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[Changement climatique] L’autonomie fourragère mise à mal en Normandie

Les hausses des températures et de l’ETP et les modifications de la répartition des pluies et des périodes de gel constatées dans l’Orne perturbent la production de maïs et d’herbe. Des solutions existent, mais il va falloir s’adapter.

La saisonnalité de la production de l’herbe va fortement changer avec beaucoup moins d’herbe en été et plus d’herbe à l’automne et éventuellement en sortie d’hiver.
© F. Mechekour

« Le climat de plus en plus aléatoire impacte les cultures fourragères. Les systèmes sont de plus en plus tendus en termes d’autonomie fourragère », a expliqué Émilie Turmeau, lors de l’assemblée générale d'Elvup, l’entreprise de conseil en élevage de l’Orne le 25 juin dernier. La référente pâturage d’Elvup se base sur les résultats d’une enquête réalisée dans 80 élevages représentatifs de la ferme ornaise.

Dans ces élevages, les rendements moyens atteignent à peine 13 t de MS/ha pour l’ensilage de maïs et moins de 7 t de MS/ha pour les prairies. « Ces rendements sont nettement inférieurs aux rendements potentiels attendus. Aujourd’hui, ces rendements pénalisent vraiment l’intérêt des prairies. » La forte variabilité des rendements au sein d’un même secteur géographique (bocage, plaine…) montre que la perte d’autonomie résulte de la combinaison de problèmes de techniques culturales et de l’impact négatif des aléas climatiques. Il y a par conséquent des marges de progrès possibles.

Des changements favorables au maïs et la luzerne

Dans son intervention, Xavier Goutte, de la Chambre d’agriculture, a dressé un constat plutôt alarmant. Selon les données météorologiques, en 2020, nous sommes déjà dans les prévisions hautes du réchauffement climatique.  A cela s’ajoute des incertitudes sur la répartition annuelle des pluies et des périodes de gel (plus tardives voire inexistantes).

 « La révolution en cours, c’est le boom considérable de l’évapotranspiration potentielle (ETP). La quantité d’eau évaporée va doubler durant les six mois de la période estivale en soixante ans. » Il faudra semer plus tôt le maïs avant que l’ETP assèche les sols dès le mois d’avril. Le choix des variétés devra donc évoluer. « Nous allons aller vers du maïs denté.» Globalement, le changement climatique « fait exploser le potentiel du maïs dans notre département lors des années favorables et sur les terres les plus favorables », a poursuivi Xavier Goutte. La luzerne sera également certainement la grande gagnante du changement climatique.

Arrivée probable de la sésamie en 2025

L'agronome propose d'explorer une autre piste pour améliorer l'autonomie fourragère. « Les moissons d’orge et de blé seront de plus en plus précoces. Cela laisse la porte ouverte à un espace-temps qui est de début juillet-mi juillet à l’entrée de l’automne pour faire pousser des RGI, qui peuvent s’en sortir certaines années et surtout par exemple des trèfles incarnat et d’Alexandrie qui peuvent faire 4 t de MS/ha s’ils sont semés début juillet. »

 Les ravageurs vont également jouer les troubles fête. « La pyrale se généralise dans notre département et une autre plaie va arriver : la sésamie a fait son entrée dans le sud de la Mayenne et de la Sarthe. » Elle pourrait faire son apparition dans le sud de l’Orne en 2025.

Lire aussi :  Dossier, S'adapter au dérèglement climatique

Lire aussi : Quand l’offre climatique influence l’offre fourragère

 

 

 

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