Le lavage des bronches pour chercher les pathogènes respiratoires des chevrettes
Le projet Pulmoscope a permis de valider la méthode de lavage broncho-alvéolaire chez la chevrette. Moins aisé à mettre en œuvre que les écouvillons nasaux, cette technique aide les vétérinaires à prendre les bonnes décisions thérapeutiques.
Le projet Pulmoscope a permis de valider la méthode de lavage broncho-alvéolaire chez la chevrette. Moins aisé à mettre en œuvre que les écouvillons nasaux, cette technique aide les vétérinaires à prendre les bonnes décisions thérapeutiques.
« Les pathologies respiratoires sont relativement fréquentes chez la chevrette », expliquait Michaël Treilles, directeur de la recherche et développement au laboratoire Qualyse, en introduction d’un webinaire sur la santé des caprins. Selon les vétérinaires du Groupement technique vétérinaire des Deux-Sèvres (GTV 79), un élevage sur deux est touché et une chevrette sur trois développe des symptômes respiratoires. Cette fréquence, conjuguée à une utilisation des antibiotiques parfois jugée systématique, a poussé les acteurs de terrain à chercher des outils permettant des réponses plus précoces. Le projet Pulmoscope, porté par l’association Arpant dans le cadre du plan ÉcoAntibio, est né de cette préoccupation.
Entre début 2023 et juin 2025, quatre cliniques vétérinaires des Deux-Sèvres ont collaboré avec le GTV 79 et le laboratoire Qualyse pour investiguer quarante-trois élevages caprins, dont trente-trois symptomatiques et dix totalement indemnes de troubles respiratoires. L’objectif était de mieux comprendre quelles bactéries, quels mycoplasmes ou quels virus étaient réellement en cause, et surtout comparer la pertinence de deux techniques de prélèvement, le lavage broncho-alvéolaire et l’écouvillon nasal.
Lavage des bronches des chevrettes
« L’idée était d’améliorer la prise en charge thérapeutique en ayant des diagnostics un peu plus précoces », explique Michaël Treilles. Pour cela, il fallait notamment tester le lavage broncho-alvéolaire, une technique encore peu utilisée en caprin. Elle consiste à injecter un liquide inoffensif dans les poumons puis de le récupérer à l’aide d’une sonde. La manipulation par les vétérinaires peut être délicate mais « plus on a l’habitude et meilleure est la contention », souligne-t-il. La chevrette doit notamment avoir sa tête en hyperextension de façon à aligner cavité nasale et trachée. La sonde est introduite par le nez et du sérum physiologique est injecté. « Les vétérinaires ont injecté entre 30 et 240 ml », explique Michaël Treilles. Ensuite, entre 3 et 28 ml de liquide mousseux ont été réaspirés.
Utiliser les bons antibiotiques
Une fois au laboratoire Qualyse, les prélèvements ont été analysés par culture bactérienne, culture mycoplasmes, PCR ciblée et séquençage ADN. Les résultats ont été comparés à ceux obtenus avec des écouvillons nasaux profonds qui présentent le défaut d’être facilement contaminé et ainsi de ne pas être représentatifs des bactéries présentes chez le sujet. Si le lavage des bronches est plus long et plus coûteux qu’un écouvillon (3 à 5 euros HT de matériel contre 0,60 à 1,40 euro par animal), il informe sur les agents pathogènes réellement présents dans les voies profondes et à l’origine des symptômes. Les lavages broncho-alvéolaires permettent aussi la réalisation d’antibiogrammes pour évaluer la sensibilité d’une bactérie pathogène aux antibiotiques.
Les vétérinaires ayant participé au projet semblent globalement convaincus. « Le lavage broncho-alvéolaire n’a pas été si facile, mais ils vont probablement l’inclure en routine en cas de besoin », résume Michaël Treilles qui voit dans cette étude un premier socle pour améliorer une prise en charge encore jugée perfectible par les praticiens.