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Maladies respiratoires
Vacciner les veaux d'automne pour protéger les veaux d'hiver

Comme ce fut le cas au Gaec de Sigoulet dans la Creuse, beaucoup d’élevages sont concernés par des épidémies de grippe sur de jeunes veaux après être passés de vêlages groupés sur les trois premiers mois de l’année à une double période de vêlages : début d’automne et fin d’hiver.

Située sur la commune de Bénévent l’Abbaye, l’exploitation gérée aujourd’hui par le Gaec de Sigoulet a connu une évolution importante au cours des dernières années. En 1993, l’EARL de Sigoulet constituée de Nicole et Christian Déluchat occupait une surface de 120 hectares et comptait 70 à 80 vêlages en race charolaise. En 1999, l’EARL se transformait en Gaec avec l’arrivée du gendre Yannick Pannetier, suivi en 2003 du fils Christophe. Aujourd’hui, l’exploitation a une superficie de 254 hectares avec 170 vêlages répartis en 2 périodes : 80 en juillet et août, 90 de janvier à mars. Le cheptel fournit des produits finis : taurillons abattus à 19 mois (480 kg de carcasse en moyenne), génisses de 26 à 28 mois (380 kg de carcasse en moyenne) et vaches de réforme. L’option de deux périodes de vêlages a été choisie car elle permet un meilleur étalement des ventes sur l’année et une utilisation plus productive des bâtiments. Au niveau des veaux après sevrage, les problèmes respiratoires ont été maîtrisés dans le passé grâce à une gestion stricte des mesures sanitaires. Les mâles, d’une part, et les femelles, d’autre part, se trouvent dans des bâtiments spécifiques. Une surveillance rigoureuse est effectuée après les périodes critiques (sevrage, changements météorologiques…). En particulier, le suivi alimentaire est précis pour contrôler les consommations et modifier la ration en cas de besoin. « Quand je vois qu’ils commencent à moucher, je baisse l’apport de farine et de complément et augmente l’apport de foin ; cette méthode nous a permis, dans le passé, de ne connaître que très peu de problèmes », souligne Nicole Déluchat. Par contre, l’apparition d’une nouvelle saison de vêlages a entraîné l’hivernage de vaches avec des veaux âgés de 4 à 5 mois à l’entrée en stabulation fin novembre. « En 2003, nous avons connu des problèmes importants de grippe en février sur ces veaux d’été puis sur les jeunes veaux, cette épidémie de grippe était quelque chose de nouveau pour nous, cela a été dur à gérer. Avec notre vétérinaire, on a alors revu notre schéma de prévention », se souvient Christian Déluchat.

Mesures sanitaires et plan vaccinal

Suite à l’épisode grippal douloureux de l’hiver 2002-2003, un plan de prévention raisonné a été mis en place avec leur cabinet vétérinaire.Yannick en précise le contenu: « Il est d’abord basé sur la poursuite et l’adaptation des mesures de surveillance, de gestion de l’alimentation et de prévention antiparasitaire. On a ensuite essayé de séparer les classes d’âges dans différents bâtiments. La mise en service de la nouvelle stabulation a ainsi été bénéfique. » Le plan vaccinal a été mis en place dans le but de limiter le développement de la pression infectieuse. Les veaux nés en fin d’hiver, sevrés en octobre-novembre, sont vaccinés contre le virus syncitial au sevrage, ils n’ont pas de rappel par la suite. Les veaux d’été sont également vaccinés contre le virus syncitial avec une primo-injection vers le 15 novembre et un rappel lors de la rentrée en stabulation et, également, sans rappel par la suite. « Depuis la mise en place de ce schéma, nous ne rencontrons que très peu de problèmes de maladies respiratoires. Par exemple, cet hiver, seuls 1 taurillon et trois veaux ont eu besoin de soins avec une intervention par animal ! ». Yannick complète son propos en indiquant: « Aucun plan vaccinal n’est pratiqué sur les veaux d’hiver. Même la case hébergeant un lot de veaux d’hiver qui est située dans la stabulation où sont hivernés les vêlages d’été ne présente pas de soucis. La vaccination de l’ensemble de ces veaux d’été limite suffisamment la multiplication virale ».

Rechercher la source de la grippe

Un épisode de grippe sur de très jeunes veaux ne doit pas être considéré isolément. Son existence indique la présence de facteurs favorisant une forte pression infectieuse. L’identification de ces facteurs de risques représente une nécessité pour avoir une action curative et préventive efficace. Dans nombre d’élevages, comme ceux avec plusieurs périodes de vêlages, cela passera non pas par une action préventive (vaccination, par exemple) sur la population malade, mais sur une population voisine source de la contamination.

Un plan de prévention en fonction des dates de vêlage

Comme pour le Gaec de Sigoulet, les évolutions de dates de vêlages ne s’accompagnent pas toujours d’une adaptation immédiate des stabulations. Les conditions de logement étant prépondérantes dans la prévention des grippes, l’hivernage de couples mères/veaux avec des veaux notoirement plus âgés entraîne des insuffisances en matière de surface et volume par animal. Les virus respiratoires se transmettant par voie aérogène, tout facteur d’ambiance humide favorise sa diffusion. Afin de limiter l’impact sur les veaux nés en automne, lors de leur rentrée en stabulation, le respect des normes de surfaces, de volumes et d’aération, un paillage suffisant et une alimentation équilibrée (en particulier non-acidogène et suffisamment pourvue en minéraux) sont à observer de façon stricte. Plusieurs virus et bactéries sont impliqués dans les maladies respiratoires des bovins, le RSV s’avère être prépondérant. Il circule largement dans la plupart des exploitations d’où une atteinte préférentielle des bovins de moins d’un an. Le réservoir de virus semble être certains adultes (portage sain). La protection conférée par la vache au veau par l’intermédiaire du colostrum est de qualité variable et d’assez courte durée (3 mois). Avec des vêlages d’automne, les veaux se montrent pleinement réceptifs dans une stabulation où, en hiver, le RSV circule de manière intense et ils multiplient de façon exponentielle la charge virale au niveau du bâtiment.

Quel que soit le niveau de prévention sanitaire, cette population de veaux aura un effet multiplicateur de virus et engendrera un milieu plus contaminé. La cohabitation sous un même toit des lots de vêlages d’automne et d’hiver constitue un facteur de risque très important pour les jeunes veaux d’hiver entraînant des grippes sur des animaux de plus en plus jeunes, dans un premier temps et, en raison d’une augmentation exponentielle de la pression infectieuse, des atteintes des veaux des vêlages d’automne qui interviennent en cours d’hiver, dans un deuxième temps. La mesure principale de prévention sanitaire consiste à avoir des logements différents pour les vêlages d’automne et ceux d’hiver. Si des facteurs de risques persistent, un plan de vaccination viendra compléter les mesures sanitaires mises en place. Le besoin et la définition du plan vaccinal doivent faire l’objet d’une étude raisonnée par le vétérinaire en relation avec l’éleveur. Il s’articule autour de la vaccination contre le RSV. Les vaccins disponibles nécessitent deux injections à 21 jours d’intervalle. L’immunité consécutive à cette primovaccination ne dure que 4 à 5 mois d’où le besoin d’un rappel au terme de cette période en cas de risques. Lors de mise en place de vaccination, il sera fait en sorte que les animaux soient pleinement immunisés avant la période à risques. Si le risque de grippe concerne les veaux de vêlage d’automne après la rentrée en stabulation, cela implique de les vacciner trois semaines avant la rentrée en stabulation et le jour de rentrée avec un rappel éventuel 5 mois plus tard. Lors d’impossibilité de logements différents pour les vêlages d’automne et ceux d’hiver, outre les mesures sanitaires complémentaires, la prévention pour les veaux nés en hiver va passer par une vaccination des veaux nés en automne pour deux raisons :

- La vaccination des veaux d’automne va limiter de manière importante la multiplication virale et, donc, l’augmentation de la pression infectieuse dans le bâtiment.

- En deçà de l’âge de 3 mois, le schéma vaccinal est perturbé par les anticorps d’origine colostrale absorbés par le veau. Il présente une certaine efficacité mais nécessite un rappel mensuel jusqu’à l’âge de 3 à 4 mois pour obtenir une primovaccination pleinement active.

En conséquence, lors de présence d’un minimum de facteurs de risques et de présence de vêlages d’automne et d’hiver dans des lieux communs, la vaccination des veaux d’automne pour leur entrée en stabulation constituera une prévention particulièrement conseillée. La vaccination des veaux d’hiver sera éventuellement indiquée en fonction des autres facteurs de risques présents.

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