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Chronique météo
Canicule en Amérique du Sud : des pertes considérables pour l'agriculture

Des températures comprises entre 40 et 45°C ont été relevées pendant une semaine en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Un phénomène caniculaire qui a fortement touché les productions de maïs et de soja. Les explications de Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK.

Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK.
Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK.
© ITK

Alors que la saison culturale bat son plein dans l’hémisphère sud, des températures comprises entre 40 et 45°C ont été relevées pendant une semaine en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Cet évènement caniculaire intervient après une fin décembre particulièrement chaude et durant la phase phénologique de floraison du maïs précoce et du soja (une phase sensible au hautes températures). 9% du PIB argentin est basé sur les revenus de l’agriculture (maïs, soja, viande notamment). Un tiers de la production de maïs argentin pourrait être affecté. Certaines localités ont déjà perdu 70% de leur production de soja. Par ailleurs, 400 000 poulets sont morts en Uruguay (10 à 12% de la production nationale) en 3 jours.

Records météo historiques

Le nord de l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay sont habitués aux étés chauds : on y relève régulièrement plus de 35°C  de novembre à février. Par conséquent, l’agriculture locale est préparée à ce type d’évènements. Cette année, la saison chaude est cependant particulièrement marquée :

  • En termes d’intensité : de nombreux records de chaleurs absolus ont été battus, dont le record absolu national d’Uruguay avec 44.0°C (15 janvier) et du Paraguay avec 45.6°C (1 janvier). Il a fait jusqu’à 41.5°C à Buenos Aires le 13 janvier (soit la 2ème température la plus haute de l’histoire de la ville).
  • En termes de durée : cette anomalie chaude dure depuis fin décembre 2021 avec régulièrement des pointes à 10-15°C au-dessus des normes.
  • En termes d’étendue : cette canicule concerne trois pays, sur une surface correspondant à la moitié de l’Europe. Plus de 60 villes d’Argentine ont dépassé les 40°C.
     

En d’autres termes, malgré une agriculture adaptée, nous sommes un cran au-dessus des pics de chaleur habituellement observés. Cet épisode historique est notamment dû à un phénomène de La Niña, couplé à un contexte de changement climatique.

Cette canicule historique intervient dans un contexte de sécheresse agricole importante. Depuis un mois, l’absence de pluie aggrave la situation.

Ces événements ont déclenché une forte évapotranspiration et de nombreux feux de forêts. Un « effet sèche-cheveux » dévastateur a même été observé durant plusieurs jours sur le maïs. Le 13 janvier, on a par exemple observé 42.8°C à Bahia Blanca avec 44 km/h de vent et 14% d’humidité. Encore plus marquant, 95 km/h ont été relevé à Rio Cuarto alors qu’il y faisait 39°C !

Cette sécheresse, couplée à des stades phénologiques très sensibles aux fortes chaleurs, ont rendu cet épisode climatique particulièrement dévastateur pour l’agriculture.

 

Conséquences sur la production de soja et de maïs

D’après le consultant local Frederico Bert de Agroconsultas, les premières projections de rendement pour le maïs précoce et le soja sont effrayantes. Les pertes de rendement estimées sont en moyenne situées à -40% pour le soja et -25% pour le maïs d’après les simulations de ProRindes ! Ces chiffres sont conséquents, d’autant plus que la saison culturale n’est pas terminée.

Projection des rendements pour le maïs et le soja par rapport à la moyenne historique (ici indiquée par 1 dans le graphique). La moyenne de rendement prévus pour 2022 est indiquée par le rond orange. Figure tirée du twitter de Frederico Bert.

 

Conséquences sur la production animale

D’après les cartographies d’ITK, l’indice THI est « sévère » sur une large partie de l’Argentine. L’indice atteint même localement la zone « risque de mort » pour les bovins laitiers. Le THI est un indice permettant d’évaluer le stress thermique en couplant température et humidité.

 

Les pertes économiques peuvent être instantanées (mort de l’animal, perte de production journalière de lait) ou sur le moyen terme (effet de cumul de chaleur avec une perte de production même après la canicule, effet négatif sur la reproduction). Il est pour le moment trop tôt pour donner des chiffres.

Il est à noter que, dans le même temps, une température de 50.7°C a été relevée en Australie le 13 janvier, égalant ainsi le record national mais également celui de tout l’hémisphère sud ! Le dernier rapport du Giec alertait sur l’augmentation de la possibilité de canicules concomitantes dans plusieurs bassins de production agricole [i]: C’est ce qui a été observé la semaine dernière.

Le Paraguay et le sud du Brésil avaient déjà été affectés il y a quelques mois par un épisode dévastateur de gelées tardives.

[i]  "Concurrent extremes at multiple locations, including in crop-producing areas, become more frequent at 2°C and above compared to 1.5°C global warming (high confidence)" (IPCC AR6, WGI

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