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« Je fais pâturer mes chèvres depuis trois ans mais je dois m’habituer à la fluctuation du lait dans le tank »

Marjorie Pallais a progressivement sorti ses 220 chèvres au pâturage. Elle s’est construit des références de pousse de l’herbe, de production et de suivi du parasitisme avec l’aide du conseil élevage.

« Pour tenter de m’adapter au changement climatique, j’ai fait le choix il y a trois ans d’augmenter la part de surface fourragère dans mon assolement », explique Marjorie Pallais, éleveuse de 220 chèvres saanen sur 50 hectares dans la Drôme. L’augmentation de la surface pâturée s’est faite au détriment de cultures de vente, du sorgho grain notamment. Sa réflexion a notamment débuté à la suite de la pression grandissante des attentes sociétales. « Je voulais essayer le pâturage afin d’anticiper et d’être prête dans le cas où il deviendrait obligatoire », explique l’éleveuse qui livre son lait à la Fromagerie alpine. La faible rentabilité des céréales en sec ou les contraintes de plus en plus forte de l’irrigation du maïs grain la poussent aussi à réduire les cultures.

Grand parc clos et fil avant

<em class="placeholder">Plan du parcellaire dédié au pâturage</em>

Grâce à un parcellaire regroupé autour du bâtiment, elle a pu commencer à faire pâturer son troupeau en 2022. Deux grandes parcelles autour du bâtiment ont été redécoupées en sept afin de réaliser des paddocks d’environ un hectare dédiés au pâturage. Ces parcelles de sainfoin ont été sursemées avec du trèfle, du ray-grass et de la luzerne en 2023.

L’aide financière contre la prédation du loup a permis à Marjorie de faire des parcs fixes et de commencer le pâturage dans de bonnes conditions : « Sans cette aide, j’aurai pris des filets amovibles et je me serais usée à la tâche, j’aurais sûrement arrêté au bout d’un an. Là, je peux sous-diviser les grandes parcelles au cours de la saison de pâturage. Je préfère un grand parc et un fil avant-fil arrière pour m’adapter à la pousse de l’herbe ».

Une année pluvieuse

Marjorie a découvert le pâturage des chèvres pas à pas. Les chevrettes ont commencé à sortir en 2021 pour qu’elles apprennent à pâturer. En 2022, le lot des primipares et des plus jeunes multipares est sorti au pâturage en plus des chevrettes de l’année. Ces étapes lui ont permis d’ajuster la ration. Enfin, en 2023, tout le troupeau est sorti au pâturage. Pour faire le point deux ans après l’adoption du pâturage, un suivi de la pousse de l’herbe ainsi que du parasitisme a été réalisé par Adice, le conseil élevage de l’Ardèche, de la Drôme et de l’Isère.

Des mesures de hauteur d’herbe ont été effectuées une fois par semaine de mi-avril à mi-juin sur les six parcelles utilisées pour le pâturage des chèvres. L’objectif de l’éleveuse est de faire rentrer les chèvres à la pâture lorsque la hauteur d’herbe est de 12 centimètres. Les conditions météorologiques du printemps 2024 (pluvieux) n’ont pas permis de respecter cet objectif car la pousse de l’herbe était trop importante. Pour pallier ce problème, Marjorie a décidé d’éliminer une parcelle de la rotation pâturage en la fauchant. Elle a également fait avancer les chèvres au fil avant. Lorsqu’il y avait des refus, elle a passé la faucheuse ou le broyeur afin que la pousse soit uniforme.

Copros rassurantes

Un suivi régulier du parasitisme s’est avéré primordial, d’autant que, chez Marjorie, les chèvres reviennent régulièrement sur les mêmes parcelles, et ce, pendant toute la saison de pâturage. Des coproscopies ont été réalisées avant la sortie au pâturage puis en avril, en mai et en juin.

Les quatre mêmes chèvres étaient prélevées à chaque fois pour chaque sous-groupe (primipare/multipare, lot 1 et 2). Les analyses des strongles gastro-intestinaux ont montré des résultats relativement bas (de 0 à 400 œufs par gramme) en comparaison aux seuils utilisés pour déterminer si un traitement est nécessaire. En cas d’infestation importante, il sera intéressant de faire une coproculture pour déterminer le type de strongles car certains, comme Haemonchus, ont un fort pouvoir pathogène.

Un travail moins physique

L’adoption du pâturage a entraîné des changements dans la gestion du troupeau, à commencer par le choix des mères à chevrettes : « Je regarde davantage la morphologie lors de ma sélection des mères à chevrettes maintenant. Il faut que les chèvres aient de bons aplombs et des facilités à se déplacer même si le parcellaire est proche de la chèvrerie. »

Marjorie l’avoue : « Le pâturage me prend plus de temps mais ce n’est pas la même répartition ». Elle ne distribue qu’un repas de fourrage au lieu de deux ce qui lui fait gagner 20 minutes de distribution de foin. Cependant, il faut 30 minutes pour sortir et rentrer les chèvres, voir plus s’il faut déplacer les abreuvoirs. « Je perds un peu de temps par rapport à quand elles sont au bâtiment mais c’est un travail moins physique. » En réduisant la consommation de foin de luzerne de 5 à 6 tonnes par an, c’est par ailleurs moins de travail pour la fauche, la récolte, le stockage et la manutention.

Si c’était à refaire…

L’inconvénient principal du pâturage concerne la gestion de l’embroussaillement qui nécessite deux demi-journées de travail toutes les trois semaines au printemps. Si c’était à refaire, l’éleveuse aurait mis le dernier fil de la clôture plus haut pour faciliter le débroussaillage et elle aurait opté pour des fils uniquement et aucun filet. Elle aurait également souhaité que les chèvres aient un accès direct aux parcelles sans devoir passer par la cour où passent les voitures ou le camion de la laiterie.

Une production laitière qui fluctue en fonction du pâturage

<em class="placeholder">Production laitière sur la saison de pâturage</em>

Le suivi de la production laitière permet d’observer que la quantité de lait produite diminue lorsque les chèvres n’ont pas pu sortir au pâturage à cause de la pluie. Sur les mois de mars, avril et mai, les chèvres sont sorties au pâturage de 19 à 25 jours par mois. Le temps moyen de pâturage a varié de 5,1 à 6,2 heures par jour. Un lot de 80 chèvres avait accès à deux parcelles d’environ un hectare et un lot de 140 chèvres avait accès à quatre parcelles d’environ un hectare. Plusieurs méthodes de pâturage ont été appliquées : fil avant, pâturage continu sur une parcelle, topping et fil avant-fil arrière en fonction de l’avancée dans les parcelles et de la pousse de l’herbe.

Une ration plus économe

La ration des chèvres a une base identique au cours de l’année : maïs, tourteau de soja, minéraux, foin de luzerne et foin de prairie. À cela s’ajoute le pâturage à partir du mois de mars. Le coût alimentaire de la ration est plus bas de 27 % lorsque les chèvres sortent au pâturage (0,51 euro par chèvre et par jour) par rapport à la période où elles sont en bâtiment (0,70 euro). En analysant les résultats mois par mois, on observe que les mois avec le coût alimentaire le plus bas sont les mois avec pâturage. La différence est moins évidente sur la marge alimentaire car le prix du lait baisse significativement entre janvier (957 euros les 1 000 litres) et mai (719 euros les 1 000 litres). Cependant, avec le pâturage, Marjorie a économisé pour le troupeau 770 euros en mars, 988 euros en avril et 991 euros en mai.

Rédaction Réussir

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