Sept leviers pour allier performance et durabilité en élevage de chèvres
En optimisant ses pratiques ou revoyant l’alimentation du troupeau caprin, il est possible de diminuer son impact environnemental tout en améliorant souvent la performance économique.
En optimisant ses pratiques ou revoyant l’alimentation du troupeau caprin, il est possible de diminuer son impact environnemental tout en améliorant souvent la performance économique.
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés pour atténuer l’impact environnemental. Et, bien souvent, les leviers environnementaux sont d’abord des leviers technico-économiques. « Quel que soit l’objectif d’entrée, l’enjeu reste l’impact économique positif au sein des exploitations », insiste Éric Bertrand, chargé de projet sur la durabilité des élevages caprin au sein de l’Institut de l’élevage.
Les travaux menés dans le cadre du programme Élevage caprin durable montrent que les résultats ne viennent pas d’un levier isolé, mais de leur combinaison. En mobilisant plusieurs leviers, il est possible d’atteindre 7 à 10 % de réduction des émissions à l’échelle de l’exploitation, et jusqu’à 12 à 15 % dans certains cas.
1 - Augmenter sa production laitière en optimisant sa conduite
Augmenter la production laitière du troupeau a un impact sur la réduction des gaz à effet de serre, car en faisant plus de lait par chèvre, les fermentations entériques sont diluées sur un plus grand volume de lait. Chaque litre de lait a donc une empreinte carbone réduite. « Augmenter la productivité des chèvres ne se résume pas à augmenter la quantité de concentré », modère Jean-Philippe Goron d’Adice, le conseil en élevages de l’Ardèche, de la Drôme et de l’Isère. Les gains de production passent plutôt par des fourrages de qualité, un rationnement optimisé, un suivi de la croissance des chevrettes et une vigilance sur la biosécurité et la santé des animaux. Faire des échographies pour suivre les chèvres pleines ou non et faire des lots de niveau de production laitière contribuent aussi à maîtriser au mieux l’alimentation et la production. Selon les simulations de Cap’2ER, un élevage de 280 chèvres passant de 800 à 830 litres par chèvre et par an peut espérer un gain d’EBE de 7 000 euros d’EBE et une diminution de 3 % de l’empreinte carbone liée au dénominateur qui augmente.
2 – Réduire le taux de renouvellement
La baisse du taux de renouvellement permet de réduire le nombre de chèvres à réformer et le coût d’élevage des chevrettes. La production de méthane entérique s’en trouve ainsi réduite. La libération de surface permet d’accroître la sécurité fourragère de l’exploitation. « La baisse du taux de renouvellement est possible dans les exploitations en rythme de croisière, où l’élevage des jeunes est maîtrisé et avec de bonnes conditions sanitaires qui permettent aux éleveurs de choisir leurs réformes sur des critères de production, prévient Priscillia Crouzet d’Adice. Lorsque ces conditions sont réunies, la baisse du taux de renouvellement à 25 % est envisageable et diminue notamment le coût d’élevage des chevrettes, la production de méthane entérique et permet d’améliorer la longévité du troupeau sans compromettre les performances laitières. » Les simulations de Cap’2ER montrent ainsi un gain de 2 500 euros, une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 3 % et un gain de temps de travail en passant de 100 chevrettes élevées à 85 dans un élevage de 280 chèvres.
3 - Remplacer le tourteau de soja sud-américain par du tourteau de soja européen
Le soja sud-américain fait l’objet de nombreuses controverses : déforestation, OGM, monoculture, glyphosate… Le remplacer par du soja européen permet d’améliorer significativement le niveau d’émission de l’élevage caprin, de l’ordre de 83 tonnes d’équivalent CO2 en moins, soit 5 %, pour un élevage de 280 chèvres achetant 20 tonnes de soja par an. Par contre, le soja européen étant produit à plus petite échelle, dans des conditions plus réglementées et avec des charges plus lourdes, le prix est souvent plus élevé. Dans notre exemple, un surcoût de 80 euros la tonne entraîne une réduction de 1 640 euros d’EBE. « Mais les tourteaux de soja locaux sont souvent plus riches en énergie et matière grasse que ceux de l’import, tempère Jean-Philippe Goron d’Adice. L’impact sur la production laitière est souvent bien réel. L’utilisation des tourteaux français renforce aussi la traçabilité, l’image, la souveraineté alimentaire et le partage de valeurs entre nos territoires et filières. »
4 – Optimiser les quantités de concentrés
En adaptant la complémentation aux besoins des chèvres, on limite le gaspillage et on réduit les achats de concentrés. « Ajuster les rations tout au long de la lactation, en fonction du niveau de production laitière et de la qualité des fourrages, permet de réaliser des économies significatives de concentrés, confirme Mathilde Chazalet d’Adice. Il faut aussi contrôler régulièrement des quantités de concentrés réellement distribuées et réajuster les distributions lors de chaque mouvement d’inventaire. Constituer des lots de production permet d’éviter une complémentation excessive pour les chèvres les moins productives. » En suivant ces conseils, on peut espérer économiser 50 g de concentrés par litre, soit 11 tonnes à l’année et 3 800 euros pour notre élevage de 280 chèvres. Dans le même temps, l’empreinte carbone diminue de 2 %.
5 - Mettre les chèvres au pâturage pendant trois mois au printemps
90 jours de pâture diminuent les émissions de GES liés à des achats d’aliments, à la production de foin et aux émissions liées à la présence des chèvres en chèvrerie. Un troupeau de 400 chèvres mettant en place un pâturage de la mi-mars à la mi-juin peut espérer limiter ses émissions de 2 %, tout en gagnant 2 600 euros. Mais ce levier nécessite d’avoir un parcellaire proche suffisant et ajoute une astreinte supplémentaire. « La sortie des chèvres au printemps demande de la préparation », prévient Anne-Laure Lemaitre de la chambre d’agriculture de Charente-Maritime Deux-Sèvres en listant les clôtures ou la prévision du calendrier de pâturage en s’inspirant des bulletins de pousse de l’herbe.
6 – Reformer les chèvres les moins productives
Une meilleure gestion du troupeau peut permettre d’augmenter la production par chèvre d’une cinquantaine de litres et produire, finalement, autant de lait avec un effectif plus réduit. « Bien souvent, en réformant quelques chèvres les moins productives, le bâtiment garde le même volume de production », observe Vincent Lictevout de l’Institut de l’élevage. Pour le troupeau, c’est aussi moins de concurrence à l’auge et, pour l’éleveur, c’est une meilleure attention apportée aux animaux.
7 – Supprimer la luzerne déshydratée
« La luzerne déshydratée est un aliment intéressant pour sécuriser son système fourrager », apprécie Rémi Couvet d’Eilyps, le conseil élevage d’Ille-et-Vilaine et Deux-Sèvres, qui vante ses valeurs alimentaires et sa souplesse d’utilisation. Mais son coût et son bilan carbone élevé peuvent inciter à s’en passer dans la ration. Dans une simulation Cap’2ER, un élevage de 350 chèvres remplaçant 74 kilos de luzerne déshydratée par an par du foin peut espérer diminuer de 5 % les émissions de GES sur l’exploitation tout en augmentant l’EBE de 10 000 euros. Produire et distribuer le foin à la place de la luzerne déshydratée demande aussi un temps de travail supplémentaire.
Neuf fiches pour des élevages caprins durables
Le réseau Inosys réseau d’élevage a mis en ligne neuf fiches qui présentent en deux pages les impacts d’un changement de pratique, bon pour l’environnement et souvent bon pour le portefeuille. Les simulations chiffrées sont appuyées de conseils de techniciens et de liens vers les documents de référence.