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Comment éviter la mort de 29 000 vaches par an ?

L’Anses vient de publier un rapport d’expertise sur les « affections dues à l’ingestion des corps étrangers par les bovins ». Ce travail a été réalisé pour répondre à la demande de l’association Robin des Bois qui a déposé une saisine en 2019. L’analyse visait à dresser un état des lieux et à étudier les moyens de lutte préventifs et curatifs. Il s'agissait notamment d'évaluer les risques de l’administration d’aimants aux animaux.

Tous les types d’élevage bovin sont concernés par l'ingestion de débris métalliques, ceux en intérieur comme ceux en extérieur, mais les vaches vivant à l’intérieur semblent plus exposées que celles broutant en extérieur.
© Sandra Roupnel (archives)

Le 25 février 2019, l’Anses a été saisie par l’association Robin des Bois d’une demande d’évaluation des risques liés à l’ingestion de corps étrangers par les bovins et au traitement préventif utilisé, consistant à administrer des aimants aux animaux. « Les vaches, en broutant l’herbe, en mangeant du foin et du maïs ensilé, avalent des déchets métalliques et des déchets de plastique. Ces ingestions provoquent des tumeurs, des infections, des maladies mortelles » alerte l’association.

Pour répondre à la saisine de l’association Robin des Bois, l'Anses a publié le 24 novembre  une expertise qui montre l’ampleur du phénomène.

Des lésions liées aux activités autour de l'exploitation

Selon le rapport de l’Anses, « la majorité des corps étrangers retrouvés dans la panse des vaches sont des fils de fer de quelques centimètres, et dans une moindre mesure des clous. Leur origine la plus probable est liée aux activités autour de l’exploitation : structures métalliques des pneus usagés, utilisés pour maintenir les bâches recouvrant le fourrage (ensilage), bouts de clôtures possiblement arrachées lors de la coupe de haies, déchets de chantiers, etc. » En revanche, ni les investigations de l'Anses, ni la bibliographie, ne mettent en évidence la responsabilité des canettes.

L’étude indique également que « tous les types d’élevage sont concernés », en intérieur comme en extérieur. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les vaches vivant à l’intérieur semblent plus exposées que celles broutant en extérieur », note Charlotte Dunoyer, cheffe de l’unité Évaluation des risques liés à la santé, à l’alimentation et au bien-être des animaux. En effet, « l’apport de fourrage depuis l’extérieur avec le recours à la mécanisation a pour effet de concentrer les morceaux de métal dans l’aliment distribué, par rapport à une situation où des animaux passent plus de temps en pâture ».

Un fléau qui tue 29 000 bovins par an

Dans les abattoirs, la viande des animaux ayant subi des lésions peut dans certains cas ne pas être commercialisée. « Environ 30 000 carcasses sont totalement ou partiellement écartées de la consommation du fait de la présence de lésions liées à l’ingestion de ces corps étrangers » rapporte l’Anses.

L’agence de sécurité sanitaire estime qu’au moins 7 à 20 % des 10 millions de bovins français sont concernés par l’ingestion de corps étrangers métalliques. Les corps étrangers et les lésions associées provoquent la mort d’environ 29 000 bovins par an dans les élevages.

La somme des données en élevage et à l’abattoir représente environ 0,6 % de l’effectif bovin français, précise l’Anses.

L’efficacité des aimants prouvée

Pour prévenir ces lésions graves, les éleveurs peuvent utiliser des aimants. Ces objets de quelques centimètres sont placés dans la panse des vaches par voie orale. Ils permettent de piéger les débris métalliques et évitent les lésions dans les organes fragiles, comme le cœur ou le diaphragme. Des études réalisées dans des élevages laitiers au Québec ont montré une diminution de moitié du risque de pathologie.

« L’efficacité de ces dispositifs est prouvée » affirme l’Anses qui assure par ailleurs que « l’aimant présente un risque extrêmement faible pour le bien-être de l’animal » et que « le risque de dissolution de l’aimant semble être négligeable ».

Les experts de l’Anses recommandent donc la « pose d’un aimant dès les premiers signes évocateurs, pour éviter le développement de troubles graves, et selon le risque d’ingestion des objets métalliques par les animaux ». La pose de l’aimant est à envisager par exemple si d’autres animaux du troupeau ont déjà rencontré des problèmes.

Pour l'Anses, l’aimant présente un risque extrêmement faible pour le bien-être de l’animal.
© Jean-Charles Gutner

 

Mesures préventives

Limiter les risques liés à l’ingestion de corps étranger passe par la prévention, rappelle l’Anses, « d’abord du risque d’ingestion puis de ses conséquences ».

Pour l’Anses, la première mesure consiste à « agir à la source ». Il faut éviter la présence de morceaux de métal dans l’environnement des vaches. L’agence conseille notamment de ne plus utiliser des pneus usagés pour bâcher les fourrages. Elle encourage également à équiper d’un électro aimant les matériels agricoles utilisés pour l’alimentation, « afin de piéger les objets ferromagnétiques ». Enfin, elle recommande une attention particulière lors de l’entretien des clôtures et des haies et dans le suivi des chantiers autour des élevages.

 

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