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Bâcher les fumiers limite les pertes de potassium

Couvrir les fumiers stockés au champ avec des bâches type géotextile réduirait les pertes de potassium d’un facteur 3 à 4 par rapport à des fumiers non bâchés, selon une étude belge.

<em class="placeholder">tas de fumier bâché avec une toile type géotextile</em>
Les fumiers ont été couverts avec des toiles en polypropylène, type géotextile.
© FM – S. Leriche

L’association wallonne Fourrages Mieux a mené une étude comparant les pertes d’éléments fertilisants entre des fumiers non couverts et des fumiers bâchés. L’essai a porté sur douze tas de fumier, entre mai 2023 et août 2025.

Les fumiers ont été couverts avec des toiles en polypropylène, type géotextile. En effet, « les bâches plastiques hermétiques type silo sont déconseillées pour couvrir les fumiers humides, elles favorisent les fermentations anaérobies méthanogènes et altèrent la qualité du fumier, indiquent Antoine Stifkens et Simon Leriche, les auteurs de l’étude. De plus, les bâches en polypropylène étant perméables à l’air et relativement lourdes une fois humides, elles ne prennent pas le vent, il est donc inutile d’utiliser des sacs de sable pour les lester. »

Après huit mois de pluie, un tas de fumier non bâché perd environ 40 % de son potassium

Les pertes ont été calculées pour différents éléments fertilisants. Toutefois, seules les pertes de potassium montrent une différence statistique significative entre le fumier couvert et non couvert. Après un stockage de 144 jours sous 361 mm de pluie, la couverture permettrait de réduire les pertes de potassium de 23 % à 6 %. En outre, plus le tas est lessivé par la pluie, plus les pertes sont importantes. « Après huit mois de pluie (~ 630 l/m²), un tas non bâché perd environ 40 % de son potassium », expliquent les auteurs de l’étude.

La couverture du fumier est rentable dès deux ou cinq mois, selon les situations

« Le potassium est un élément clé pour la productivité des prairies, dont les besoins sont élevés, rappellent Antoine Stifkens et Simon Leriche. Il stimule la croissance des légumineuses, favorise un enracinement dense, améliore la tolérance au piétinement, renforce la résistance à la sécheresse et réduit la sensibilité aux maladies fongiques. » Ainsi, limiter les pertes de potassium durant le stockage s’avère intéressant.

Les auteurs de l’étude estiment le coût du bâchage à 1,21 euro par tonne de fumier frais, en comptant la main-d’œuvre. Avec les cours des engrais de mai 2026 (0,71 €/ unité K₂O pour le chlorure de potassium, et 1,55 €/unité K₂O pour le sulfate de potassium), les auteurs estimaient le bâchage rentable dès deux mois de stockage en agriculture biologique (où le sulfate de potassium est plus utilisé) et dès cinq mois en agriculture conventionnelle (où le chlorure de potassium est plus courant).

Limiter la dépendance géopolitique aux engrais

« Plus le coût des fertilisants augmente, plus l’intérêt économique du bâchage s’accroît, ajoutent-ils. De plus, la potasse est une ressource limitée et concentrée dans certaines régions du monde. Cette situation crée une dépendance géopolitique pour les pays importateurs comme l’Europe. Les tensions géopolitiques et les restrictions commerciales peuvent influencer la disponibilité et le prix de cette ressource stratégique en Europe. Dans ce contexte, préserver le potassium contenu dans les fumiers devient un levier de la souveraineté agricole et alimentaire. »

Le bilan environnemental du bâchage des fumiers reste également positif, l’impact de l’utilisation des bâches étant largement compensé par les émissions de gaz à effet de serre évitées par la non-extraction de potassium.

Le bâchage favorise le compostage du fumier

« Sous la bâche, le fumier a mûri de manière plus homogène, observent Antoine Stifkens et Simon Leriche, les auteurs de l’étude de Fourrages Mieux. La bâche respirante crée un environnement propice au compostage : meilleure aération, montée en température et absence de tassement dû aux pluies. Le fumier devient plus stable, plus homogène, plus friable. Cette texture facilite un épandage régulier et limite la formation de blocs compacts susceptibles de dégrader le couvert prairial ou d’être repris lors de la récolte suivante. »

À retenir

Sur les différents fumiers analysés, la composition en éléments fertilisants était très variée. Cela montre l’importance d’analyser ses fumiers, afin de mieux connaître la valeur fertilisante de ce qui est épandu et d’ajuster les apports.

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