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Comment l’Europe compte aider l’Ukraine à exporter ses céréales ?

La Commission européenne a présenté le 12 mai un plan d’actions visant à aider l’Ukraine à exporter 20 millions de tonnes de céréales dans les trois mois qui viennent, à travers la mise en place de « corridors de solidarité ».

La commissaire européenne aux transports Adina Valean
La commissaire européenne aux transports Adina Valean a présenté le 12 mai son plan d'action pour la mise en place de corridors de solidarité pour les exportations de céréales ukrainiennes.
© EC - Service audiovisuel

Comment sécuriser des itinéraires logistiques passant par l’Europe pour permettre à l’Ukraine d’exporter dans les trois mois 20 millions de tonnes de céréales, malgré l’invasion russe ? C’est ce à quoi s’est attelée la Commission européenne en mettant en place un plan d’action proposé hier.

« 20 millions de tonnes de céréales doivent quitter l’Ukraine en moins de trois mois, en utilisant les infrastructures de transport dans l’Union européenne. Il s’agit d’un défi gigantesque. Il est donc essentiel de coordonner et d’optimiser les chaînes logistiques, de mettre en place de nouveaux itinéraires et d’éviter autant que possible les goulets d’étranglement », a expliqué à cette occasion la commissaire aux transports Adina Valean.

Aujourd’hui, malgré les efforts déployés par l’Union européenne et ses états membres pour faciliter le franchissement des frontières entre l’Ukraine et ses pays voisins, des milliers de wagons et de camions sont en attente de dédouanement du côté ukrainien, constate la Commission européenne. Le temps d’attente moyen pour les wagons est actuellement de 16 jours, et ce délai peut atteindre 30 jours à certaines frontières. De grands volumes de céréales sont encore stockées et conservées dans des silos ukrainiens.
 

Problème d’écartement des rails, manque de camions et de bateaux

Oui mais voilà des goulets d’étranglement persistent :

  • « L'Ukraine utilise un écartement des rails de 1520 mm de large (écartement large) alors que la norme de l'UE est de 1435 mm de large. Cela signifie que les wagons ukrainiens ne peuvent pas être utilisés dans la plupart des États membres de l'UE et que les marchandises doivent être transbordées à partir de wagons circulant sur la voie large à celles sur la voie standard de l'UE », peut-on lire dans la communication de la Commission européenne. Ces transbordements doivent avoir lieu sur des sites logistiques proches des points de passage frontaliers de part et d'autre de la frontière, or la capacité actuelle de transbordement est largement insuffisante et inadaptée.
     
  • Alors que les ports maritimes ukrainiens sont sous blocus russe, les ports fluviaux du Danube sont également accessibles par certains navires de mer. « Cependant, actuellement, ils ne peuvent couvrir qu'une part assez faible des besoins totaux d'exportation, et leur l'exploitation est exposée à des risques accrus de navigation dans les zones septentrionales de la mer Noire », souligne la note de Bruxelles.
     
  • Quant à la route, le transport par camions reste difficile du fait du manque de véhicules disponibles, de certaines restrictions dans le cadre régissant les droits de transport, d’autres règles entravant circulation des véhicules aux frontières, de problèmes administratifs pour la délivrance et la validité des documents ainsi que la pénurie de chauffeurs routiers en Ukraine et dans l'UE. Les temps d'attente pour les camions aux frontières dépassent souvent 12 heures, pointe la Commission européenne.

 


Plusieurs actions prioritaires à court terme

Face à ces constats, la Commission européenne propose plusieurs actions prioritaires à court terme :

  • Demande de matériel roulant, navires et camions : Bruxelles invite les acteurs du marché de l’Union européenne « à rendre disponibles d’urgence des moyens de transport supplémentaires ». Dans le détail, elle réclame : des wagons au gabarit standard de l’Union européenne (« wagons céréaliers et wagons intermodaux ainsi que conteneurs et conteneurs citernes (pour l’huile de tournesol par exemple, ndlr) sont nécessaires de toute urgence » peut-on lire dans sa note), mais aussi des péniches et caboteurs pour le transport sur le Danube, ainsi que des camions. Pour faciliter les choses, la Commission indique qu’elle mettra en place une plateforme logistique de mise en relation.
     
  • Donner la priorité aux exportations agricoles ukrainiennes en demandant aux gestionnaires des infrastructures de réserver des créneaux ferroviaires à ces exportations.
     
  • Appel aux acteurs du marché à transférer d’urgence les chargeurs de céréales mobiles vers les terminaux transfrontaliers concernés pour accélérer le transbordement.
     
  • Mise en place d’un accord de transport routier avec l’Ukraine pour supprimer les longues attentes aux frontières.
     
  • Pour encourager les transporteurs de l’Union européenne à autoriser leurs véhicules à entrer en Ukraine, la Commission étudiera également les possibilités d’offrir des garanties financières complémentaires.
     
  • La Commission invite par ailleurs les autorités nationales à faire preuve d’un maximum de flexibilité et à prévoir des effectifs suffisants pour accélérer les procédures aux points de passage frontaliers.
     
  • Seront par ailleurs évaluées les capacités d’entreposage disponibles dans l’Union européenne pour mettre en place du stockage temporaire des exportations ukrainiennes.


La Commission européenne a par ailleurs publié une série de cartes indicatives sur les interconnexions logistiques entre l’Ukraine et l’Europe.

 

Soutien aux investissements à moyen terme

Le plan d’action de la Commission européenne prévoit aussi des actions à moyen et long terme, afin notamment d’accroître les capacités d’infrastructure des nouveaux corridors d’exportation et d’établir de nouvelles connexions d’infrastructure dans le cadre de la reconstruction de l’Ukraine. Des projets pourraient ainsi être soutenus par le prochain cycle d’appels à propositions au titre du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE).

Dans sa communication, la Commission européenne rappelle qu’en temps normal, 75% de la production céréalière ukrainienne est exportée, générant environ 20% des recettes d’exportation annuelles de ce pays. Avant la guerre, 90% des exportations ukrainiennes de céréales et d’oléagineux transitaient par les ports ukrainiens de la mer Noire.

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