Des pépinières de chevrettes pour lancer les élevages de chèvres locales
Les associations de race tentent d’élever de jeunes caprins pour aider à la création de troupeau. Tour des France des pépinières de boucs ou de chevrettes des races de pays.
Les associations de race tentent d’élever de jeunes caprins pour aider à la création de troupeau. Tour des France des pépinières de boucs ou de chevrettes des races de pays.
Il n’est pas toujours évident de se créer un troupeau quand on veut se lancer dans l’élevage de chèvres. Ce qui est vrai pour l’alpine et la saanen l’est encore plus pour les races de chèvres à petits effectifs. Pour faciliter l’installation de nouveaux éleveurs, les associations de races cherchent à mettre en place des pépinières de chevrettes ou de boucs où les nouveaux venus pourront trouver suffisamment d’animaux en une fois.
La chèvre des Savoie au lycée de Poisy
Depuis quinze ans, la pépinière de la chèvre des Savoie sert le développement de la race. L’association de sauvegarde dispose d’une capacité importante pour une race locale comptant 1 200 animaux répartis dans 67 élevages. « Nous avons 70 places dans le lycée agricole de Poisy, en Haute-Savoie, détaille Émilie Germain, l’animatrice de l’association. Achetées à 4,50 euros du kilo vif à trois semaines, les chevrettes sont revendues 200 euros la tête vers l’âge de trois mois et demi, une fois sevrées et vaccinées contre la pasteurellose ».
Après plusieurs années de forte activité, la pépinière a connu un ralentissement de la demande l’an dernier. « Nous ne mettons les chèvres en pépinières que si nous sommes sûrs de les vendre. Or, pour la première fois depuis longtemps, les chèvres disponibles n’ont pas toutes été réservées par des acheteurs », regrette Amélie Bouchet, éleveuse de 70 chèvres en Haute-Savoie et coprésidente de l’association. Heureusement, les réservations sont reparties en 2026 et les petites recettes générées par la vente des chevrettes aident l’association à financer une partie de ses actions.
Une pépinière à domicile pour la chèvre du Massif central
L’association de la chèvre du Massif central a lancé l’an dernier l’idée d’une pépinière de boucs et a rencontré pendant un an tous les lycées agricoles du secteur. « On est partis de l’Ardèche et de la Haute-Loire, le berceau de la race, puis on a élargi progressivement mais aucun lycée ne nous a répondu positivement », regrette Julien Carré, éleveur bio du cantal et coprésident de l’association. Qu’à cela ne tienne, l’élevage des jeunes boucs se fera chez les éleveurs.
Pour identifier les meilleures lignées, l’association sélectionne les mères à bouc en fonction des résultats de contrôles laitiers, des pesées des cabris (150 par an) et des notes d’originalité. Les bouquillons sont ensuite élevés dans leur exploitation de naissance avant d’être proposés aux éleveurs lors de la fête de la chèvre de Saint-Front, en Haute-Loire, organisée chaque année autour du 14 juillet. Même si le projet n’en est qu’à ses débuts, la demande est déjà au rendez-vous. « On en a élevé six en 2025, mais on va essayer d’augmenter un peu tous les ans. »
En Lorraine, une pépinière pendant quatre ans
La pépinière de la chèvre Lorraine a fonctionné entre 2017 et 2021 grâce à un partenariat avec un éleveur. Les chevreaux étaient achetés environ 40 euros aux éleveurs adhérents vers l’âge de quinze jours puis élevés avant d’être revendus entre 140 et 180 euros à l’âge de sept mois. Si l’initiative répondait à un réel besoin de diffusion génétique, la pépinière a dû cesser son activité quand l’éleveur a trouvé un autre emploi. « On aimerait bien relancer le dispositif », indique Alexia Rousson, éleveuse fromagère d’une trentaine de chèvres dans les Vosges, consciente toutefois qu’il faudra trouver un modèle plus durable et mobiliser davantage d’éleveurs autour du projet.
Essai avorté pour la chèvre cou clair du Berry
Pour la chèvre cou clair du Berry, population non encore reconnue comme race, la pépinière de bouc a fonctionné deux ans avant de cesser l’an dernier. C’était pourtant un outil important pour diffuser des reproducteurs de qualité au sein d’un effectif encore limité de 700 animaux enregistrés. Les boucs étaient achetés par l’association chez des éleveurs au contrôle laitier autour de 15 euros à huit jours, testés sur cinq maladies, élevé par les éleveurs naisseurs puis revendus autour 90 euros après sevrage. L’association a dû arrêter faute de moyens et car elle retrouvait toujours un peu les mêmes élevages.
En chèvre des fossés, un virage vers la pépinière des mâles
« On vient de vendre la dernière chevrette de la pépinière ! », s’exclame Yann Varin, éleveur amateur de chèvres des fossés dans la Manche. Durant une décennie, l’association de race achetait une vingtaine de chevrettes de six mois chaque année, au prix de 150 euros, les élevait sur un terrain du Parc naturel régional d’Armorique puis les revendait à 18 mois à 220 euros. Si, au début, les chevrettes venaient de tout horizon, le mélange des microbes et les problèmes sanitaires associés ont mis fin à cette pratique et la pépinière ne fonctionnait plus, à la fin, qu’avec un ou deux fournisseurs. Mais le manque de rentabilité a eu raison de cette pépinière de chevrettes. « Nous nous sommes réorientés vers une pépinière de mâle et neuf chevreaux sont rentrés en pépinière en septembre dernier », détaille Mathias Clémence, éleveur bio d’une quarantaine de chèvres.
Mathias Chebrou, éleveur dans les Deux-Sèvres : « Je crée une pépinière de races locales »
« J’ai lancé une pépinière parce que je voyais qu’il y avait un vrai besoin pour les races locales. Aujourd’hui, je vais chercher des chevrettes et des boucs sélectionnés un peu partout en France et je travaille avec un protocole sanitaire rigoureux comprenant notamment une mise en quarantaine, des pesées régulières et une vaccination contre la fièvre Q. Les animaux sont achetés 50 euros à huit jours puis je les revends 300 euros à quatre mois. Je fonctionne essentiellement sur réservation avec 30 % d’acompte. J’ai eu un maximum de 200 chevrettes, issues d’une dizaine d’élevages de toute la France. Je l’ai beaucoup fait pour les chèvres de race poitevine mais je cherche maintenant à étendre ce service à d’autres races. Je reste dans une logique de service aux éleveurs en n’achetant que des animaux avec une fiche de filiation complète et issue de troupeaux à jour de son inventaire. Les acheteurs limitent ainsi les mauvaises surprises lors de la constitution de troupeau. J’ai hélas dû déconvertir ma ferme biologique en éco construction car la poudre de lait bio était trop chère. »