Aller au contenu principal

Affaire du coq Ricco : une histoire de trouble de voisinage sur fond de conflit néo-rural

L’affaire du coq Ricco a été tranchée le 4 juillet. Le tribunal a condamné la plaignante à 3500 € d’amende, soulignant que « Cocorico » est un son qui fait partie du patrimoine commun de la nation. 

Coq dans une basse-cour.
Le tribunal devait trancher sur l’anormalité du cocorico, dans son contexte : rural ou urbain ?
© Normandia

 

L’affaire du coq, appartenant à des particuliers à Nivolas-Vermelle (Isère), a été tranchée* le 4 juillet. Le tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu a condamné à 3 500 € d’amende l’habitante qui se plaignait du bruit causé par le coq de la basse-cour de ses voisins. 

Le chant du coq est-il un trouble anormal de voisinage ?

Les deux parties voulaient faire de cette affaire un conflit entre ruraux bien implantés et néo-ruraux. Le tribunal devait trancher sur l’anormalité du cocorico, dans son contexte : rural ou urbain ? La plaignante considérait que son habitation se trouvait en zone urbaine compte tenu de la promiscuité des logements. Les défenseurs, qu’au contraire, ayant réaménagé une ancienne grange en logement et qu’une ferme étant encore en activité à proximité, ils se trouvaient en milieu rural, zone où les désagréments d’un poulailler n’ont rien d’anormaux.

En fait, ils se trouvaient dans une « zone naturelle à vocation d’habitat urbanisable », selon le PLU. Le tribunal a considéré que peu importe la classification urbanistique, les photographies et témoignages démontraient qu’il s’agissait d’une zone « agricole et rurale ». 

Conclusion : non seulement le cocorico n’est pas un trouble anormal de voisinage à la campagne, mais en plus, c’est « un son inhérent au monde rural qui fait partie du patrimoine commun de la nation » conformément à l’article L110-1 du code de l’environnement.

Lire aussi : Trouble anormal du voisinage : le Finistère a mis en place une charte d’installation en milieu rural 

 

Quatre voisins ronchons ne suffisent pas à caractériser un trouble anormal de voisinage pour le chant du coq

De plus, le tribunal a bien fait remarquer dans cette affaire, que quatre voisins sensibles ne suffisent pas à caractériser un trouble anormal. Il a tenu compte de l’avis des autres voisins : « Le chant intermittent du coq Ricco n’est donc en l’espèce qu’une gêne ressentie par quelques résidents et ne constitue pas pour les autres résidents un bruit excédant les inconvénients normaux de voisinage ». 

Relire : Trouble anormal de voisinage : la modification du Code civil en faveur des agriculteurs est adoptée

 

Le poulailler existait depuis 10 ans, avant l’installation de la plaignante

Or le poulailler existait depuis 10 ans et le coq Ricco régnait sur cette base cour depuis 2019. Puisque les volailles étaient présentes sur les lieux avant que la plaignante ne s’installe dans son habitation en 2022. Trouble anormal ou pas, elle savait à quoi s’en tenir. 

En effet, en application de l’article 1253 du code civil et de l’article L311-1-1 du code rural et de la pêche maritime, même si le trouble de voisinage est anormal, s’il résulte d’une activité déjà préexistante à l’installation de la personne victime, la responsabilité de son auteur ne peut pas être engagée. Une seule exception à ce principe est admise : l’aggravation du trouble qu’il conviendrait de démontrer. 

Malgré cette victoire, Ricco ne chantera plus à l’aube, il a perdu son dernier combat, contre un renard.

Lire aussi : Déclarer les dégâts des petits prédateurs

 

*Jugement du tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu du 4 juillet 2025, n° minute 25/416 n° RG 24/919

Les plus lus

  Moisson dans l’Indre de nuit le 7 juillet 2022
« Un agriculteur contraint d’avancer ses travaux en pleine nuit pour échapper à la canicule ne devrait pas se retrouver exposé à un contentieux de voisinage »

Le 26 mars, les députés ont adopté à l’unanimité une proposition de loi du député démocrate Hubert Ott qui vise à sécuriser…

Bovin de profil présentant des nodules sur la peau, signe clinique de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC).
Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : deux nouveaux foyers détectés en Sardaigne

Deux foyers supplémentaires de dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) ont été détectés le 14 et le 15 avril en…

Agriculteur dans son tracteur notant dans son carnet les traitements phyto réalisés.
Pesticides : le Conseil d’Etat refuse de donner l’accès aux registres d’épandage demandés par Générations futures en Nouvelle-Aquitaine

Le Conseil d’Etat vient de casser la décision du tribunal administratif de Bordeaux du 1er juillet qui imposait au…

Les drapeaux européens devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles.
PAC 2028-2034 : vers la fin de « l’exception agricole » dans le budget européen ?

Auditionné le 7 avril au Sénat, Agriculture Stratégies a présenté une note datant du 23 février sur la PAC 2028-2034, et en…

Femelle Ours, capture photo en Ariège
Ours : au moins 108 individus dans les Pyrénées, une population en croissance selon l’OFB

L’OFB a dénombré au moins 108 ours bruns dans les Pyrénées en 2025. Le nombre d’individus est toujours en croissance sur le…

 Congrès de la FNSEA à Caen le 2 avril 2026.
Congrès de la FNSEA : Annie Genevard arrive sans mesures sur le GNR et demande aux agriculteurs « de ne pas sortir tout de suite les fourches »

Attendue de pied ferme, au 80e congrès de la FNSEA à Caen, sur le sujet du prix du GNR dont l’envolée touche…

Publicité