce qu'on a consommé en France sur cette période.
Graphique : Taux d’auto-approvisionnement (TAA) pour une sélection de produits agricoles en France entre 2021 et 2023 (Agreste)
Cette valeur ne signifie cependant pas que la production agricole sera forcément destinée à la consommation nationale, précise Agreste. Car cette production « varie plus que la structure de consommation », indique Vincent Marcus, et les demandes des consommateurs sont multiples et variées. « Dans les légumes frais ou le fromage, il y a des produits différents, de gammes différentes, d'usages différents, d'états [de transformation, ndlr] différents », illustre-t-il. Pour le fromage par exemple, le TAA peut donc être élevé et avec un fort taux d’importation :
Graphique : Taux d’auto-approvisionnement (TAA) et taux de dépendances aux importations pour une sélection de produits agricoles en France entre 2021 et 2023 (Agreste)
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Des taux d’importations et d’exportations pour décrire la souveraineté alimentaire
Cette dépendance aux importations (importations/consommation) correspond au deuxième indicateur utilisé par Agreste pour décrire la souveraineté alimentaire. Toujours dans l’idée d’une « capacité à agir », il faut ici faire attention au « degré de concentration ou de diversification de nos sources d'approvisionnement », explique le chef du service de la statistique et de la prospective. Certains produits comme le soja ou le colza proviennent en grande partie d’un seul pays, créant donc une dépendance de la France à ce marché. Et « une dépendance vis-à-vis d'un pays européen, d'un point de vue géopolitique ou géostratégique, ça ne s'apprécie pas de la même manière qu'une dépendance vis-à-vis d'un pays tiers », affirme Vincent Marcus.
Graphique : Produits importés d'un pays représentant plus de 20 %
des importations françaises en 2024 (Agreste)
Cette même analyse peut être faite pour la capacité d’exportation (exportations/ressources), le troisième indicateur utilisé par Agreste. Une dépendance peut notamment se créer en cas si l’exportation d’un produit est concentrée sur un ou quelques pays. Ce qui peut entrainer le risque d’être « captif » de marchés étrangers, comme dans le cas de la filière cognac qui est presque totalement exportée, essentiellement aux États-Unis et sur le marché asiatique.
Graphique : Produits exportés d'un pays représentant plus de 20 %
des exportations françaises en 2024 (Agreste)
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Le solde commercial, un indicateur pertinent pour la souveraineté alimentaire ?
Un des indicateurs aussi quelques fois utilisé pour mesurer la souveraineté alimentaire est le solde agroalimentaire et son excédent agroalimentaire. Récemment à son niveau le plus bas depuis la fin des années 1970, l’excédent est en réalité soutenu par les boissons. Sans celles-ci, le solde est négatif et chute depuis 2014. Pour Vincent Marcus, l’excédent agroalimentaire est surtout un « indicateur de performance économique ou de performance macroéconomique », pas directement interprétable en termes de souveraineté.
Graphique : Évolution de l’excédent agroalimentaire français entre 1965 et 2024
Au-delà de l’alimentation, Agreste appelle aussi à réfléchir à la souveraineté agricole et aux intrants nécessaires à la production agricole. Car celle-ci peut être « dépendante des conditions de sa réalisation », souligne le chef du service de la statistique et de la prospective.
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