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Une approche globale pour une reproduction au top

Des vaches bien préparées au vêlage retournent vite en chaleurs. C’est l’expérience qu’a faite Jean-Michel Michelot, éleveur dans la Meuse. Il a mis en place une préparation méthodique et objectivisée par certaines analyses.

Jean-Michel Michelot est éleveur à Condé-en-Barrois dans la Meuse, en Gaec avec son frère Philippe. Ils conduisent un système naisseur engraisseur avec 230 mères (120 Charolaises, 75 Blondes d’Aquitaine et 35 Parthenaises). En 2019, la campagne de vêlages a très mal débuté. « C’était catastrophique. Les naissances devaient être aidées, les vaches ne délivraient pas, les veaux ne buvaient pas, se souvient Jean-Michel Michelot. Il fallait réagir tout de suite. » L’éleveur a alors fait appel à un vétérinaire conseil. Christophe Sudraud, de la SAS Scaner (Sâone-et-Loire) a entamé avec lui une démarche d’audit. Des analyses de sang ont été effectuées pour compléter et objectiver l’observation des animaux et les informations sur leur conduite. Elles ont montré que les vaches étaient en acétonémie. La glycémie et les corps cétoniques étaient à des niveaux très élevés. Les bouses des vaches étaient d’ailleurs très liquides. Les vaches en préparation au vêlage n’ingéraient en fait que 10 kg MS par jour, quand leur ration était équilibrée à 11 à 12 kg MS par jour. Ceci parce que le foin était trop « mûr » et pas assez digestible. « Mon troupeau, ce sont des animaux avec de gros besoins car ils sont typés viande avec de la taille, estime Jean-Michel Michelot. Les repères plus ou moins anciens que l’on a sur leur conduite méritent d’être révisés. Il faut savoir prendre le temps de se remettre en question régulièrement », insiste l’éleveur. Une nouvelle ration a été immédiatement mise en place sur les conseils de Christophe Sudraud. Elle comportait moins de foin, introduisait un enrubannage à plus forte valeur alimentaire et un aliment liquide apportant sucres et azote soluble, et apportait davantage de tourteau de colza et d’orge.

Des progrès dix jours après le changement de ration

« Au bout de dix jours, les premiers résultats étaient visibles. Les vêlages se passaient mieux et il n'y avait plus de problème de délivrance, les veaux étaient plus vifs. Le taux de corps cétoniques était encore un peu élevé. Un hépato-protecteur a été distribué, et ensuite tout le monde est revenu dans la norme », raconte Jean-Michel Michelot. Trois semaines après le changement de ration, les problèmes étaient enrayés. « Les vaches étaient aussi nettement plus calmes. »

Les investigations ont pu alors aller davantage dans le détail. Les fourrages sont désormais toujours analysés (deux foins, l'enrubannage et la luzerne). C'est impératif pour être le plus précis possible sur les valeurs alimentaires et minérales. Il faut compléter le calcul des rations par une observation attentive des animaux pour évaluer l'efficacité de la ration et le fonctionnement ruminal. « Nous avons regardé la balance alimentaire anions cations (Baca). Du chlorure de magnésium a été ajouté à la ration des vaches en préparation au vêlage, et la proportion de colza par rapport au soja a été augmentée. » Il faudrait dans l’idéal que la Baca soit négative en fin de gestation, mais en élevage allaitant, avec des rations à base d’herbe, ce n’est pas possible.

En même temps, la minéralisation des vaches a été révisée. Des analyses sur le sang (de cinq vaches) ont en effet révélé des carences en cuivre, zinc et sélénium. « Une complémentation en oligoéléments et en vitamines, sous forme de granulés, est maintenant systématique pendant la préparation au vêlage. » Un effort a aussi été fait pour objectiver la gestion du parasitisme, avec une coprologie et une recherche de la douve sur analyses de sang tous les ans un mois et demi à deux mois avant vêlage. « Il y a trois ans, l’analyse coprologique a montré la présence de petite douve. » Jean-Michel Michelot vaccine en prévention des diarrhées néonatales seulement les 30 % de vaches qui vêlent les dernières, quand les bâtiments sont remplis.

Un IVV réduit et des veaux vifs

La ration de préparation au vêlage est donnée au moins un mois avant la date présumée de vêlage (certaines en bénéficient deux mois avant du fait de l’allotement), et jusqu’à 10 jours après le vêlage. « Elle est à 13 % de MAT et je n’ai pas de problème de veaux trop gros. » Le but est de maintenir les vaches à une note d’état de 3 à 3,5 jusqu’au vêlage, ce qui est estimé à l’œil, ou bien en pratiquant la manipulation avec une main sur les côtes et une main à l’attache de la queue sur quelques vaches pour vérifier son impression.

La campagne de vêlages 2019-2020 s’était terminée avec un taux de perte de 8 à 10 %, alors qu’il était bien plus élevé auparavant. Cette année, tout se passe vraiment bien. « 85 % des vêlages se font sans aide. Les retours en chaleurs sont nettement plus rapides qu’auparavant. Pour certaines, c’est quinze jours après le vêlage. » Pour la détection des chaleurs, ce sont les taureaux qui s’en chargent. Seules les génisses et quelques vaches sont inséminées. « Quelques vaches vêlent cette année un mois et demi plus tôt que l’année dernière, et je suis pour l’instant en moyenne sur le troupeau à 363 jours d’IVV. Je pense terminer, avec les dernières à vêler, à 370 jours de moyenne », récapitule Jean-Michel Michelot. Les veaux sont dynamiques et en deux heures maximum, ils sont levés et ont bu le colostrum. « Je ne sais plus ce que c’est de soigner une diarrhée sur un veau. »

Faire parler ses vaches

Jean-Michel Michelot aime dire qu’il fait parler ses vaches. Il est équipé d’un lecteur de corps cétoniques dans le sang. « Ce n’est pas compliqué pour moi de faire une prise de sang sous la queue en m’occupant des vaches. Je mesure les corps cétoniques et la glycémie sur dix vaches choisies au hasard dans un lot si j’ai un doute, ou juste pour contrôler une fois en cours d’hiver », explique Jean-Michel Michelot. Il mesure aussi le taux de sucre dans les urines avec un réfractomètre, et il utilise aussi ce même réfractomètre pour évaluer la qualité du colostrum sur un certain nombre de vaches. Cette année, il obtient régulièrement d’excellents résultats, autour de 30 degrés brix (le même appareil sert aussi pour évaluer les fourrages en vert — il a choisi un modèle qui va de 0 jusqu’à 40 degrés brix). L’éleveur mesure de temps en temps le pH des bouses et de l’urine avec son pHmètre — qui sert aussi pour les sols. Si les valeurs ne sont pas habituelles ou pas conformes pour ces différentes mesures, c’est le moment d’engager un échange avec son vétérinaire. Ces mesures sont utiles au moins le temps de se refaire des repères, puis on peut y revenir de temps en temps, ce qui permet de rester en alerte sur l’état de santé des vaches. « Un budget de 500 voire 1000 euros d'analyses est vite rentabilisé quand il n’y a pas d’animaux à soigner. »

La ration des vaches en lactation est donnée à partir de dix jours après le vêlage. Elle se compose d’ensilage d’herbe, avec de l’ensilage de maïs (exceptionnellement cette année pour raison de manque de stocks à cause de la sécheresse), d’enrubannage de luzerne, avec 1,5 kg de tourteau de colza, 0,5 kg d’orge, 500 g d’aliment liquide et un minéral de type 8-24-5. « Je réduis au maximum l’apport d’amidon en phase d’élevage. Le sel est apporté à la fois dans la ration et sous forme de pierres à lécher dans les auges. » Toutes les rations sont confectionnées et distribuées avec un bol mélangeur. Au total, en comptant les femelles en engraissement et les jeunes bovins, six rations différentes sont fabriquées. « Il faut beaucoup de temps et de patience pour mettre en place toute cette préparation, mais aujourd’hui c’est un vrai plaisir de voir mon troupeau en pleine santé. »

Chiffres clés

360 ha de SAU dont 264 de prairies naturelles, 20 de méteil fourrage, 12 de luzerne, 20 d’épeautre et 44 ha de céréales (blé et orge)  
230 vaches allaitantes avec vente de génisses de boucherie, vaches de réforme et jeunes bovins
2 associés en Gaec et 1 salarié

 

Assurer un terrain non dégradé pour la période de reproduction

La bonne santé de l’appareil génital représente l’un des facteurs les plus importants pour la réussite de la reproduction pour les vaches allaitantes. Il faut vérifier en particulier qu’il n’y a pas d’infection postpartum.

Le statut des vaches en apports énergétiques est l’autre point primordial en élevage allaitant. Les vaches trop maigres ou qui maigrissent avant le vêlage en hiver sont la principale cause de mauvaises performances de reproduction.

 

Avis d'expert - Christophe Sudraud, vétérinaire, SAS Scaner

" L'éleveur pilote le troupeau"

Christophe Sudraud, vétérinaire, SAS Scaner © C. Sudraud

"L’objectif de ce type de conduite d’élevage est de devenir un vrai pilote de troupeau. La première des choses est la remise en question de la part de l’éleveur. Ensuite, il faut toujours anticiper, se fixer un calendrier précis des différentes interventions. Ne pas laisser la place au hasard. Jean-Michel l’a bien compris et fait partie des éleveurs que nous suivons avec intérêt. Ce que j’apprécie, c’est l’échange continu, ses questions nombreuses, son envie d’avancer. Les axes de travail sont nombreux. Deux visites annuelles sont planifiées dont une avant la période de vêlage. Cela permet de réaliser les analyses sur les animaux, de caler les rations, de revoir les différents protocoles sanitaires. Le but est d’appliquer une méthode de manière systématique. Ce ne sont pas les vaches qui décident. Maintenant, il faut améliorer le système fourrager, maximiser le pâturage et récolter de meilleurs fourrages pour gagner en autonomie. Cela passera également par un retour aux bases de l’agronomie : analyse de sol, gestion des pH, limiter la compaction, gérer l’hydromorphie…"

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