Chronique météo Canicule en Amérique du Sud : des pertes considérables pour l'agriculture
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Alors que la saison culturale bat son plein dans l’hémisphère sud, des températures comprises entre 40 et 45°C ont été relevées pendant une semaine en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Cet évènement caniculaire intervient après une fin décembre particulièrement chaude et durant la phase phénologique de floraison du maïs précoce et du soja (une phase sensible au hautes températures). 9% du PIB argentin est basé sur les revenus de l’agriculture (maïs, soja, viande notamment). Un tiers de la production de maïs argentin pourrait être affecté. Certaines localités ont déjà perdu 70% de leur production de soja. Par ailleurs, 400 000 poulets sont morts en Uruguay (10 à 12% de la production nationale) en 3 jours.
Le nord de l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay sont habitués aux étés chauds : on y relève régulièrement plus de 35°C de novembre à février. Par conséquent, l’agriculture locale est préparée à ce type d’évènements. Cette année, la saison chaude est cependant particulièrement marquée :
En d’autres termes, malgré une agriculture adaptée, nous sommes un cran au-dessus des pics de chaleur habituellement observés. Cet épisode historique est notamment dû à un phénomène de La Niña, couplé à un contexte de changement climatique.
Cette canicule historique intervient dans un contexte de sécheresse agricole importante. Depuis un mois, l’absence de pluie aggrave la situation.
Ces événements ont déclenché une forte évapotranspiration et de nombreux feux de forêts. Un « effet sèche-cheveux » dévastateur a même été observé durant plusieurs jours sur le maïs. Le 13 janvier, on a par exemple observé 42.8°C à Bahia Blanca avec 44 km/h de vent et 14% d’humidité. Encore plus marquant, 95 km/h ont été relevé à Rio Cuarto alors qu’il y faisait 39°C !
Cette sécheresse, couplée à des stades phénologiques très sensibles aux fortes chaleurs, ont rendu cet épisode climatique particulièrement dévastateur pour l’agriculture.
[1/2] Dessèchement extrême de la végétation probable en Argentine qui rappelle fortement celui du 28/06/19 en 🇫🇷.
— Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) January 13, 2022
👉Il fait 42.8°C à Bahia Blanca avec 44km/h de vent & 14% d'hum dans une atmosphère sableuse.
👉Encore + fou à Rio Cuarto (39°C & 95km/h) !
Effet sèche cheveux ! pic.twitter.com/gkl3X4cobB
D’après le consultant local Frederico Bert de Agroconsultas, les premières projections de rendement pour le maïs précoce et le soja sont effrayantes. Les pertes de rendement estimées sont en moyenne situées à -40% pour le soja et -25% pour le maïs d’après les simulations de ProRindes ! Ces chiffres sont conséquents, d’autant plus que la saison culturale n’est pas terminée.
Projection des rendements pour le maïs et le soja par rapport à la moyenne historique (ici indiquée par 1 dans le graphique). La moyenne de rendement prévus pour 2022 est indiquée par le rond orange. Figure tirée du twitter de Frederico Bert.
D’après les cartographies d’ITK, l’indice THI est « sévère » sur une large partie de l’Argentine. L’indice atteint même localement la zone « risque de mort » pour les bovins laitiers. Le THI est un indice permettant d’évaluer le stress thermique en couplant température et humidité.
Les pertes économiques peuvent être instantanées (mort de l’animal, perte de production journalière de lait) ou sur le moyen terme (effet de cumul de chaleur avec une perte de production même après la canicule, effet négatif sur la reproduction). Il est pour le moment trop tôt pour donner des chiffres.
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Il est à noter que, dans le même temps, une température de 50.7°C a été relevée en Australie le 13 janvier, égalant ainsi le record national mais également celui de tout l’hémisphère sud ! Le dernier rapport du Giec alertait sur l’augmentation de la possibilité de canicules concomitantes dans plusieurs bassins de production agricole [i]: C’est ce qui a été observé la semaine dernière.
"Concurrent extremes at multiple locations, including in crop-producing areas, become more frequent at 2°C and above compared to 1.5°C global warming (high confidence)" (IPCC AR6, WGI) - an example today@SISeneviratne @XuebinZhang_CA @RoshRanasinghe @AlexRuane @ErikaCoppolaE pic.twitter.com/EqYCln5N36
— Robert Vautard (@RobertVautard) January 15, 2022
Le Paraguay et le sud du Brésil avaient déjà été affectés il y a quelques mois par un épisode dévastateur de gelées tardives.
[i] "Concurrent extremes at multiple locations, including in crop-producing areas, become more frequent at 2°C and above compared to 1.5°C global warming (high confidence)" (IPCC AR6, WGI
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